INHUMATION DES PRÊTUKS MASSACRÉS
qui donnait sur un marais voisin ', se" trouvait uue large fosse qu'un avait t'ait creuser d'avance 2. Les corps y furent jetés pêle-mêle; on les recouvrit d'un peu de chaux et tout fut dit3. Les chariots, encore teints du sang des victimes, rentrèrent dans Paris et furent remisés pendant le reste de la journée dans la cour du séminaire Saint-Sulpice.
Après avoir retracé les diverses phases des massacres de septembre 1792, M. Granier de Cassagnac 4 s'est demandé où avaient été enterrés les malheureux prêtres tués aux Carmes. Suivant lui, c'est là un point sur lequel il n'existerait aucune tradition digne de foi ; et d'après certaines circonstances qu'il signale, il conclut que c'est la Tombe Issoire qui a servi de dernier asile à ces saintes dépouilles.
Cette assertion, toute problématique, doit dispa-
1. Voyage religieux et sentimental aux quatre cimetières de Paris, par Ant. Caillot, p 268.
2. La femme d'un fossoyeur de Saint-Sulpice déclara à plusieurs personnes dignes de foi que son mari et les compagnons de ce dernier avaient été prévenus trois jours avant le massacre et qu'ils avaient reçu 300 livres pour creuser une large fosse au cimetière deVaugirard et aider à la dépouille des morts.
3. « Nous, commissaire de la Commune, nommé par un arrêté du conseil général pour veiller à l'intimation (sic) des morts apportés des dif férentes prisons aux cimetières de Clamart et de. Vaugirard, certifions que la quantité de chaux énoncée dans le mémoire présenté par la dame Chaignet, marchande de chaux sur le port de la Grève, est en effet ce qu'elle a fourni. En fui de quoi nous lui avons donné la présente attestation pour lui servir en tant que de besoin.
« Paris, le 11 septembre, le 4e de la liberté et le 1er de l'égalité. « Signé : Moulinneuf. »
(Archives de la préfecture de la Seine.)
4. Histoire des Girondins et des massacres de septembre, t. II, p. 299.
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raître complètement en présence des documents authentiques que nous avons trouvés depuis, et qui consistent notamment dans la pièce suivante :
EXTRAIT MORTUAIRE DE HENRI-AUGUSTE UY.E.W, MASSACRE* \l I CARMES LE 2 SEPTEMBRE 1792.
Je soussigné, commissaire préposé par l'assemblée générale de la section du Luxembourg pour procéder à l'inhumation des prêtre* et autres /> rsonn s au couvent des Carmes le
deuxseptem'rr dernier, certifie que le sieur Luzeau, prêtre arrêté à Issy, liait du nombre des détenus dans cette maison, qu'il y a péri ledil jour deux septembre et a été inbumé le lendemain en ma présence nu cimetière de Vaugù
A Paris, le 28 novembre 1792, le premier de la république, Signé, Daubanel, Greffier de la justice de paix et commissaire ad hoc.
Nous, Henri-François de Paule Lefêvre-Dormesson, président du sixième arrondissement du département de Paris, séant à la ci-devant abbaye Saint-Germain des Prés, certifions que le citoyen Daubanel qui a signé l'acte ci-dessus est tel qu'il se qualifie, que sa signature est véritable, que foi doit y être ajoutée tant en jugement que hors; en témoignage de quoi nous posons le cachet du tribunal.
l'ait audit tribunal le 4 décembre 1792, l'an premier de la république française.
Signe, Lefèvre-Dgrmessox,
Par le tribunal, Le Bketo.n.
Toutefois cet acte, en établissant que l'abbé Luzeau de la Mulonnière a été inhumé au cimetière de Yaugirard, pourrait encore laisser planer quelque doute à l'égard des autres prêtres massacrés aux Carmes, si les
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procès-verbaux de la section du Luxembourg ne venaient eux-mêmes donner la certitude la plus complète sur ce point.
Voici en effet ce qu'on lit dans le procès-verbal de la séance du 3 septembre 1792 :
o M. Daubanel, secrétaire nommé pour procéder à l'inhumation des personnes qui ont subi hier la juste vengeance du peuple, a fait rapport de sa mission et a annoncé que cent vingt personnes avaient été enterrées ce matin dans le ciînetière de Vaugirard.
« Il a demandé que l'assemblée prît un parli définitif à l'égard de la dépouille des morts ; il a observé que ces dépouilles, attendu l'état de délabrement où elles se trouvaient, ne pourraient être que d'un rapport très-modique. Il propose en conséquence que ces dépouilles soient données aux personnes qui ont prêté les mains pour les déshabiller.
« Le comité adopte cette proposition, et néanmoins, avant de faire la délivrance de ces effets, l'assemblée arrête que des commissaires pris dans son sein seront autorisés à se transporter au couvent des Carmes pour y faire la visite et recherche de tous les objets qui pourraient se trouver parmi les dépouilles l. »
En vertu de cet arrêté, MM. Lenoir, Richard, P. J. Audoin, Lecoq, Petit-Gérard, Royer, Balduc, Desayes, Monvoisin et Lejeune, se rendirent au couvent des Carmes, réunirent avec soin tous les objets qui
1. Archives du palais de justice de Paris. Dossier des septemùrisations.
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avaient appartenu aux victimes, et dressèrent quelques jours après un procès-verbal dont voici le préambule :
« Le dix septembre 1792, l'an quatrième de la liberté et le premier de l'égalité, cinq heures et demie de relevée, nous, commissaires soussignés, chargés par l'assemblée générale de la section du Luxembourg do procéder à l'inventaire des effets trouvés surles prêtres renfermés aux Carmes et jugés par le peuple, nous nous sommes transportés dans une des salles du comité et y avons apporté les effets susdits pour les inventorier, ce que nous avons fait ainsi qu'il suit ' : »
Dix-sept paquets sont ensuite analysés, et l'estimation des objets qu'ils renfermaient s'élève à trente mille huit cent quarante-cinq livres six sols six deniers. D'un autre côté, M. Daubanel déclara avoir entre ses mains, comme provenant de la même origine, une somme de deux mille quatre cent quarante-quatre livres, composée de trente et un louis d'or et le surplus en assignats 2.
Parmi ces divers objets se trouvèrent quarante montres en or, dont quatre à répétition et une enrichie de diamants, quatorze en argent et une en galuchat.
1 . A rchives du palais de justice de Paris, greffe de la Cour impériale.
2. Ces 31 louis d'or avaient été versés à Daubanel par le sieur Adrien Vincent Cheminon qui, interrogé plus tard sur ce qu'il savait des massacres du 2 septembre, répondit « qu'étant alors fossoyeur il fut requis pour aider à dépouiller les morts et a trouvé sur un d'eux, dans le dos de sa soutane, 31 louis qu'il a remis à Daubanel, secrétaire de Ceyrat. »
(Archives du palais de justice, greffe de la Cour impériale.)