ARRESTATIONS FAITES AU SÉMENAIRE SA1NT-SLLHCE
Inquiétude de M. Emery, supérieur du séminaire à l'époque îles massacres. — Il congédie les ecclésiastiques contiés à sa surveillance. — t de location du grand et du petit séminaire. — La section du Luxembourg s'y oppose. — Arrestation de M. Emery. — Sa mise en liberté. — 11 est arrêté de nouveau avec cinquante-deux personnes trouvi uaire. — Liste de ces personnes. — Poursuites don
turent l'objet. — M. Em- ry seul est maintenu en prison. — L'abbé Rouganne. — Si condamnation à mort. — Le .-éminaire did petits logements. — La chapelie transformée en grange. — M. Emery, mis en liberté, quitte le séminaire.
IVndant que la section du Luxembourg suivait ainsi les terribles phases du massacre, le 2 septembre, M. Émery et les élèves restés au séminaire étaient en proie aux angoisses les plus vives. Le souvenir des prêtres qu'ils avaient si bien connus et la crainte de nouveaux malheurs, les tinrent en émoi pendant toute la nuit; le lendemain, 3, ils eurent à soutenir la vue des horribles chariots qui avaient porté' Les cadavres au cimetière de Vaugiuard, et qui, ainsi que nous l'avons déjà dit, étaient venus se remiser dans la cour du séminaire. Tout à coup une personne, liée avec M. Emery, accourut le prévenir qu'elle a\ait assisté à l'assemblée de la section, et qu'on y avait proposé de faire prêter
serment a tous les prêtres renfermés dans le séminaire, et, en cas de refus, de procéder comme on l'avait l'ait la veille aux Carmes.
« Il serait difficile, dit l'auteur de la Vie de M. Êmery^ d'exprimer la consternation de ce dernier à la seule pensée du sort qui menaçait les directeurs et les séminaristes confiés à sa garde. Il ne voyait aucun moyen de les soustraire au danger. Des sentinelles, placées à toutes les portes, ne permettaient pas de songer à sortir de la maison. Il aurait bien pu cacher tout son monde dans une voûte obscure, située au-dessus de la chapelle ; mais il était tellement troublé que cette pensée ne se présenta pas à son esprit. Lorsqu'il eut, pendant quelques instants, donné cours à sa douleur et à ses larmes, reprenant bientôt sa fermeté d'âme, il rassembla tous les membres de la communauté dans la tribune de la chapelle : «Messieurs, leur dit-il, nous n'a- « vons plus, selon toute apparence, que quelques mo- « ments à vivre, il faut en profiter pour nous préparer à « la mort. Que tous ceux qui auraient besoin de se con- « fesser le fassent sans délai ; après cela, mettons-nous en « prières et faisons à Dieu le sacrifice de notre vie. » M. Montaigne, qui était présent, a dit depuis que ces courtes paroles de M. Emery produisirent sur tous les assistants la plus forte impression. Quelques-uns se confessèrent à l'instant, les autres se mirent en prières. Tous demeurèrent environ deux heures à la tribune, attendant à chaque moment l'exécution de la mesure annoncée dans le club, et, à défaut des prières prescri-
tes par l'Église pour une circonstance si extraordinaire, M. Émery les invita à réciter avec lui les Psaumes de la pénitence.
« Au bout de deux heures, ils entendent frapper à la porte de la tribune, et ils se persuadent que c'est un message de mort. C'était au contraire l'annonce de leur délivrance. La même personne qui avait fait connaître à M. Émer} la terrible motion qui avait été faite, était retournée au même endroit d'où file l'avait entendue; et les discusssions sur ce point étant terminées, elle venait annoncer à M. Émery que plusieurs membres du club avaient, en effet, appuyé la proposition avec beaucoup de chaleur, mais qu'un des plus influents l'avait fortement combattue en représentant qu'il connaissait parfaitement M. Émery, que c'était un excellent citoyen, qu'il avait eu toutes sortes d'attentions pour les membres de l'assemblée, qu'il leur avait cédé les plus belles pièces de sa maison, qu'il leur avait procuré, de lui-même et sans qu'ils le demandassent, du feu en hiver et des rafraîchissements en tout temps; qu'il serait donc tout à fait déraisonnable d'user de rigueur envers un homme qui avait si bien mérité de la patrie. Le plus grand nombre s'étant rangé à cet avis, on avait renoncé au projet d'inquiéter les ecclésiastiques du séminaire, du moins jusqu'à ce qu'on eût pris une mesure générale relativement aux prêtres réfractaires '. »