‹ Le couvent des Filles de Notre-Dame de La Flèche, 1622-1905Chapitre 14 sur 58 · PIGNON DE L ANCIENNE CHAPELLE DE NOTUE-DAME · texte numérisé non relu

PIGNON DE L ANCIENNE CHAPELLE DE NOTUE-DAME

Parloir précédant la maison de l'aumônier. Rue de IHôtel-de-ViUe, (n"» 43 et 43;.

Le 25 octobre, elle fait le marché dos travaux avec Ollivier Guibert et Denis le Bourdais, AP^ tailleurs de pierres et avec Jean Deraillet, maître charpentier. Ils devront les commencer « dès maintenant sans dis-

(i) Annales manuscrites, p. 3.

continuer ». Ce qui fut fait, car, le 19 novembre, Guibert et le Bourdais reçoivent « contant de lad. Chesnel la somme de 300 livres tournoys en carts descu » pour paiement de leurs travaux (1).

Pour effectuer ces paiements au jour fixé, la Mère de Chesnel, au dire de son historien, n'avait souvent pas un sou. Mais, « la Mère Chesnel a tousiours eu un grand cœur plain d'une confiance filialle et asseurée en la bonté de Dieu. Elle ne s'estonnoit point de se voir sans argent. Importunée de ses ouvriers qui luy demandoyent le payement de leur travail, aprèz les avoir priés tout doucement d'avoir un peu de patience, et qu'elle les satisferoit bien tost, son recours était à l'oraison plaine de confiance, qui n'estoit pas vaine ; car Dieu lui envoyoit de quoy payer ses manœuvres, et mesme par des voyes extraordinaires, côme il se vit un jour que la portière receut par le tour une sôme d'argent assez notable donnée par une personne qu'on ne cognoissoit point et sans sçavoir pour quelle raison il estoit apporté. »

Au milieu de ces difficultés matérielles, suscitées par ces indispensables dépenses. Mère de Chesnel ne perdait point courage ; son zèle semblait au contraire en grandir d'autant. Tout en s'occupant de l'édifice matériel, comme la prudence et la sagesse le commandaient, elle ne négligeait pas l'édifice spirituel ; nous la verrons, au chapitre suivant, organiser merveilleusement sa communauté naissante.

(i) Cf. pièces justificatives.

§ IV

Deuxième requête des Fléchois à l'évêque d'Angers. — Réponse de l'évêque. — Le dénuement des religieuses leur fait craindre un retour forcé à Poitiers. — Zélé et générosité des Fléchois. — Mgr Miron donne enfin le décret d'autorisation (SO mai 16S3).

Au commencement de novembre, les officiers municipaux s'adressent de nouveau à l'évêque d'Angers (1) : (( Depuis un mois en çà qu'elles résident, lui écrivent-ils, les Filles de Notre-Dame instruisent les filles de la ville avec tel fruit et exemple de piété que cela meut lesd.

habitans de rechercher les moyens de lesestablir avec les obédiences requises aux fonctions des charges à quoy

leur ordre les oblige, pourquoy rechercher de votre Révérence led. maire et eschevins auroyent asseuré selon son intention, fonds et revenu pour la nourriture et l'entretien des religieuses sur les plus clairs deniers d'octroy ou rentes de leur maison de ville, meublé leur logis et fait clore les lieux nécessaires, ce qui convie plusieurs filles des meilleures familles tant de la ville qu'autres circonvoisines de quitter le monde, leur permettre de recevoir les filles qui se

(t) Reg. parch., 26, v'

présenteront, à faire le vœu entre leurs mains, leur donner l'habit de l'ordre et faire toutes autres fonctions permises aux religieuses dudit ordre parfaitement establies et tenant la closture, outre leur permettre à l'ouverture de leur église d'y faire célébrer les dévotions des quarante heures avec les cérémonies requises... » (1).

La réponse de l'évêque d'Angers, pour ne s'être pas fait attendre, n'en fut pas pour cela plus satisfaisante; datée d'Angers, le 15 novembre, elle était plutôt dilatoire. Mgr Miron réclamait pour ses religieuses l'assurance qu'elles auraient huit cents livres de rente; qu'on leur édifierait un bâtiment avec au moins huit cellules pour huit religieuses. La ville devait en outre lui donner la preuve que « la maison où sont à présent retirées les religieuses leur appartient ». En un mot, il veut un acte en forme par lequel les édiles obligent « les deniers communs et tout autre revenu de la ville au bâtiment et construction de tous les lieux réguhers de closture, et à l'ameublement nécessaire pour un couvent de huit religieuses au moins et un fournissement de huit cens livres de rente pour la fondation et dotation du couvent jusques à ce que d'ailleurs il se trouve fondé pour assurer le couvent jusques à la concurrence des huit cens livres sera pourveu à l'établissement par eux requis ».

« Ces conditions estoyent au dessus du pouvoir de nos premières mères ». Quoique dictées par la prudence, elles ne laissaient pas que d'embarrasser et la supérieure et ses compagnes, sans les décourager

(ij Paul V venait d'établir les Quarante heures.

toutefois. « Elles estoyent si pauvres qu'elles n'avoyent pas seulement de quoy se vestir et se guarentir du froid de l'iiyver prochain. Il ne fut pas possible cependant d'obtenir autre grâce dud. Evesque, ce qui donna tant de peines, de fascheries et d'exercice à la vertu de nos Mères que, de l'avis même des supérieurs ecclésiastiques, elles furent sur le point de s'en retourner à Poitiers, n'ayant pas de quoy subsister : d'autant qu'elles devoyent douze mil livres pour la maison où elles faisaient leur demeure, dont il leur falloit payer rente, elles n'avoyent aucun moyen de s'en acquiter ny de quoy vivre, elles avoyent surtout huit cens livres à verser au 8 mars et on en était tout proche. »

Mère de Chesnel ne pouvant confier ses angoisses à la Bienheureuse Mère de Lestonnac, toujours en interdit, s'en ouvrit à la supérieure de Poitiers, bien qu'elle connût la pauvreté de cette maison fondée par elle-même quatre ans auparavant.

« Dieu qui a fait toutes choses de rien , nous dit l'historien de Mère de Chesnel (1), voulut fonder et établir la maison de sa Très Sainte Mère sur sa toute puissance et sa Providence et inspira Messieurs les maire et eschevins de la ville avec quelques autres messieurs des liabilans pieux et charitables d'entreprendre ceste affaire, ce qu'ils firent avec autant de zèle et de bonté que si c'eust esté leur propre affaire et leur interest. »

Le l" mars 1623 « bon nombre des bourgeois de

(i) Annales manuscrites, p. i. Histoire de l'Ordre, t. II, p. 78.

La Flèche, esmeuz de dévotion et faisant eschange des biens de la terre avec ceux du Ciel, ont voulu donner de leurs biens pour la fondation et entretien dud. futur monastère... » (1).

On se réunit chez M" Rouveau, notaire. Etaient présents comme donateurs : a Jacques Denieau, sieur temporel de Nojon, conseiller au siège présidial de La Flèche, René Foureau, sieur temporel de Segrais, advocat du roy, René de la Porte, sieur temporel de Maupas, advocat, Jehan Le Coefïé et Jehan Le Camus,

marchans de La Flèche. Tous, librement et sans contrainte, promettent et s'obligent un chacun pour le tout vers mon Révérend S^'évèque d'Angers de payer par chacun an la somme de six cens livres ts de rente hypothécaire à prendre sur tous et chacuns leurs biens amortissable au denier vingt, pour nourrir et entretenir les religieuses du futur monastère... lequel

(j) Décret épiscopal, Registre parchemin, p. 34.

revenu annuel ils donnent libéralement à l'honneur de Dieu pour estre employé à ceste afïaire ».

Ils assurent en outre à l'évêque d'Angers que « tous les meubles qui sont de présent en la maison appartiennent aux religieuses, auxquelles ils s'obligent encore de fournir tout ce qui sera nécessaire et convenable aud. couvent et de mettre à leurs frais et despens ladite maison en estât de couvent régulier pour recevoir et loger lesd. filles religieuses ». Entin, ces dévoués Fléchois vont eux-mêmes à Angers et à Poitiers pour hâter la solution de cette importante alîaire.

Mais le 8 mars approchait, et Mère de Chesnel n'avait pas le premier sou des 500 livres dues à M. Legaigneur; sans doute, celui-ci n'en pressait pas le paiement, mais Jacquette de Chesnel voulait tenir ses engagements. Deux Fléchois déjà cités la viennent sortir providentiellement de son embarras. Par acte passé devant M® Rouveau, le 8 mars. Mère J. de Chesnel « confesse que à la prière et requeste chacun de noble René Foureau, sieur de Segrais, et demoiselle Claude MarsoUier, son épouse; Jehan Le Coefïé, marchand, et Marguerite Pichon, sa femme, ont aujourd'huy vendu et constitué sur eux sçavoir Foureau et son épouze la somme de 187 1. 10 s. de rente, led. Coeffé 125 1. vers noble homme Gabriel Legaigneur, sieur de la Hermelière, pour la somme de 5,000 1.

(( Néanmoins la vérité est que ce qu'ils en ont faict n'a esté que pour évitter aux contraintes que led. Legaigneur eust pu faire contre elles pour avoir paiement de pareille somme de 5,000 1. qu'elles luy debvoient le terme eschéant ce jourd'huy au moien de quoy lesd. Legaigneur et Chariot son espouze ont

baillé quittance à lad, de Chesnel de 3,000 1. à déduire sur 12,000 1. Témoin : Antoine Bonsergent, prêtre. » Disons, tout de suite, que ces généreux donateurs ne furent jamais appelés à tenir leurs engagements. Les religieuses, dès qu'elles purent avoir un noviciat, tirèrent un revenu suffisant des dots que leur apportaient les jeunes lilles. « Toutefois elles demeurèrent beaucoup obligées à ces Messieurs des soins, des peines et des travaux qu'ils eurent pour conduire ceste affaire de Dieu à sa perfection. Les contradictions qu'ils souffrirent estoyent capables de rebuter et d'ennuyer les plus constans, mais Dieu les arma de force et de patience, si bien qu'en fin ils obtinrent un décret pour l'érection de lad. maison en forme de monastère. »

M^' l'évêque d'Angers différait toujours de donner son approbation définitive, prétextant que les religieuses n'étaient pas chez elles et n'avaient pas moyen d'y vivre. Il devenait dès lors difficile de sortir de cette situation, les moyens d'existence indépendante ne pouvant venir aux religieuses que par l'arrivée des pensionnaires et des novices.

Mère Anne de Guérin, pour mettre fin à ces difficultés, réunit toutes ses professes au parloir de la communauté, le 6 mai 1623, et là, devant MM'^* Percheron et Martin, notaires, supérieure et religieuses (1) renoncent à tout droit sur la maison de la Hermelière,

(i) L'acte donne leurs noms : Anne d'Arrérac, Marie de Tusseau, Jeanne Guignard, Magdelaine Thomas, Jacquette Engueigne, Jeanne Mangin, Jeanne Millon, Catherine de Thudert, Jeanne Rouger, Renée Maquenon, Françoise de la Cour.

achetée en leur nom, et elles en cèdent la pleine propriété à Jacquette de Chesnel ainsi qu'à ses trois compagnes. En outre, elles s'engagent à ne jamais réclamer les 5,000 1. déjà payées, et, enfin, promettent de verser au temps fixé les 7,000 1. restant du prix de l'acquisition. On envoie l'acte de Poitiers à La Flèche.

Jacquette de Chesnel le communique à sa petite communauté, le 17 mai suivant, et, en son nom comme au nom de la ville, les ofïiciers municipaux vont le présenter à l'évêque d'Angers.

Parmi les raisons qu'ils font valoir pour fléchir le prélat, ils lui donnent celle-ci : « Qu'il y a église ou chappelle et maison, chœur, dortoir, réfectoir, cloistre, jardin et autres estages suffisans pour le soustien demeure, et autres nécessités pour le moins de six religieuses ». D'où nous pouvons voir avec quelle persévérance Jacquette de Chesnel avait poussé les travaux « d'accommodement ». Le monastère se trouvait, en réalité, complètement édihé dans ses parties essentielles, et, pour commencer, suffisant pour les besoins actuels de la communauté.

L'évêque d'Angers se rendit enfin à toutes ces raisons, assuré qu'il était désormais que les pieuses filles, qui s'étaient mises sous sa garde et protection en la bonne ville de La Flèche, pourraient vivre en toute liberté et indépendance au point de vue temporel.

Son décret d'approbation fut publié le 20 mai par son vicaire général, Jean de la Barres (1) :

« ... Nous érigeons, dit-il, et instituons par les présentes lad. maison située à La Flèche en monastère soubz l'invocation et honneur Xostre Dame du mesme

(i) Rcg. parch., p. 36.

Ordre... et lui approprions la jouissance de ses possessions et rentes... et donnons tout pouvoir ausd. Jacqueline Chesnel, Jeanne Audebert, Marie Mangin, Catherine Engueigne, religieuses, de demeurer au monastère par nous érigé côme dit est, et la soubs le doux fardeau de la religion servant à N. seigneur en holocauste et sacriQce de chasteté ; vivre selon les reigles de l'Ordre, soubz toute jurisdiction, correction, Visitation, régime et obéissance de Nous seigneur évêque d'Angers et de recevoir au Monastère toutes ^es filles qui voudroyent y entrer, et vouant leur virginité à N. seigneur soubz les reigles dud. Ordre, prendre l'habit ordinaire aux religieuses, réservant néanmoins à Nous seigneur évêque d'Angers et autres évêques ses successeurs la puissance de leur bailler l'habit régulier et de les recevoir après un an d'approbation à profession solennelle de l'Ordre, et aussi réservons à Mond. S"' le pouvoir de confirmer, approuver et eslever les prieures et premières de trois ans en trois ans , les religieuses que l'on y trouvera propres et de se trouver et présider ou par luy ou par autres aux élections qui se feront. »

A la fin de son décret, l'évêque réclame qu'on lui rende un compte annuel de l'administration du

couvent.

L'Ordre des Filles de Notre-Dame était définitivement établi à La Flèche. L'œuvre était en marche. Elle avait pu, à l'origine, rencontrer des obstacles, soulever des diflîcultés : nous avons vu de quels moyens Dieu se servit pour les vaincre. Elle avait

pu même essuyer des contradictions, susciter des critiques : la pauvreté, le dénuement de cette petite communauté y avaient sans doute donné prise, surtout cliez les esprits ignorants des voies providentielles. N'est-ce pas, d'ailleurs, le sort commun à toute œuvre de Dieu, de susciter devant elle les difficultés comme les critiques ? A côté des généreux dévouements signalés plus haut, la nouvelle fondation, à cause de ses débuts si pénibles, avait soulevé mille contradictions et critiques. Mais, de même que la sagesse divine l'emporta sur la prudence humaine, en faisant disparaître les dernières hésitations de l'évêque d'Angers, de même la vie si humble et si simple des pieuses Filles de Notre-Dame, non moins que le caractère si grand, si noble de leur Supérieure et son abandon si parfait à la volonté divine, triompha de toute calomnie et fit taire toute critique. Il devenait, en effet, trop visible que la main de « Notre Père qui est aux cieux » guidait et gardait la Mère de Chesnel, pour que les esprits fléchois ne fussent pas bientôt unanimes à rendre justice à ses héroïques vertus. C'est ce qui arriva.

Jacquette de Chesnel pouvait se réjouir et rendre grâce au Ciel d'avoir réussi à surmonter tant d'obstacles. Cependant, si l'arbre était planté, il restait à diriger son développement ; ses branches vont se multiplier rapidement et produire une merveilleuse floraison, mais au prix de quels efforts, avec le secours de quelles énergies? Nous allons le voir en pénétrant plus intimement la vie de la Fondatrice.

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