‹ Le couvent des Filles de Notre-Dame de La Flèche, 1622-1905Chapitre 16 sur 58 · RELIGIEUSES DE NOTRE-DAME DE 1623 A · texte numérisé non relu

RELIGIEUSES DE NOTRE-DAME DE 1623 A

Marguerite Filloleau, Louise Gaultier, Françoise Le Royer de Chantepie, Perrine Boisturet, Jeanne et Jacquine Bidault de la Lizardière, Marthe Bouschard, Hélène Poudret, Louise Massonneau, Ambroise Bardet.

^ acquette de Chesnel eut beaucoup de diflicultés pendant les premières années de son gouvernement, mais la supérieure et sa communauté semblaient puiser une sève, chaque jour plus vigoureuse, dans ces luttes continuelles que Dieu permet- X2^ tait pour montrer le côté surnaturel de l'entreprise. Plus les ditïicultés matérielles se multipliaient, plus les consolations spirituelles augmentaient. Les classes étaient trop petites et le noviciat faisait de nombreuses et sincères recrues.

Mère de Chesnel eut son triennat trois fois renouvelé, et, pendant les douze années de son gouverne-

ment, elle donna le voile à vingt-huit religieuses, preuve incontestable de son excellente direction et du succès de son œuvre. Lorsqu'elle fut arrivée à la douzième et dernière année de sa. charge de supérieure, elle eut la joie de voir vingt-trois religieuses, professes ou novices, groupées autour d'elle dans un même sentiment d'amour de Dieu, un même désir de procurer sa gloire et le salut du prochain. Elle pouvait encore compter, au nombre de ses filles, celles qu'elle avait envoyées à Alençon et à La Ferté, propager le bon renom et la réputation de l'Ordre. Pour être éloignées de la Maison-mère, ces servantes du Seigneur ne lui en restaient pas moins profondément attachées.

Au chapitre précédent, des noms ont déjà été donnés ; achevons de faire connaître les autres religieuses qui eurent la Mère de Chesnel comme supérieure.

Ce sont : Marguerite Filloleau , Louise Gaultier, Perrine Boisturet, Françoise Le Rover de Chantepie, Jeanne et sa sœur Jacquine Bidault de La Lizardière, Marthe Bouschard, Hélène Poudret, Louise ou Marie Massonneau, Ambroisé Bardet, Françoise Bernouy, Jacquine Le Cornu, Perrine Nadreau, Hélène des Bois, et sa sœur Magdelaine des Bois, Marie de Sales de Beaumont, Jacquine de Briolay, Jacquine Giroust, Marie Heulin, Françoise Gallois, et Jacquine Bosteau.

A chacune de ces religieuses nous consacrerons quelques lignes. L'histoire, en effet, se doit à ellemême de ne négliger aucun des détails qu'elle peut découvrir, et, dans le cas présent, moins qu'en nul autre, il ne me semble permis de faire quelque sélection.

Du reste, le lecteur en a déjà été averti : sur cette vie d'un cloître à travers les siècles , il ne nous est parvenu que quelques documents ; les noms seuls de ces cloîtrées volontaires ont passé sans s'oublier jamais ; il est donc tout naturel qu'une place de choix leur soit réservée dans cet ouvrage.

Il est un nom qui, pendant tout le XVIP siècle, brillera d'un éclat particulier dans le monastère de Notre-Dame, c'est celui de Mère Marguerite Filloleau, qui, à plusieurs reprises, et longtemps chaque fois, exercera la lourde charge de supérieure.

Née en 1G07, de Michel Filloleau, M" barbier chirurgien, et de Jeanne Deshayes, elle entra au couvent « en quallité de pentionnaire » le 15 mai 1G2.3 (I). Mais bientôt « meue de dévotion désirant vivre et mourir en la vie contemplative au service de Dieu... », après avoir obtenu le consentement de ses parents, elle demanda à entrer comme postulante le 29 juillet 1623(2). Ce fut, sans doute, vers la même époque qu'elle reçut l'habit des mains de la Révérende Mère de Chesnel. Nous n'avons, en effet, aucune date pour sa vêture et sa profession , mais , par contre , les An-

(i) Etude de M^ Vollet, minutes Rouvcau, cote G27, acte du 29 juillet

(2) L'acte d'entrée au noviciat, du 29 juillet 1623, stipule que les parents de Mère de Filloleau lui donneront, comme dot, la somme de 2,000 livres tournois, et la verseront à M. Gabriel Legaigneur, pour le payer de la maison de la Hermelière.

Les témoins de cet acte sont Me Arthur Prometheau, prêtre, M^ Arthuis, docteur praticien, et Michel Gaignard, Me barbier chirurgien, tous demeurant à La Flèche.

na\n nous disent qu'elle mourut le 8 janvier 1690 à quatre-vingt-trois ans d'âge et soixante-six ans et quatre mois de religion.

En suivant l'ordre chronologique, la première prise d'habit qui nous soit signalée, avec date précise, est celle de Louise Gaultier. Elle était née à Sablé, de Louis Gaultier et de Radegonde Jcurneil, « personnes honorables et vertueuses au-dessus du commun, et bénies de Dieu fort particulièrement, ayant pris pour son service trois enfans qu'ils avoyent seulement, appelant deux filles pour estre religieuses , l'une dans l'Ordre de saint François, l'autre dans l'Ordre de sa sainte Mère qui est celle dont nous parlons, le fils dans l'Ordre des Carmes, tous trois (1) ont été très remarquables en vertu et observance religieuse ».

(( Elle passa huict ou neuf mois avec les pensionnaires avant que d'estre reçeue » , et elle prit l'habit le 23 mars, jour de l'Annonciation. Elle entra donc à Notre-Dame vers le mois de juillet 1623 (2).

Les Annales manuscrites de Notre-Dame de La Flèche

(i) Tous les trois à La Flèche. Le père de notre religieuse, Louis Gaultier, sieur des Noes, était receveur payeur des gages des officiers du présidial de La Flèche. Sa mère, Radegonde Journeil, était fille de Jean Journeil, sieur de la Templerie et de Jeanne Bignon. — Après la mort de son premier mari, Radegonde Journeil épousa en secondes noces Simon Le Maistre,

Cf. VHistoire de Sablé, par Gilles Ménage, p. 143.

{2) Au jour de Sa vêture, son père était mort comme nous le prouve le contrat passé le même jour devant M^ Rouveau. — Sa mère était remariée à M. Simon Le Maistre. — Etude de M^ Vollet, minutes Rouveau. Acte du 25 mars 1624.

conservent sur cette religieuse les plus édifiants souvenirs.

Parmi les différentes charges que remplit la Mère Louise Gaultier, il en est deux, surtout, où elle brilla plus particulièrement par une rare vertu : ce furent les charges de maîtresse des novices et de Mère Seconde ou Sous-Supérieure.

Pendant qu'elle exerçait l'ofïice de Seconde, elle s'attribuait les fautes de la Communauté comme si elle en avait été la cause. Elle souffrait qu'on lui imputât les fautes d'autrui sans s'en excuser.

(( Une fois, il fui rapporté à un religieux grand prédicateur qu'une dos nostres avoit dit quelques paroles fort inconsidérées de luy. Il vint demander la Supérieure à dessain de luy en faire ses plaintes, mais estant malade, elle envoya la Mère Gaultier, sa Seconde en sa place. Ce bon Père commença à se plaindre avec grand sentiment de ce qu'on avoit dit à son désavantage. Elle qui ne sçavoit ce que c'estoit lui respondit qu'à la vérité elle estoit fort inconsidérée à parler; ce Père crust que c'estoit elle qui avoit faict la faute et luy list de vertes réprimendes, elle ne s'excusa point, au contraire s'humilia tant devant luy qu'il s'en alla content et lui promit de venir prescher la communauté. Quelque temps après on luy dist que ce n'estoit pas la Mère Gaultier qui l'avoit offencé en paroles. 11 demeura si estonné de ce qui c'estoit passé entr'eux qu'il ne l'appeloit plus que l'imitatrice de Jésus-Christ, disant que c'estoit un des grands actes d'humilité qu'elle pouvoit praticquer. »

L'horreur de la vanité et l'amour du mépris étaient

si grands en elle qu'il ne faut point s'étonner si elle tendait tous ses eflorts à iniprimer le même esprit en celles qu'elle conduisait.

Pendant qu'elle était maîtresse des novices ou des jeunes professes, elle leur disait : « Une religieuse qui n'abhorre pas la vanité et l'honneur mondain n'est pomt religieuse devant Dieu, et au jour du jugement on verra beaucoup de religieuses damnées pour avoir eu un esprit mondain sous un habit de religion. »

Elle disait qu'elle aurait plutôt choisi d'endurer un mépris que d'avoir des révélations et des visions, d'autant que par nos souffrances

nous donnons à Dieu, et, par les consolations, Dieu nous donne.

^ Le 2 juillet 1639 elle dut sortir du couvent sur 1 ordre de ses supérieures, pour reconduire à Poitiers Mère Jeanne Audebert, qui en était venue avec Mère de Chesnel, à l'époque de la fondation fléchoise. La Mère Gaultier était si pauvrement vêtue qu'il fallut lui changer tous ses habits et son voile, « la Supérieure ne jugeant pas à propos de la laisser sortir en si mauvais équipage n.

Dans une lettre qu'il écrivait à une religieuse de La Flèche, le P. Baptiste Rolin, S.-J., disait de Mère Gautier : « Dieu vient de rappeler à lui une ànie très pure qui avait conservé toute son intégrité virginale ».

Elle ne se lassait point d'aller en classe instruire les petites filles, « elle avoit une affection particulière pour les plus pauvres, les instruisant plus soigneusement, leur ostoit la vermine qui les accueilloit ». Lors qu'elle était Seconde Assistante, à l'ouverture des portes pour faire entrer les ouvriers et les manœuvres, elle ne manquait pas de les instruire et de leur enseigner ce qu'ils devaient faire pour leur salut.

« Elle parloit avec tant de ferveur des choses spirituelles aux séculiers lorsqu'elle en rencontroit aux parloirs, qu'ils en estoyent grandement touchez, d'où venoit que plusieurs estoyent excités de revenir la voir pour jouir de ses saints entretiens ». Un Père Carme, prieur du couvent de La Flèche, l'étant venue visiter, fut fort louché de ses paroles et il dit en s'en allant à un Père qui l'accompagnait : « Geste religieuse n'est pas du commun, je la veux voir souvent ». Le même Père avoua à la Supérieure, MèreFilloleau, après la mort de Mère Gaultier, qu'il n'avait jamais eu de si grands sentiments de sa vocation que lorsqu'il traitait avec elle des discours du Giel.

Le Père Corneille, de la Compagnie de Jésus, rendit également de cette bonne Mère les plus élogieux témoignages (1).

Telle vie, telle fin, dit-on communément. Cette maxime se réalisa dans la personne de la Mère Gaul-

(i) Annales manuscrites, p. 3o.

lier. Elle s'était si attacliée à imiter le Divin Maître pendant sa vie, qu'elle mérita de mourir comme Lui sur « un lit de douleurs ». Elle est morte « âgée. de trente-trois ans et quelques mois, qui est l'âge auquel N.-S. voulut mourir; elle décéda à midy un jour de samedy troisiesme septembre 1639 ». Elle eut pour l'assister à ses derniers moments son frère, religieux Carme de La Flèche.

Il y a, dans l'histoire fléchoise, une famille que l'on renconte partout, dans l'armée, le clergé, la magistrature : c'est la famille Le Roijcr. Depuis des siècles, elle s'est subdivisée en de nombreuses branches, toutes faciles à distinguer par le nom de la terre ajouté au nom patronymique. In de ses membres, M. Le Royer de la Dauversière, l'a rendue célèbre, au XVII'' siècle, pour avoir fondé, avec Marie de La Ferre, nos Sœurs Hospitalières de Saint-Joseph.

« Les Le Royer étaient Bretons et de très ancienne noblesse; leur nom paraît aux Croisades. On les vit ensuite soutenir les droits de Charles de Blois à la couronne ducale de Bretagne, contre Jean de Montfort; puis, quand cette cause fut perdue, après la glorieuse défaite d'Auray (29 septembre 1364), venir se fixer dans l'Anjou, d'abord, non loin de Chàteau-Gontier, et, enfin, près de La Flèche (au château de la Motte, commune de Crosmières). Ils y obtinrent la faveur des ducs de Bourbon-Vendôme et furent honorés, par Charles de Bourbon, d'emplois importants. Une autre branche s'établit en Tou-

raine, à Candes, sur les confins de l'Anjou )> (1).

La religieuse dont nous voulons parler appartenait à la branche des Le Rover de la Motte-Chantepie. Françoise le Royer, dite de Chantepie, naquit à La Flèche, « issue d'une des meilleures maisons de cette ville et apparentée des principaux » (2).

Françoise Le Royer entra au couvent vers 1624, elle était donc « des premières religieuses et des anciennes de la Communauté ». Elle y vivra cinquante ans dans la pratique des plus belles vertus, pour mourir le 11 janvier 1674, à l'âge de soixante-cinq ans (3).

Elle fut employée plusieurs années à l'instruction des enfants. « Elle y a faict grandement paroistre son zèle pour l'advencement de ses escollières, non seulement en la lecture et autres choses qu'on leur doit apprendre, mais encore plus pour ce qui regarde le salut, leur faisant des instructions sur les mistères de la foy, leur faisant apprendre par cœur le catéchisme et le faisant réciter entre elles par manière de dispute et conférence, donnant des récompenses, à celles qui s'en acquitoient bien, de chappelets, images et agnus pour les animer et les encourager. »

Mère Le Royer de Chantepie « a conservé le pre-

(i) Histoire des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph, par M. Couasnier de Launay, I-i5.

(2) Florimond Le Royer, sieur de Chantepie, lieutenant-général en l'élection de La Flèche, avait épousé Anne Dumont. Celle-ci est marraine, le i3 mars i636, de Michel, fils de François Le Royer, sieur de la Motte-Chantepie,, et de Catherine Belot. Florimond et François devaient être les frères de Mère Françoise Le Royer (Etat-civil de La Flèche I.

(3) Annales manuscrites, p. 74.

mier esprit de l'Ordre » et elle sut, pendant toute sa vie, l'appliquer à l'exacte observance de ses vœux et de ses règles.

Les diverses branches delà famille Le Royer seront représentées dans la suite à Notre-Dame. Nous y verrons, en 1646, Mère Le Royer de La Roche, cousine germaine de la Mère de Ghantepie, et, en 1659, une autre de ses parentes. Renée Le Royer de Boistaillé.

C'est la présence de cette parente qui, en 1659, attirera au couvent de Notre-Dame, Jeanne de Baugé, après la mort de son mari, de si sainte mémoire, Jérôme Le Rover de la Dauversière.

Perrine Boisturet ne nous est signalée que dans un acte notarié du 18 juillet 1623 (1). A ce jour, Perrine, âgée de 17 ans, entre au couvent. Son père, Jacques Boisturet, était mort, et sa mère, Julienne Reynard, avait épousé en secondes noces Mathurin Bourgallay. En présence de sa mère, et avec son autorisation, la postulante apporte en dot linge, vaisselle, ameublement, etc.

Jacquine et Jeanne Bidault de la Lizardière vinrent à Notre-Dame le même jour, 30 mai 1626 (2). Le lec-

(0 Etude de M^ Vollet, minutes Rouveau (626J. Témoins : ve'nérable et discret M« Anthoine Bonsergcnt, prêtre, curé de Chavaignes, demeurant à La Flèche, et Jehan Le Coetfé, marchand.

(2) Archives de Notre-Dame. Les témoins dans l'acte de Jacquine sont Anthoine Bonsergent, prêtre, prieur d'Alligné, Nicolas Richer, sieur de Boisclos, René Foureau, sieur de Segrais, Jehan Baraisc.

Pour Jeanne, ce sont les mêmes témoins, mais Nicolas Richer est dit beau-frère d'Eléonore Dcnyon, mère de Jeanne.

teur connaît déjà la famille. Au reste, de Jacquine il n'est plus question nulle part ; Jeanne sera supérieure à La Ferté-Bernard.

Peu de temps après les deux sœurs de la Lizardière, une jeune fille de Saint-Denis d'Anjou se présenta à son tour au couvent.

Ce fut le 12 juin 1626 que, par devant René Dreux et Jean Rouveau. notaires à La Flèche (1), « noble homme maistre Claude Bouschard, sénéchal de Sainct- Denys d'Anjou et y demeurant, cest transporté au monastère de Nostre-Dame avec damoiselle Marthe Bouschard, aagée de quatorze ans ou environ, fille dudit Bouschard et de defïuncte damoiselle Marie Le Breton ». La supérieure accepte la postulante « à entrer en religion ». A cette époque, Marthe Bouschard avait encore sa grand'mère maternelle, Elisabeth Richer, veuve de M'^ Baralh Le Breton, sieur des MoUans. Claude Bouschard, d'accord avec sa bellemère, garantit en dot à sa fille la closerie de la Faucillette, en Saint-Germain-dii-Val (2).

En 1628, Hélène Poudret quïiia le couvent de Poitiers pour celui de La Flèche, afin de s'éloigner de ses parents et de mieux quitter le monde. « Elle mena à La Flèche, nous dit le Père Bouzonnier, une vie d'abstinence et d'austérité que peu de Filles de Notre- Dame égalèrent. » Elle mourut le 6 avril 1677, à l'âge de 74 ans. « L'opinion de sa sainteté fut si grande que les pensionnaires et les religieuses firent toucher leurs chapelets à son corps et emportèrent ce

(i) Registre parchemin, p. 7b.

(2) Cette ferme se trouve encore aujourd'hui derrière les murs de l'Hôpital. Elle fut vendue comme bien national.

qu'elles purent de ce qui avait été à son usage (1). L'année 1628 vit entrer quatre autres novices au couvent : Âmbroisc Ikirdet, le 5 mars, Hélène des Bois, le 18 avril, Françoise Bernouy, le 2 juillet, et Jacquine Le Cornu du Bignon, le 8 septembre. La Mère Bardet fut la première supérieure de La Ferté-Bernard.

C'est cette même année 1628 que les habitants d'Alençon demandèrent à Mère de Chesnel de fonder chez eux une communauté de Notre-Dame. Notre couvent comptait assez de sujets — plus de vingt religieuses — pour pouvoir en détacher quelquesunes.

Du reste, les novices ne vont point cesser de se présenter, et leur nombre, toujours grossissant, permettra à la sainte Fondatrice d'envoyer un nouvel essaim à La Ferté-Bernard, en 1633.

(i) Annales manuscrites, p. 77.

RELiaiEUSES DE 1628 A 1634

Françoise Bernouy, Jacquine Le Cornu du Bignon, Perrine Nadreau, Hélène et Magdelaine des Bois, Marie de Sales de Beaumont, Jacquine de Briolay, Marie Heulin, Françoise Gallois, Jacquine Giroust, Jacquine et Nicole Bosteau.

e départ des fondatrices d'Alençon j. ii----^ n H eut lieu en lC28,et, en réponse à 'i '^\4'\\ l c^tte charité des saintes Filles,

mi

} ! Ù-O 4% .\/ ' ^^^^ comblait immédiatement un vide en envoyant une novice, Mère Françoise Bernouy, qui prit l'habit le 2 juillet 1628. Née à Saint-Vincent-du-Lorouer, vers 1595, elle avait trente-trois ans lors de son entrée au couvent (1).

Après avoir vécu cinquante-deux ans dans le monastère de Notre-Dame, Mère Bernouy s'en retourna à Dieu le 1'^'" mars 1680, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans. Peu de temps après Françoise Bernouy, Jacquine Le Cornu du Bignon prit l'habit le 8 septembre 1628. Elle fit profession deux ans plus tard, le 14 septembre 1630, et fut, sur la désignation de Mère de Chesnel, l'une des fondatrices et supérieures de la Maison de La Ferté-Bernard.

Avec elle partit Mère Perrine yadreau, sur laquelle nous n'avons rencontré nulle part aucun détail biographique; elle était fille, ou, tout au moins, parente

(i) Annales manuscrites, page 107, verso.

de Jacques Nadreau, conseiller du Roy, qui faisait partie de la municipalité fléchoise, à l'époque de la fondation du couvent.

La même année, le 18 avril 1G28 (1), entrèrent au couvent les deux sœurs, Hélène et Magdelaine des Bois, filles de « François des Bois, Conseiller du Roy, lieutenant général au siège royal du Château -du- Loir, et de Damoiselle Claude Dupont » (2).

Hélèïte des Bois mourut le 23 août 1643 (3), assistée à ses derniers moments par le P. Carel, de la Compagnie de Jésus.

Quant à sa sœur, Magdelaine, « pour son bas aage, elle a esté retirée dud. Couvent par lad. Dupont, dès le 20 février 1629 et... pourra rentrer en lad. maison lorsqu'elle sera venue en âge et quelle en aura la volonté... )) Magdelaine reste comme pensionnaire, et le 21 juillet 1631 , demande enfin à être reçue au couvent.

La famille des Bois ou Desboys occupait de hautes charges à La Flèche où le lieutenant général fut quelque temps Charles des Bois, frère de François.

Marie de Sales de Beaumont, depuis longtemps pensionnaire à Notre-Dame, y prit l'habit le 6 octobre 1630 et fit profession le 9 octobre 1632 (4). Elle était l'atnée des six filles de a Noble Marquis de Sales, seigneur de Beaumont en Anjou, et de damoiselle Jeanne

(i) Etude Vollct, minutes Rouveau. Acte du i8 avril 1628 (2-5).

(2) François des Bois était mort avant 1628 et sa veuve habitait La Flèche.

(3) Annales manuscrites, page Ô5.

(4) Annales mctnuscrites, page 43,

de Charnassé ; cinq desquelles ont été religieuses » , la plus jeune, seule, resta dans le monde. Deux de ses sœurs entreront aussi à Notre-Dame, mais nous ne savons vers quelle époque. L'une d'elle, Jeanne de Sales, sera supérieure de 1683 à 1686.

Jeune professe, Marie de Sales est « si advencée dans les voyes de Dieu qu'elle en eust faict leçon à des religieuses de trente ans de profession ».

En l'année 1640, sur l'ordre de son direoteur, le P. Nouet, S. J. (1), elle écrit un petit livre « des grâces et lumières que Dieu lui communiquoit ». Elle y dépeint, avec des distinctions si précises et des explications si lumineuses, les divers états de son âme visitée par Xotre-Seigneur, qu'il est impossible de révoquer en doute un témoignage aussi lucide; à l'exemple de sainte Thérèse, elle sait analyser tous les phénomènes qu'elle ressent.

« Quand on veut atteindre la citadelle de la contemplation, dit saint Grégoire-le-Grand (2), il faut commencer par s'exercer dans le champ du travail. Quiconque veut s'exercer à la contemplation doit nécessairement s'interroger à fond pour savoir jusqu'à quel point il peut aimer; car c'est l'amour qui est le levier de l'àme. Lui seul peut la soulever, et, l'arrachant du monde, lui donner tout son essor. »

La contemplation est donc étroitement liée à l'amour et à l'amour actif; elle est l'effet d'un amour déjà exercé et déjà intense ; elle est l'inspiratrice et la directrice d'un amour encore plus ardent (3).

(0 p. Nouet fut, en 1Ô49, recteur du collège d'Alençon.

(2) M or alla, VI, 3;.

[3) Cr. Henri Joly, Psychologie des Saints, p. 189.

Marie de Sales fut cette contemplatrice d'amour, si je puis ainsi parler.

Dieu rallumait en elle « le feu d'un ardent amour », qui produisait en son cœur une si parfaite union et conformité à la volonté divine, « qu'elle goustoit et savouroit avec délices ceste adorable volonté, aussi bien dans les soutïrances que dans les contentements » .

M. Ollier dit que « le centre du christianisme est dans la soutïrance » (1); on peut ajouter que la véritable marque de la sainteté et de l'amour de Dieu réside également dans la souffrance. « 11 est aisé d'aimer en jouissant, dit encore M. Ollier, mais d'aimer en souffrant, c'est ce qui est difficile, et c'est ce qui me paraît être la véritable marque de l'amour » (2).

Aimer en soulïrant, c'est ce que fit Mère Marie de Sales.

De cet amour divin devait naître, tout naturellement, en cette pieuse fille, une charité ardente pour le prochain.

Elle se donnait tout entière aux fonctions qui lui étaient assignées, soit dans les classes, soit au noviciat. La contemplation formait en elle « comme un réservoir d'idée, d'amour, et d'énergie qui sera forcé de donner son trop-plein » (3).

« Le canal, selon saint Bernard, répand tout ce qu'il reçoit, aussitôt qu'il l'a reçu; le réservoir attend qu'il soit rempli... )) « Hélas, ajoutait-il, nous avons aujourd'hui dans l'Eglise fort peu de réservoirs et beaucoup de canaux, des- âmes avides de com-

l(i) M. Ollier, Lettres, I, 276.

(2) Lettres, I, 83.

(3) Cf. Henri Joly, loc. cit.

mander avant de savoir se gouverner elles-mêmes. » Marie de Sales fut un de ces réservoirs qui sut verser dans l'ànie d'autrui le trop-plein si abondant de ses grâces.

Le matin de sa mort, le 28 juillet 1649, « elle eut encore l'esprit fort présent ». Père Dubreuil lui exprimant tout le regret qu'il partageait avec la Communauté de perdre une religieuse si exemplaire, ajouta : « Ma fille, demandez donc à Dieu la santé !» — « La sainteté, mon Père » répondit-elle. Et elle expira devant toute la Communauté, assistée de la Supérieure, Mère Marguerite Filoleau,etde la Mère Seconde, celle dont la sainteté l'avait attirée à La Flèche, Mère Jacquette de Chesnel.

Le même jour que Mère Marie de Sales de Beaumont, c'est-à-dire le 6 octobre 1630, la Mère de Chesnel donnait l'habit à une autre Angevine, Jacquine de Briolay. Née à Angers, elle était fille de François de Briolay, sieur de Bois-Maurice (l), et de Marie de Moraine (2). On lui connaît trois frères : l'un, René de Briolay, prieur de Beaulieu et de Milly, petit-neveu et filleul de René de Breslay, abbé de Saint-Serge, avait, depuis deux ans, succédé à son grand-oncle, qui s'était démis de son abbaye en sa faveur, en 1628, lorsqu'il fut nommé évêque de Troyes.

Le second, Christophe, religieux profès de l'ordre de saint Benoît, était prieur des prieurés de Beau- Ci) Hameau de la commune de Bauné.

(2j Ou Morannes, sans doute.

préau, Clialonnes-sur-Loire , Saint-Mélaine, Notre- Dame-des-Champs et Savennières (1). Enfin le troisième, Antoine, fut sieur de Bois-Maurice en 1638.

Marie de Moraines étant morte, « l'abbé de Saint- Serge connaissant le bon renom de Notre-Dame de La Flèche, y plaça sa sœur comme pensionnaire ».

Jacquine y demeura sans prendre l'habit « quelques années », disent les Aniiales manuscrites, mais ces quelques années se réduisent à deux, René de Briolay, en effet, n'étant abbé de Saint-Serge que depuis 1628, et sa sœur ayant pris l'habit de Notre-Dame en

Jacquine de Briolay fit profession au mois de novembre 1632.

Comme elle avait beaucoup de talents propres aux fonctions de l'Institut, on l'employa à l'instruction des enfants. Elle s'acquitta parfaitement de cette charge. Elle avait, dit-on, « une merveilleuse industrie pour enseigner la jeunesse et advençoit plus ses escollières en six mois que les autres ne faisoient en un an ». Elle avait le don de se faire aimer et craindre tout à la fois, si bien qu'elle faisait ce qu'elle voulait de ses élèves. Elle comprenait fort bien que la fin de l'Institut n'est pas d'apprendre aux jeunes filles à lire, écrire et faire des ouvrages, mais de les instruire pour leur salut : (( Ces sciences ne sont qu'un appât pour leur insinuer la science du salut. »

Mère Jacquine de Briolay exerça la charge de supérieure pendant un triennal, de 1671 à 1674.

(i) Cf, Dictionnaire de Maine-et-Loire.

Après Jacqiiine de Briolay, une autre postulante, Jacquinc Giroust{[), entra en religion le 27 mars 1632; elle fera profession entre les mains de Mère de Chesnel.

Jacquine Giroust naquit, à Beaufort , de Jacques Giroust, sieur des Vendelières, prévost de Beaufort, et de Marie Gervais (2). Les historiens angevins sauront assurément nous dire si elle était la sœur de Jacques Giroust (3), qui naquit à Beaufort le 4 octobre 1024, de Jacques Giroust, marchand, et qui entra chez les Jésuites le 25 octobre 1641.

Jacquine Giroust prit Ihabit le 27 mars 1632.

Par ses vertus, la Mère de Chesnel attirait de tous côtés les novices; mais, par sa sage et zélée direction, elle augmentait chaque jour, en ces jeunes Ames, qui venaient se mettre sous sa garde, l'amour de Dieu et de leur sainte vocation. Elle savait entretenir en elles le véritable esprit religieux, et son action se lit sentir plus vivement encore sur Jacquine Giroust.

Cette religieuse mourut le 17 avril 1677, dans la soixante-septième année de son âge.

Deux jours avaut la prise dhabit de Mère Giroust,

(i) Anuales manuscrites, page 04.

(2) La famille Giroust, de Beaufort, donna encore plusieurs de ses membres au Monastère des Hospitalières de Saint-Joseph, fonde', à Beaufort, par les Hospitalières de La Flèche. Histoire de l'IIotel-Dicu de Beaiifort-en- Vallée, parJ.-R. Dcnais.

(3) Dictionnaire de Maine-et-Loire : Jacques parcourut les ditVérents degrés du professorat et s'adonna à la prédication où il se fit remarquer par l'onction et la simplicité de sa parole. 11 mourut à Paris, le 19 juillet 1689.

il y en avait eu deux autres, non moins extraordinaires : ce furent celles de Marie Beulin et de Françoise Gallois, deux Fertoises, dont la première, on le verra dans la suite, a été la fondatrice ou tout au moins l'instrument dont Dieu s'est servi pour inspirer la fondation d'une maison de Notre-Dame à La Ferté-Bernard. Nous parlerons plus amplement de ces religieuses dans le supplément, qui contiendra l'histoire de leur couvent.

Jacquine et sa sœur jumelle, Nicole Bosteau, étaient originaires de La Chapelle-d'Aligné (1); leurs parents, Gervais Bosteau, seigneur de la Bordelerie, et Renée Lulier étaient « personnes des plus riches et plus honorables du pays, mais ce qui est plus à priser, vertueux et bien vivants ».

Nous savons (2) que Dieu ne leur donna que des filles. Les deux jumelles devinrent religieuses de Notre-Dame, mais Nicole ne le fut que longtemps après sa sœur. Elle entrera au couvent peu de temps après la déposition de la Mère de Chesnel.

A l'Age de vingt-un ans, en 1G23, Jacquine vint au couvent, elle passa d'abord quelques mois avec les pensionnaires vivant comme une novice avec Louise Gautier qui désirait également entrer en Religion.

Ensemble, « elles faisoyent l'oraison mentale, gardoyent un estroit silence, s'imposoient l'une à l'autre pénitence de leurs défauts, s'enflammoyent du désir

(0 Canton de La Flèche.

(2) Annales manuscrites, page 34.

de la perfection » (1). Mère de Chesnel leur donna à toutes deux le saint liabit, le 25 mars 1624.

Mère Jacquine Bosteau remplira avec le plus grand zèle toutes les charges qui lui seront confiées ; en 1633 (2), elle est conseillère, et, après avoir porté l'habit près de cinquante-six ans, elle retournera pieusement à Dieu, le 30 août 1679.

Sa sœur Nicole ne vint à Notre-Dame que dix ans plus tard.

Le lecteur me pardonnera d'avoir rappelé si longuement la vie des premières religieuses du couvent de Notre-Dame, mais il le fallait faire, je crois, pour montrer combien la divine Providence a veillé sur cette Maison. Il l'a assise sur des bases solides, sur la piété, l'humilité, l'obéissance, sur toutes les vertus, enfin, si bien épanouies dans la personne de ses fidèles servantes.

Il en est une dont nous n'avons point parlé, c'est la Mère Louise Massonneau, qui, succédant à la Fondatrice, sera la deuxième Supérieure de Notre-Dame de La Flèche. Nous la retrouverons bientôt.

Il est temps de revenir maintenant à la Fondatrice, Mère Jacquette de Chesnel. Peut-être s'est-on étonné que nous rappelions si longuement le souvenir de ces saintes Filles? Je crois cependant qu'il n'était pas hors de propos de découvrir d'abord les vertus de toutes ces âmes d'élite, si bien formées par leur pre-

(i) Annales manuscrites, page io6.

(2) Etude de Me Vollct, minutes Rouveau. Acte du 27 janvier i633, passé entre Françoise Bellet, veuve de Christophe Fontaine, sieur de la Crochinière, et Jacquette de Chesnel, supérieure, Louise Massonneau, Jeanne Contentinj Jacquine Bosteau, Marguerite Filloleau, seconde et conseillère.

mière supérieure; n'est-ce pas déjà l'avoir louée, cette Supérieure, autant que de raison? x\'est-ce pas l'avoir fait connaître à son juste mérite que d'avoir cité tous les actes de vertu dont elle a été l'inspirarice? N'est-ce pas Mère de Chesnel qui a attiré, conduit, attaché à Dieu ces âmes virginales, et louer les Filles n'est-ce pas faire le plus bel éloge de leur Mère? On pourrait même maintenant, il me semble se dispenser de dire autre chose de la Fondatrice du couvent fléchois, car ce furent ses vertus qui resplendirent en toutes ses chères Sœurs, ce fut son cœur qui leur communiqua sa foi inébranlable et son ardente charité.

Entrons encore néanmoins dans quelques détails et consacrons quelques pages aux deux fondations que fit Jacquette de Chesnel à Alençon et à La Flèche.

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