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CHAPITRE II La Flèche au XVII^ siècle

La Flèche et Guillaume Fouquet, Marquis de La Varenne.

Vie politique et religieuse de La Flèche.

Familles fléchoises du XVIP siècle.

Un savant fléchois, de regrettée mémoire, M. Sémery, disait jadis, dans une conférence fort brillante (1) : « Dans l'histoire de La Flèche, le XVII^ siècle a sa place d'honneur. C'est l'époque féconde et curieuse que je voudrais étudier avec vous. » M. H. Sémery fait, d'une façon rapide, il est vrai, exquise tout de même, le tableau des bienfaits de Fouquet, marquis de La Varenne, envers la ville de La Flèche, et, après avoir déploré l'oubli dans lequel les Fléchois laissent leur compatriote, le conférencier ajoute : « Et pourtant La Flèche lui doit tout, oui tout ce qui a fait sa renommée dans le passé, ce qui soutient sa prospérité actuelle ». Quels que soient les sentiments de chacun sur le favori de Henri IV, — et du reste ces sentiments ne peuvent plus aujourd'hui s'inspirer des calomnies de Saint-Simon ou autres bonnes langues de même espèce, et doivent se modifier en faveur de Fouquet — on ne peut nier l'amour qu'il

{\) La Flèche au A"I7/e siècle, conférence faite à l'Hôtel de Ville, le samedi 17 février 1872, en faveur des pauvres, par M. H. Sémery bibliothécaire au Prytanée militaire. — Plaquette p. in-8° 3o p. Besnier, La Flèche, 1873.

portait à sa ville natale. « Voilà un homme qui, tout enfant, a quitté la maison paternelle pour aller étudier à Paris, puis suivre à tous les bouts de la France la fortune aventureuse de son maître, et, malgré tout, le souvenir de la terre natale lui est si vif qu'il ne rêve qu'une chose : entretenir les mêmes sentiments dans le cœur de Henri et lui inspirer tous les projets qui devaient tirer La Flèche de son obscurité. »

C'est ainsi qu'il fit créer à La Flèche un grenier à sel (1593j, un présidial (1595), une prévôté (1597), un hôtel de ville (1615). « Mais La Varenne méditait pour La Flèche une autre création qui, dans sa pensée, devait lui procurer un bien plus grand encore » : c'était l'établissement des Jésuites, qu'il obtint en 1603.

Ce collège, en peu de temps, florissant et rempli d'écoliers venus de tous les points du monde, créa dans la ville une vie intense, un mouvement extraordinaire. Les plus célèbres Jésuites passèrent par cette maison, et on n'est pas étonné alors de constater combien fut grand le nombre de leurs élèves qui s'illustrèrent dans la suite.

Grâce à Fouquet La Varenne, les faveurs royales continuèrent à soutenir et à encourager le collège royal, après la mort de Henri IV. Ne vit-on pas, en etïet, en 1614, le petit roi Louis XllI et Marie de Médicis visiter La Flèche ! On leur donna au collège une petite comédie, où un élève, futur maréchal de France, Bude de Guébriant, menait la danse.

« La Flèche qui n'était qu'une simple bourgade, quand La Varenne en avait été nommé gouverneur, élevait partout des maisons, grandes et petites, pour recevoir le surcroît de population que le renom gran-

dissant de son collège lui attirait de toutes parts. La Vareniie avait réparé, dans une certaine mesure, les ruines du vieux château, il avait fait élever ou restaurer, en majeure partie, l'enceinte bastionnée de la ville, dont le cours de la douve et quelques débris accusent encore l'étendue. Les rues avaient été pavées, le pont des Carmes construit, et enlinon bâtissait dans la Grande-Rue, ou rue du Château, là où est la poste aux lettres (1), cette magnifique habitation deFouquet, l'une des plus somptueuses du royaume, dont il ne reste que les pavillons et les douves. »

« Sortie des terreurs de l'an mil, la chrétienté, dit Raoul Glaber, s'était couverte comme d'un blanc manteau d'églises. Pareil phénomène se produisit au XVI^ siècle.

« Après cette grande commotion des luttes religieuses, on vit le catholicisme reprendre sève et s'affirmer parla création d'Ordres, où, comme on disait alors, de Nouvelles Religions. La Flèche se couvrit de chapelles et de couvents. »

A l'époque où nous arrivons, La Flèche ne se composait plus que d'une seule paroisse: la paroisse Saint- Thomas. Celles de Saint-Barthélémy et Xotre-Damedu- Chef -du -Pont n'étaient plus regardées, depuis longtemps, que comme de simples chapelles, succursales de Saint-Thomas (2). Enfin, à côté de Saint- Thomas, se trouvait la paroisse suburbaine de Sainte- Colombe.

(i) Actuellement au numéro -jo de la Grande-Rue. (2) Voyez les Annales Fléchoises, t. I, pages 27 et iSg : Les paroisses Saint- Barthélémy et Notre-Dame du Chef-du^Pont.

Quant aux communautés, il n'y avait à La Flèche au commencement du XVII'^ siècle, qu'une communauté de femmes : les religieuses de Saint-François, ou Franciscaines, établies en 1484, par René duc d'Alençon, dans la rue Carnot (1), — maison M™*^ veuve Houdemon jusqu'à la douve. — La ville comptait deux communautés dhommes : les Carmes, qui habitaient rue du Rempart, — autrefois rue des Vieux-Carmes ; — les Cordeliers, dont le couvent occupait la Sous- Préfecture. On pourrait y joindre une troisième communauté, celle de Saint-Jean de Mélinais où, sous les ombrages de la grande forêt, les Génovéfains de la célèbre abbaye priaient en paix depuis 1180. En 1600, le Père Abbé était Jacques Brulart de Cosne.

Enfin, pour donner un exposé complet de l'état religieux de La Flèche au début du XV1I« siècle, je dois rappeler qu'il y avait trois prieurés : celui de Saint-Thomas, donné aux Bénédictins en 1110 par Hélie de La Flèche ; le titulaire en était, en 1606, Bertrand le Prévost; le prieuré de Saint-Jacques, fondé, comme maladrerie, en 1135, par Geoft'roi Plantagenet, seigneur de La Flèche, passa de bonne heure à des chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Augustin ; enfin, le prieuré de Saint-André, fondé par Henri II, roi d'Angleterre, et donné par lui aux Bénédictins ; vers 1600, le prieur en était César Guillaume.

Telle était La Flèche à l'aurore du XVIP siècle. L'arrivée des Jésuites semble lui ouvrir une ère plus

(i) Cette partie de la ru3 Carnot, depuis la rue de la Sous-Préfecture jusqu'à la rue du Parc et des Fossés, portait le nom de rue Saint-François.

prospère encore. Au seul point de vue religieux nous allons voir se produire une magnifique efflorescence de cloîtres.

Je cite rapidement.

Avec les Jésuites arrivent, en 1604, les Récollets qui, abandonnant leur couvent de Précigné, viennent occuper celui des Cordeliers et envoient ces derniers à leur place à Précigné (1). Les Carmes, ayant reçu de Louis XIII le vieux château des comtes de La Flèche, s'y transportent en 1G20, « laissant à quatre visitandines » la place qu'ils occupaient, dans la maison Bodin, rue des Vieux-Carmes (2). Notre-Dame du Chef-du-Pont, ancienne chapelle du château, devient leur chapelle.

Enfin, en 1635, les Capucins s'étnblissent à leur tour à La Flèche ; l'entrée de leur couvent qui portait le nom de a Petit-Saint-François », se voit encore aujourd'hui dans la rue des Capucins a avec sa porte surmontée d'un auvent », sa niche vide de la vieille statuette d'autrefois a et la pierre commémorative de l'inondation qui vint laver son seuil » (3).

Voilà pour les hommes, dont six congrégations sont représentées à La Flèche.

Les communautés de femmes atteignirent bientôt le même nombre.

Ce fut d'abord les Filles de Notre-Dame, en 1622;

(i) Les Récollets occupaient la Sous-Préfecture actuelle. Leur portail d'entrée s'ouvrait vers le n" 21 de la rue Carnot, qui portait alors le nom de rue des Récollets.

(2) Conlérencede M. Sémery, p. i5. — L'ancien couvent des Carmes n'a pas un emplacement bien défini dans la rue du Rempart. M. de Montzey prétend que ce fut la maison occupée par M. de Montfbrt.

(3) Inondation du Loir du 25 février i665.

puis les Visitandines, en 1632. Supprimé à la Révolution, leur couvent est aujourd'hui l'hôpital.

En 1G40, M. Le Royer de la Dauversière, avec le concours de M'"" de La Ferre, fonde les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph, qui occupèrent jusqu'à la Révolution ce qui est devenu aujourd'hui le palais de justice, le musée, la gendarmerie, l'école maternelle.

Peu de temps après, s'ouvrit le couvent de

la Madeleine ou )

maison des fil- ' I

les repenties, là où, depuis la Révolution, se trouvent pour quelques jours encore les Filles de ^otre- Dame. Enfin , en dernier heu, on voit dix religieuses de la célèbre abbaye royale de Fontevrault venir s'établir dans la rue du même nom.

Voilà pour les femmes.

De toutes ces communautés, au nombre de douze, qui avaient fait appeler notre ville « la sainte Flèche », la Révolution ne laissa rien subsister. Deux couvents de femmes, seulement, ont pu se relever de leurs ruines : les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph

et les Filles de Xotre-Danie; mais toutes deux, chose bizarre, n'occupèrent point à leur retour les couvents d'autrefois.

Les Hospitalières vont bientôt rester les seules survivantes de ces pieuses fondations du XVII* siècle. Puissent les vertus héroïques cachées dans la solitude de ce cloître béni, puissent les prières des pieuses servantes des malades préserver notre cité des châtiments divins et mériter aux Fléchois la persévérance dans la foi, la fidélité à leurs devoirs!

Le tableau de la cité fléchoise ne serait pas complet si l'on ne présentait au lecteur quelques unes des familles tléchoises qui, à cette époque (1G00-1G30), illustrèrent la magistrature, l'armée, le clergé.

Le Présidial avait comme président Jacques Richer, seigneur de iMonthéard, comme lieutenant-général, Charles des Bois, comme conseillers, Marsollier, Denieau, RenéFoureau, Guillaume Bidault, dont le frère ou neveu, Jacques Bidault de la Lizardière, est, en 1626, lieutenant de René de la Varenne, gouverneur de La Flèche.

Charles Davoust de la Masselière présidait l'élection vers 1626, avec Florimond Le Rover comme lieutenant. En 1639, le président sera M, Legaigneur.

Enfin à l'Hôtel de Ville se rencontrent les mêmes noms : Davoust, Foureau, de la Porte, Nadreau.

Le lecteur me pardonnera cette énumération aride, mais nécessaire, à mon avis, pour connaître « en gros )) La Flèche du XVIP siècle. Au reste, ces noms

de familles de La Flèche et des environs, nous les retrouverons constamment dans le cours de notre histoire, soit parmi les religieuses, soit parmi les bienfaiteurs du couvent. Ces noms méritent d'être conservés, et l'on trouvera bon que je les signale en ces pages : Auvé de la Xoiraye, Bidault (de Rochefort, de Ruigné, de la Lizardière), Belocier de Maulny, Gauthier sieur de Fontaine, Fontaine (de la Cheviraye, de Biré), Foussard de Vaubarré, Jouye (des Roches, de la Réténuère), Le Royer (de Chantepie, de la Dauversière, de la Motte, de la Roche), Le Noir de la Cochetière, Nadreau de la Porte, Richer (de Bois -Clos, des Pins), delà Rue du Can, de Sales de Beauuiont, du Mesnil de la Beausseraye, Péan de la Plesse, Gallois de la Racinais, Nail de la Saintonnière, Davy des Piltières, Corvasier de Vaurobert, Androuin de la Coudraye, Salmon, Delaroche, Gilles de la Bérardière, Drouet d'Aubigny, de Blesy de Mailly, de Colasseau de la MachefoUière, SauUay, Nau de l'Estang, etc..

S'il nous était donné d'étudier l'histoire de tous les couvents cités plus haut, nous y rencontrerions tous ces noms, et nous comprendrions aisément, comment notre bonne ville a conservé encore tant de familles, à la piété fervente, à la foi inébranlable. Toutes ces familles, pendant deux siècles, ont donné de leurs membres à ces communautés, attirant ainsi, sur ellesmêmes d'abord, sur la cité ensuite, les bénédictions divines.

Voyons maintenant ce qu'était en réalité La Flèche au point de vue intellectuel.

Vie intellectuelle à La Flèche. — Ecoles du XV' siècle. — Le Collège Royal. — Nécessité de maîtresses et de pensionnats pour les jeunes filles.

S'il fallait tenir compte de l'esprit religieux d'une cité pour la juger au point de vue intellectuel, on devrait dire assurément, avec l'extraordinaire logique des esprits forts de notre époque, que La Flèche était une ville arriérée, puisque, de leur docte avis, la religion est l'éleignoir de la science. Cependant, qu'on le veuille ou non, notre ville, demeurée, à travers les siècles, fidèle à la foi de ses ancêtres, n'en a pas moins progressé intellectuellement aussi vite, sinon plus, que toute autre cité irançaise.

Mais, écoutons M. Jules Cière sur ce sujet (1) : « Plusieurs pensent avoir tout dit, quand, à la suite de MM. Meissas et Michelet et autres géographes universitaires, ils ont répété : « La Flèche célèbre par

(i) Notice sur les Filles de Notre-Dame de La Flèche, ou la Maison de Notre-D.une.

son Collège militaire... » Si, en efïet, le Prytanée donne à La Flèche une sorte de physionomie nationale et sa principale célébrité, cette ville tient en réserve d'autres titres de gloire qui, pour être cachés modestement au second ou au troisième plan de ses mérites, n'en sont pas moins dignes de fixer l'attention de l'observateur sérieux, la confiance du père et de la mère de famille. En laissant à d'autres villes, dont quelques-unes sont ses voisines , le privilège d'un grand mouvement industriel et commercial, La Flèche s'est réservé le lot le plus moral et plus noble du développement intellectuel : ce rôle honorable est le sien depuis deux siècles et demi, elle n'a point encore failli à cette mission sainte, et, au milieu de notre XIX« siècle, voué à toutes les sollicitations des intérêts, La Flèche est restée la ville de l'éducation et des lettres, et le séjour de bien des talents artistiques que l'on rencontrerait difTicilement ailleurs. L'idéal, contrarié dans le Maine et dans l'Anjou, est venu se réfugier aux confins de ces deux provinces, comme sur un terrain neutre, au pied des tours bâties par Henri IV. »

Mais, alors que les Jésuites ont quitté La Flèche depuis 150 ans, les Filles de Notre-Dame sont restées jusqu'à l'heure marquée par la Providence pour un nouveau calvaire.

On dit que la ville de La Flèche devint, avec son collège royal, une ville d'étude et de travail, comme avec ses couvents, elle prit l'aspect d'un immense asile de prière. Cette parole est vraie, mais il n'en faudrait cependant pas conclureque, jusque-là, l'ignorance ait régné chez nous en maîtresse.

Des écoles pour les enfants pauvres nous sont signalées dès le XV^ siècle. Par une enquête du 12 mars 1492 (i), le prieur de Saint-Thomas, frère Pierre Le Gay, constate que « à cause de la fondacion de sondit prieuré de La Flèche, qui est de la fondacion de Monsieur le Vicomte de Beau mont à cause de sa baronnye de La Flèche, il a droit, entre autres choses et luy appartient de donner les escolles dudit lieu de La Flèche et de y pourveoir de maistre ydoine et suffisant toutes foys qu'il en est besoing, pour monstrer aux enfans de la ville et banlieue de ladite Flèche, èsdites escolles, sans ce que nul autre que celuy à (pii d a donné lesdites escolles y puisse ou doye tenir escolle, ni que les habitans de ladite ville et banlieue puissent ou doyent envoyer leurs enfans à autre escolle que à celle qui est tenue par ledit prieur. ))

Le premier témoin, iMichel Richer, procureur de La Flèche, âgé de cinquante ans, dit avoir fréquenté à l'âge de dix ans lécole de La Flèche tenue par AP Robert Avril, nommé à ce poste par Frère Pierre Regnault, prieur de Saint-Thomas ; que ce maître fut remplacé au bout de quatre ans par Laurent Le Boucher, prêtre, natif de La Flèche, nommé par Frère Le Leii, prieur, à la reijuète des bourgeois de ladite ville ; (juil y a vingt ans environ, vers [Ml. ledit Lel)()uelier résigna entre les mains de Frère André Le Xoi-mand, prieur, (jui le remplaça par M" Jehan Royau ; que ce dernier a tenu ces écoles paisiblement sans contexte, excepté pour-

(i) Archives dcpaitcmcntalcs de la Sarthe. Inveniaire sommaire, H. 280.

tant six mois qu'il y a. été troublé par un nommé Jean Le Teillier, qui a voulu tenir une nouvelle école.

Un autre témoin, âgé de quatre-vingt-treize ans, dit, toujours le 12 mars 1492, qu'il a vu de tout temps tenir lesdites écoles à La Flèche.

De cette dernière attestation on peut conclure que des écoles existaient a La Flèche tout au moins au commencement du XV<^ siècle, et (jue ces écoles étaient réclamées déjà par la population, que le clergé fut le seul à s'intéresser à cette question primordiale, l'instruction de la jeunesse, et à y donner tous ses soins (1).

On viendra dire encore, cependant, avec l'habituelle mauvaise foi, que le clergé fut un obstacle constant à la civilisation et au progrès intellectuel du pays. Il me serait facile de prouver le contraire, tant pour La Flèche que pour toute la vallée du Loir, mais ce serait une digression trop longue en ce présent ouvrage. Je ne l'abandonne toutefois qu'avec l'espoir de la reprendre ailleurs en collaboration avec tous les sincères partisans de la vérité historique.

Qu'il me sutlise de rappeler aujourd'hui que le pays des Lazare de Baïf, que « la parlante rive » des Ronsard n'avaient pas attendu leur naissance pour inspirer le goût des lettres et l'anioui- de l;i poésie à leurs paisibles hal)itanls; on est même autoris(3 à cioii-e que la culture intellectuelle devait être en tout notre pays singulièrernent élevée pour produire de tels génies.

Du reste, en ce qui concerne les Baïf, M. l'abbé

(i) Voyez les Annales Fléchoises, II-61, Ecoles de Sainte-Colombe.

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Froger (l), qui a dépouillé les livres de comptes de la seigneurie des Pins (1478-i48()), nous a montré Jean de Baïf, seigneur des Pins et père de Lazare, payant pension en 1477 a au maistre d'escolle de Bazouges pour Aulbin de Beif », son frère.

Il faut bien avouer cependant que ces écoles étaient très souvent imparfaites et avaient surtout besoin d'une sérieuse organisation.

Le collège des Jésuites vint la commencer pour les garçons.

(( Henri IV, en dotant la ville de La Flèche d'un collège, poursuivait deux buts : l'honneur et l'avantage d'une cité qui lui était chère et le bien général du royaume.

« Les Pères Jésuites y voyaient autre chose encore. Il s'agissait pour eux de contrebattre l'établissement, en voie de formation, à Saumur, depuis quatre ans déjà, d'une académie protestante, pour laquelle Duplessis-Mornay recrutait des professeurs parmi tous les savants de l'Europe.

« Par suite de la fondation du collège de La Flèche, l'Anjou eut ce très singulier privilège de posséder trois établissements de premier ordre, réprésentant fidèlement les trois opinions qui divisaient la France et le monde : Saumur, ardent foyer de calvinisme, attirait à son académie les fils des grandes familles protestantes, La Flèche, asile des idées ultramon-

(i) Jean de Baïf et la Seigneurie des Pins, par M. l'abbé Froger, dans les Annales Fléchoises, II- 1 19.

laines, exerçait la même attraction dans le monde catholique, et enfin l'antique université d'Angers restait la gardienne vigilante des doctrines royalistes et gallicanes » (1).

Mais, tous ces efïorts, vers qui tendaient-ils? Vers les garçons. Des jeunes tilles, il n'était question nulle part; elles avaient cependant besoin, elles aussi, d'être protégées par un enseignement sur et solide contre les doctrines erronées. Pour faire contrepoids, dans ce pays resté si foncièrement catiiolique, au relâchement des mœurs qui toiiluit de pénétrer les foyers, il fallait aux futures mères de famille une éducation saine et forte.

Les Pères du collège royal devaient bien, les premiers, se préoccuper de cet état de choses.

La prospérité de leur maison, les merveilleux résultats obtenus pour l'instruction et l'éducation des garçons leur donnaient droit d'espérer un succès analogue, dès que l'on s'adresserait à l'élément féminin. Assurément, on ne pouvait penser créer pour les fdles un même collège, qui réunît des élèves des quatre coins de l'Univers.

Rayonner dans toute la contrée environnante était la seule ambition permise à une maison enseignante de filles, et même les Fléchois ne pensaient qu'à leurs enfants; nul ne saurait les en blâmer. C'est pour eux seulement que depuis quelques années ils réclamaient auprès de leur municipalité. Les Jésuites appuyèrent

(i) Conférence de M. Scmery, p. 14.

leurs réclamations, et, lors du premier passage de Louis XIII, en 1614, comme du second, en 1620, ils présentèrent au roi les doléances des habitants sur ce sujet : l'approbation royale, toujours accordée si généreusement à pareille demande, ne fut pas refusée en cette circonstance. Ainsi était déjà concédée, en principe, la future maison d'éducation et d'instruction pour les jeunes Fléchoises. Il n'est donc pas téméraire d'afîirmer que tout était prêt, à La Flèche, pour recevoir les maîtresses et les éducatrices des jeunes fdles. Les parents les désiraient, comprenant que le bien de leurs enfants était en jeu; les autorités voyaient dans cette innovation le bien de la cité; ainsi tous les vœux se réunissaient sur un même objet.

Quel sera cet objet? En ce dix-septième siècle, qui vit luire en France la renaissance des ordres religieux de tout but et de toute fin, on ne pouvait penser à des maîtresses la'ïques; d'ailleurs, on en trouvait peu ou point du tout; seuls, les religieux voulaient bien se dévouer à l'instruction.

Vers quel Ordre les Fiéchois vont-ils diriger leur demande? Nous le verrons au chapitre suivant.

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