POURSUITES JUDICIAIRES EXERCÉES CONTRE LES SEPTEMBRISEURS
Effet produit en France par les massacres de septembre. — Guy de
tint donne sa démission de député à la Convention. — Motion
de Barbaroux. — La Convention décrète la poursuite des septem-
briseurs. — Réclamation de la section de Marseille. — Les pour-
- sont suspendues. — Règne de la Terreur. — Pétition de la
a dus Invalides. — Enquêtes ordonnées sur les massacres de
septembre. — Reprises des poursuites. — Arrestations ordonnées par
la section du Luxembourg. — Individus accusés d'avoir participé au
ère des Carmes. — Joachim Ceyrat. — Ce qu'il était. — S interrogatoire. — Froment, Jdchereau et Paris. — Acquittement des prétendus septembriseurs. — Ce qu'on doit penser de cet acquittement.
Les massacres de septembre avaient frappé de stupeur la France tout entière ; chacun d'abord trembla pour soi ou les siens ; mais bientôt la conscience publique, à qui on ne pouvait donner le change, reprit quelque énergie et réclama la punition des coupables. Le 20 janvier 1793, Guy deKersaint, député de Seineet-Oise, adressa à la Convention la lettre suivante :
Citoyen président, ma santé depuis longtemps affaiblie me rend l'habitude de la vie d'une assemblée aussi orageuse que la Convention, impossible; mais ce qui m'est le plus impos-
sible encore, c'est de supporter la honte de m'asseoir dans son enceinte avec des hommes de sang, alors que leur avîa précédé de la terreur, l'emporte sur celui des gens de bien, alors que Marat l'emporte sur Pétion. Si l'amour de mon pays m'a fait endurer le malheur d'être le collègue des panégyristes et des promoteurs des assassinats du 2 septembre, je \eux au moins défendre ma mémoire du reproche d'avoir été leur complice; et je n'ai pour cela qu'un moment, celui-ci; demain il ne sera plus temps.
Je rentre dans le sein du peuple; je me dépouille de l'inviolabilité dont il m'avait revêtu, prêt à lui rendre compte de toutes mes actions ; et sans crainte et sans reproche, je donne ma démission de député à la Convention nationale.
Signé, A. Guy Kersaint.
Aussitôt la lecture de cette lettre, Barbaroux demande qu'on poursuive les brigands du 2 septembre.
Gensonné lui succède à la tribune, et s'associant à cette motion, il s'écrie : « Je pense que dans une telle circonstance la Convention doit joindre deux mesures vraiment dignes de toute sollicitude. Avoir puni Louis le Tyran, ce n'est avoir fait que la moitié de votre devoir; le complément de la sagesse sera de poursuivre avec toute la rigueur de la loi les brigands, les cannibales qui, les 2 et 3 septembre, ont ajouté à l'histoire de notre révolution le chapitre odieux des prisons. Ji demande que le ministre de la justice soit chargé di poursuivre les provocateurs, auteurs, complices et adhè rents des assassinats et brigandages qui ont eu lieu le 2 et 3 septembre dernier... »
Un tel langage produisit un grand effet sur ceu
qui l'entendirent, et la Convention rendit un décret ainsi conçu :
Art. itT. Il est enjoint au ministre de la justice de faire poursuivre devant les tribunaux les auteurs, complices et provocateurs des assassinats et brigandages commis dans les premiers jours de septembre l.
Quelque temps après, le Moniteur annonçait qu'on avait arrêté à Meaux, dans la nuit du 27 au 28 janvier, huit personnes prévenues d'avoir été acteurs dans les massacres de septembre 2.
Cependant, le 8 février 1793, une députation de la section de Marseille (ci-devant du Théâtre-Français) se présenta à la Convention et prit la parole en ces termes :
Représentants du peuple, après quatre ans de trabisons de la part d'une cour perfide et de mandataires infidèles, Paris s'est levé pour la seconde fois : le courage des citoyens et des fédérés a terrassé le despotisme, et le roi assassin est descendu du trône pour monter h l'écbafaud. Nous espérions que cette leçon terrible ferait trembler les ennemis de la liberté : mais ils n'en sont devenus que plus audacieux ; une main sacrilège a enfoncé le poignard dans le sein d'un de nos représentants; d'autres sont encore menacés. Nous jurons de venger sa mort dans le sang de tous les ennemis du peuple.
Tous les tyrans se liguent contre nous, et c'est dans le moment que nous allons les combattre que vous avez rendu un décret qui ordonne de poursuivre les prétendus auteurs des