Souvenirs de M. Sausin. {Document* particuliers inédits
m MASSACRE DES PRÊTRES.
paule ; là, c'était .M. (ialais qu'une balle atteignait à la jambe au moment où, monté sur un arbre, il allait franchir le mur du fond1; enfin, partout c'étail la mort dans toute son horreur, el pourtant cette première partie du massacre n'avait guère dure qu'un quart d'heure.
Tout à coup une voix se fît entendre. C'était celle du commandant du poste qui, resté près des bâtiments, donnait l'ordre à tout le monde de rentrer dans l'église ; il était accompagné d'un commissaire nommé Violette, auquel la section du Luxembourg avait donné la mission, apparente du moins, d'empêcher les massacres. D'un autre côté on criait : « Arrêtez! arrêtez! C'est trop tôt ; ce n'est pas ainsi qu'il faut s'y prendre!» Ces cris provenaient de la bande de Maillard qui, après s'être arrêtée quelque temps devant la section du Luxembourg, avait remonté la rue Férou, puis celle de Vaugirard, et s'était frayée un accès à travers le couvent.
Afin d'obéir au commandant du poste, les malheureux prêtres qui avaient échappé au carnage s'acheminèrent avec plus ou moins de peine vers l'escalier par lequel ils étaient sortis. « Nous nous amoncelions vers cet endroit, dit l'abbé Berthelet, sans pouvoir passer ; les hommes à piques vinrent y croiser aussi leurs armes d'une manière effrayante; nous y eussions tous été tués si, par des prières réitérées, le commandant
I. -uivant l'abbé Barruel, M. Galais aurait renoncé, de lui-même, à fuir; mais cette version est contredite par les autres relations.
n'eût enfin obtenu que ces assassins nous laisseraient entrer dans l'église '. »
La plupart dus prêtres se réfugièrent alors dans le sanctuaire ou dans le chœur, derrière l'autel. Quelques-uns seulement pénétrèrent dans la nef. Trois, au nombre desquels se trouvaient l'abbé Leture et le frère e, s'enfermèrent dans un endroit qui conduisait à la chaire ; deux autres se cachèrent à côté de la première chapelle en entrant à droite. Quant à l'abbé Dubray, il se glissa entre deux matelas.
Lorsque l'évèque de Saintes pénétra dans le chœur, sa première pensée se porta vers son frère : « Ouest devenu mon frère? s'écria-t-il ; mon Dieu! je vous en prie, ne me séparez pas de lui 1 » Son vœu fut exaucé, car quelques minutes après, on voyait entrer le malheureux évèque de Beauvais porté par ses propres assassins, qui le déposèrent sur un matelas.
«Deux autres ecclésiastiques, l'abbé Martin, aumônier de l'ambassade de Gènes, et l'abbé de Kéravenant, ayant trouvé la porte de l'église fermée, s'enfuirent par les commodités, montèrent sur les sièges, de là sur la charpente et vinrent se réfugier sous le comble de l'allée qui conduit de la maison aux lieux communs. Là, ils passèrent tout le temps que l'on employa à massacrer leurs confrères, entendant tous les coups, sans qu'aucun cri ait été poussé par les victimes. Ils restèrent dans cette cruelle et gênante po-