‹ Le couvent de Carmes et le séminaire de Saint-Sulpice pendant la TerreurChapitre 70 sur 200 · Souvenirs de Msr Sausin, évéque de Mois · texte numérisé non relu

Souvenirs de Msr Sausin, évéque de Mois

{Documents particuliers inédits.)

un sentiment instinctif de leur propre conservation, réussirent à s'évader. L'abbé Yialab fut de ce nombre. « Il se trouvait au fond du jardin à gauche lorsque Les assassins y entrèrent.... Son premier mouvement fut de tomber à genoux au pied du mur et d'offrir à Dieu le sacrifice de sa vie. Un moment après il se relève, et jugeant que ce mur n'était pas impossible à franchir, il l'escalade vers le milieu de sa longueur en invitant l'évoque de Saintes, qui passait auprès de lui, à l'imiter. Ce prélat, à qui ses forces le permettaient, se contenta de lui répondre : « Et mon frère?... » Après avoir franchi cette muraille, l'abbé Vialar se trouva dans une espèce de cour close de l'autre côté par un mur plus élevé que le premier, et dans lequel était un réduit situé sous l'oratoire du jardin des Carmes. Il s'y tapit, et de là il entend les gémissements des victimes, les hurlements des assasins. Son âme en est troublée; il sort de ce réduit, erre dans la cour sans savoir où il va ; apercevant un bout de solive fixé dans le grand mur, un peu au-dessus de la hauteur de son bras tendu, il s'élance, le saisit, s'en fait un échelon au moyen duquel il atteint le sommet du mur et saute au delà. Un hôtel, fermé de ce côté par une grille, s'offre à ses yeux *; il escalade la grille, monte dans la maison, qu'il trouve inhabitée et démeublée. Parvenu comme égaré au plus haut des étages, et voyant dans une chambre ouverte un matelas sur le plancher, il y tombe accablé

1. C'était l'hôtel de Toulouse, situé rue du Cherche-Midi, et actuellement occupé par le conseil de guerre.

PRÊTRES ÉCHAPPÉS Al MASSACRE. 173

de lassitude et y dort pendant deux ou trois heures. La nuit arrivait quand il s'éveilla, et entendant alors parler vers la porte cochère de la maison, il descend, rencontre une femme à laquelle il raconte son aventure, se l'ait ouvrir et va se réfugier dans la ville, loin de sa demeure ancienne f. »

L'abbé de Montfleury échappa de la même façon au fer des assassins : « Je me trouvais, dit-il, au bout de l'allée qui séparait notre jardin du jardin potager. A l'autre bout était Mgr l'archevêque, se promenant avec deux ecclésiastiques. Je le vis frapper à coups de sabre. Je m'élançai alors sur le petit mur de séparation, et n'ayant pas été vu, je pus, avec deux ou trois autres, escalader plusieurs murs et enfin sortir par l'hôtel du marquis de Brézé 2. »

Une autre relation confirme ces détails et les complète ainsi qu'il suit :

« M. de Montfleury se laissa tomber dans un jardin contigu à celui des Carmes. Là, il escalade un second mur et tombe dans un jardin particulier, où il donne dans sa chute contre une croisée dont il brise plusieurs carreaux. Les personnes qui habitaient cet appartement, ne sachant ce qui avait lieu alors aux Carmes, s'effrayent d'abord, se croyant investies par des voleurs. « Madame, dit M. de Montfleury, je ne viens pas « pour faire du mal à personne ; de grâce, qu'on

Page 1