‹ Le couvent de Carmes et le séminaire de Saint-Sulpice pendant la TerreurChapitre 51 sur 200 · Relation de M. l'abbé Sicard, p · texte numérisé non relu

Relation de M. l'abbé Sicard, p

8. Stanislas-Marie Maillard, né à Gournay le 11 décembre 1763, et mort à Paris le 15 avril 1794.

C'est par erreur que M. Granier de Cassagnac le signale comme ayant été huissier aux requêtes de l'hôtel, et que d'autres écrivains en font un ancien huissier au Châtelet. Maillard n'a jamais rempli ces fonctions; c'est son frère, Jean-Baptiste Maillard, qui était huissier à cheval au i; quant à lui, il exerçait la profession d'agent d'affaires. (Voir la notice que nous avons publiée sur ce Maillard.)

3. La vérité tout entière sur les vrais auteurs de la journée du 2 septembre 1792, par Felhékesi, p. 26.

4. C'est ainsi qu'on appelait les prèues ayant refusé de prêter serment.

Couvent des Carmes. Il était alors un peu moins de quatre heures.

Dès que ces clameurs sauvages furent parvenues aux oreilles des individus apostés aux fenêtres, ceux-ci les quittèrenl brusquement et se ruèrent, comme à un signal convenu, sur la porte du jardin qu'ils enfoncèrent, puis, se divisant en deux groupes, ils se précipitèrent les armes à la main à la poursuite des prêtres dont ils avaient juré la perte.

Le premier groupe qui avait suivi l'allée du milieu rencontra aussitôt, près du bassin, l'abbé Girault qui, toujours absorbé par sa pieuse lecture, semblait complètement étranger à ce qui se passait sous ses yeux. Lui fendre la tête d'un coup de sabre et l'achever à coups de piques fut l'affaire d'un instant. En voyant tomber cette première victime, M. l'abbé Salins accourut, espérant ramener les massacreurs à d'autres sentiments ; mais un coup de fusil retendit roide mort aux pieds de ceux-là même qu'il se disposait à haranguer, et qui cherchaient déjà une troisième victime.

Cependant le second groupe s'était dirigé vers l'allée de gauche, à l'extrémité de laquelle se trouvait l'oratoire. A peine furent-ils engagés de ce côté, qu'apercevant un certain nombre d'ecclésiastiques, parmi lesquels se trouvaient Mpr Dulau, archevêque d'Arles, et M. de la Pannonie : « Est-ce toi qui es archevêque d'Arles?» demandèrent-ils à ce dernier. M. de la Pannonie joignit les mains, baissa les yeux et ne fît point d'autre réponse, heureux s'il avait pu ainsi

1*6 5SAGRE 1>KS PRÊTRES.

donner le change à ceux qui l'interrogeaient et taire le sacrifice de Ba propre existence pour sauver celle du vénérable prélat. -Mais Dion en avait décidé autrement. «C'est donc toi, scélérat, unies l'archevêque d'Arles? s'éci ièrentles assassins en s'adressant cette fois à M. Dulau lui-même. — Oui, messieurs, c'est moi qui le suis. — Ah ! scélérat, c'est toi qui as fait verser le sang de tant de patriotes dans la ville d'Arles ? — Je n'ai jamais fait de mal à personne. — Eh bien, je vais t'en faire, moi,» répond un de ces forcenés, et en disant ces mots, il lui assène un coup de sabre sur la tête. Le prélat , immobile et tourné vers l'assassin , reçoit ce premier coup sur le front sans proférer le moindre cri, la moindre crainte. Bientôt un second coup lui ouvre le crâne ; instinctivement il porte ses deux mains sur sa tête, mais aussitôt sa main droite est abattue et un dernier coup le renverse à terre sans connaissance. S 'acharnant alors après cette illustre victime, un des assassins lui enfonce sa pique en pleine poitrine avec tant de violence que le fer ne put en être retiré ; puis « posant le pied sur le cadavre, ce même individu prend la montre du prélat et l'élève en la faisant voir aux autres comme le prix de son triomphe *. »

La mort de M6r l'archevêque d'Arles fut , pour cette bande de sicaires, l'objet d'une joie féroce qui se traduisit par des cris plus abominables encore ; et pendant qu'ils se complaisaient à profaner cette

1. Histoire (hi, clergé pendant la Révolution française, par l'abbé Harniel.

sainte dépouille, les autres prêtres, notamment M. L'abbé de la Pannonie, s'étaient réfugiés dans l'orat ire, où déjà se trouvaient l'abbé Després, les deux frères Thorame et plusieurs autres ecclésiastiques. «Voici les Marseillais!» s'écria l'un des arrivants, a Messieurs, répondit l'abbé Després, nous ne pouvons être mieux qu'art pied de la croix pour faire à Dieu le sacrifice de notre vie M » A ces mots tous se mirent ;i genoux et se donnèrent mutuellement l'absolution. Ce fut dans cette position que les assassins les trouvèrent. Que se passa-t-il alors? Dieu seul le sait ; mais le nombre des cadavres qui jonchèrent le sol, le sang qui ruissela partout le long des murs, prouvèrent suffisamment avec quelle rage ces malheureux saus défense avaient été assaillis. Presque tous ceux qui avaient cherché dans cet asile sacré un dernier refuge y trouvèrent la mort. Mgr l'éveque de Beauvais y fut atteint d'un coup de feu qui lui fracassa la cuisse, et chacun, en le voyant tomber, crut qu'il ne se relèverait plus. Hélas! son agonie devait durer plus longtemps encore.

Pendant que cette scène atroce se passait dans l'oratoire, d'autres épisodes non moins affreux avaient pour théâtre le reste du jardin. Ici, c'était M. Ilébert, supérieur général de la congrégation des Eudistes, qui demandait à passer en jugement, et qui, pour toute réponse, recevait un coup de pistolet lui brisant l'é-

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