‹ Le couvent des Filles de Notre-Dame de La Flèche, 1622-1905Chapitre 18 sur 58 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Supérieures de Xotre-Dame

de la déposition de Mère de Chesnel

à sa mort

La guerre des grenouilles. — Déposition de la Mère de Chesnel. — Supérieures de 1634 à 1652.

ous arrivons à une époque où, dans la ville de La Flèche, les esprits étaient quelque peu en ébulition; on y voyait, en eflet, dun côté les défenseurs des Jésuites, et de l'autre les partisans du gouverneur René de la Varenne, tils de Guillaume Fouquet.

Ce n'est point ici le lieu de parler de cette comédie qui dura quatre ans et que les traditions lléchoises nous ont transmise sous le nom de guerre des grenouilles. Les Jésuites — et le P. de Rochemonteix se fait volontiers l'écho de leurs dires — prétendaient « que ce bon marquis de la Varenne qui n'avait osé aller au siège de La Rochelle, avait été, hardiment et en homme intrépide, assiéger le collège ». Cette assertion des bons Pères se démolit d'elle-même pour qui

connaît le fils de Guillaume Fouquet. Il faut avouer cependant que tout, en cette affaire, ne fut pas à sa gloire, et qu'il eût pu se dispenser, pour faire valoir un droit de pêche problématique, dans les douves du collège, de diviser la ville en deux camps et de mettre la zizanie là où la paix régnait en maîtresse.

Cette affaire débuta le 18 mars 1630 par une burlesque mobilisation de toutes les troupes de La Varenne, et ne se termina qu'en 1634 (1).

Le couvent de Notre-Dame, qu'on ne s'en étonne pas, ressentit le contre-coup de ces événements. Les Jésuites étaient les confesseurs et directeurs extraordinaires des religieuses, les guides de la Fondatrice. Bien que je n'aie en mains aucun document autorisant cette affirmation, je me plais à penser que le supérieur et l'aumônier du couvent, prenant parti pour le marquis de la Varenne, crurent bon de montrer leur opposition aux Jésuites en favorisant la déposition de la Mère de Chesnel.

Ainsi, une affaire, comique en soi, aurait pu avoir des conséquences assez graves. En ce qui concerne Notre-Dame, si la Providence, toujours vigilante, permit l'épreuve pour la Mère de Chesnel, elle ne laissa pas cependant péricliter les intérêts de la communauté et fit porter les voix, lors de Télection, sur Mère Louise Massonneau.

(i) Il s'est conservé de cette affaire deux dossiers : le dossier jésuite (il serait peut-être plus exact de dire la version jésuite) se trouve encore à la bibliothèque du Prytanée militaire ; le dossier La Varenne, ou version plus tavorable au gouverneur, est à la bibliothèque de l'Arsenal.

Les deux récits sont différents, naturellement, et il n'est rien moins que facile de démêler h vérité de cette affaire.

La nouvelle supérieure, usa immédiatement de son autorité pour faire rentrer la paix au cloître. Le supérieur, continuant quand même de critiquer le gouvernement de la Mère de Cliesnel, alla jusqu'à parler de la renvoyer à Poitiers : « ce qu'ayant esté faict scavoir à la supérieure, elle arresta ce coup, priant le supérieur de ne point passer outre, et que la communauté ne désirait pas ce renvoy ». Le supérieur suspendit sa décision, mais a après, il monstra que ce n'estoit qu'une attente ».

De la déposition de la Mère de Cliesnel à sa mort (1534-IG52), il s'écoula dix-huit ans.

Louise Massonneau fut supérieure de 1G34 à 1637 ;

Marguerite Filloleau de 1637 à 1643;

Catherine Bidault de Hoche fort de 1643 à 1647.

En 1647, Marguerite Filloleau est élue pour un troisième triennat et sera réélue en 1630. C'est sous son gouvernement que retournera à Dieu la Fondatrice de Notre-Dame de La Flèche.

De 1634 à 1643, Louise Massonneau et Marguerite Filloleau ne manqueront pas de s'entourer des lumières et des conseils de leur vénérée Fondatrice ; elles ne feront rien sans la consulter, et pour montrer l'affectueuse estime en laquelle elles ne cessent de la tenir, toutes deux, successivement, la choisiront comme Mère Seconde ou Vicaire.

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LOUISE MAèSONNEAtJ, SUPÈRIEtTRE

Achat de la Maison du Mas. — Affaire de l'Arcade. — Vêtures de Nicole Bosteau et de Catherine Belocier de Maulny.

Je ne saurais dire à quelle époque Louise Massonneau entra au couvent; son rôle semble, à tort, un peu efïacé dans les Annales de l'Ordre et, cependant, par ce que l'on en sait, il faut avouer qu'elle continua dignement et sagement l'œuvre de la Fondatrice.

Comme elle avait toujours assisté et approuvé la Mère de Chesnel dans les affaires temporelles, elle ne manqua pas de continuer le programme commencé. Mais ce n'était pas tout d'avoir acheté les maisons Bineteau, il fallait s'en servir; or, la clôture retenait chez elles les religieuses et les empêchait de traverser la rue. On trouva cette ingénieuse solution : établir

une arcade ou arche traversant la rue et facilitant la communication entre les deux côtés de la rue, sans être vu du public, et sans qu'on ait ainsi à franchir la clôture.

Ce i^rojet, toutefois, ne fut pas aussi facile d'exécution que de conception, et il ne fallait rien moins que la ténacité de la nouvelle supérieure, soutenue par la Mère Seconde, pour ne pas se décourager. L'un des immeubles voisins de la maison Bineteau, appartenait à François du iMas, M'' Chirurgien, et à Perrine Bineteau, sa femme. Ils s'opposaient à la construction de l'arcade qui devait, prétendaient-ils, non sans raison, cacher leur maison et la rendre plus obscure.

Pour couper court, les religieuses proposent l'achat de cette seconde maison que les propriétaires cèdent volontiers, le 8 novembre 1634. « Et au moyen de ladite vendition, ledit du iMas s'est désisté de l'opposition par luy formée à la construction et bastiment d'un arc et voûte que lesd. religieuses entendent faire bastir entre leur couvent et led. logis et celuy dud. Bineteau pour avoir communication d'un bastiment à l'autre. »

Le 1" mars 1635, parviennent à Notre-Dame les lettres royales d'amortissement pour la maison Bineteau. Louis XIII accordait toute permission « de faire bastir et construire l'arcade » (2).

La Mère Louise Massonneau envoie à M. le lieute-

(i) L'acte est signé de Louise Massonneau, Jacquette de Chesnel Jeanne Contentin, Marguerite Filloleau, Louise Gautier et Jacquine Bosteau. — Registre parchemin, page 3o.

(2) et. pièces justificatives.

nant général de la sénéchaussée, les lettres du roi et les accompagne d'une requête sur le même objet (1).

Le 24 janvier 1635, René de More, sieur de Bresteau, conseiller du roi, lieutenant général en la sénéchaussée et siège présidial de La Flèche se transporte « en présence des gens du roy, des maire et eschevins de ceste ville, et assistance de Jehan Cherpentier commis grefTier au devant de la porte et principalle entrée dudit couvent sittué sur la rue Saint-Germain proche le portail » ; René de More venait inspecter l'état des lieux et voir comment édifier l'arcade demandée par les religieuses.

Celles-ci, par l'intermédiaire de leur avocat et procureur, Nicolas Le Rover, représentent qu'elles ont été forcées d'acquérir, de l'autre côté de la rue, des maisons pour « y faire bastir et édifier une église et y célébrer le service divin, ensemble y construire les classes de leurs escoUes pour instruire les filles qui leur sont envoyées... ensemble pour y faire le logement de leur confesseur et autres choses nécessaires à leur Institut, desquelles choses elles ne pourroyent leur en servir s'y elles n'avoyent communication de leur couvent auxd. maisons.,, ce qui se pourra facillement par le moyen d'une vouste et arcade qui prendra du travers de la rue et aura ses fondements sur les appartenances tant de leur couvent que choses par elles acquises, laquelle vouste elles offrent faire à leurs propres cousts et despens, outre que la rue à l'endroict ou elles désirent faire lad. arcade est de largeur de plus de trente un ou trente deux pieds,

(i) Cf. Pièces» justificatives.

laquelle ne pourra estre occupée ny empeschée en aucune façon que ce soit par le moyen de ladicte arcade, quand mesnie l'on advencerait les pilliers et fondemens d'icelle dans la rue de quatre pieds de chaque costé, d'autant qu'il demeure encore une espace assez sulïisante pour y passer trois chartes à costé l'une de l'autre... C'est pourquoy elles requièrent permission... »

Le lieutenant général demande donc que soit faite l'enquête, qu'on appellerait aujourd'hui de commodo et incommodo, et, d'accord avec les maire et eschevins, il ordonne de dresser un état des lieux. Sur l'heure, on fait venir Jean Le Coëfïé, Michel Le Coëfïé et Guillaume Le Bailly, maîtres architectes et tailleurs de pierres de cette ville, pour faire l'expertise. Les trois architectes déclarent que la rue Sainct-Germain « au droict du bastiment et couvent... a trente pieds de large à prendre au droict d'un escalier de pierre basty de neuf aud. couvent » jusqu'au logis Bineteau. Il sera nécessaire de faire deux piliers, un de chaque côté pour supporter la voûte de l'arcade et « le toict qui sera pardessus pour couvrir le passage». Chaque pilier s'avancera de trois pieds dans la rue. Les experts déclarent encore que l'arcade devra avoir, sous clef de voûte, seize ou dix-sept pieds de hauteur, « depuis le ras de chaussée, qu'elle ne peut apporter aucune incommodité au roy ne au publicq, au contraire pourra servir à se mettre à couvert en temps de pluye ». Cette arcade pourra même servir de seconde porte de ville « pour estre si proche de la porte Sainct-Germain qu'il n'y a entre lesd. logis et murailles de ville que les terrasses d'icelles seulement ».

Les religieuses, munies de tous ces avis favorables, adressent maintenant leur requête aux maire et eschevins de La Flèche. Nous la citons dans toute sa teneur aux pièces justificatives, mais faisons remarquer qu'elle est signée de Louise Massonneau, supérieure, Jacquette de Chesnel, vicaire ou seconde, et Jeanne Contentin.

Cette requête ne porte point de date, mais nous savons que la ville y répondit, le 11 juillet 1635, par un avis favorable.

En même temps qu'à l'Hôtel de Ville, les religieuses adressaient semblable requête à l'évêque d'Angers.

AP' Claude de Rueil, évêque d'Angers, répond le 14 juillet en nommant Louis Le Cerf, prêtre, « pour voir et visiter les choses acquises par les suppliantes n, et juger s'il faut faire droit à la demande des Filles de Notre-Dame.

Le délégué épiscopal ne se tit pas attendre, car il signe son procès-verbal d'inspection à la date du 17 juillet. Après avoir mandé Jean Le Coëflé, M*' architecte, Nicolas Aguesse et Guillaume Le Baillif, M^^ maçons, il « leur enjoinct de veoir et visiter lad. place et lui en rapporter tidellement la consistance ». Dans un long procès-verbal, les trois experts approuvent le projet des religieuses (1).

Le 28 juillet 1635, l'évêque, sur lavis favorable des experts, permet de bâtir l'arcade à condition « de faire faire les parrois du couloir ou gallerie qui servira de passage de muraille à pierre, chau et sable, et que les fenestres qui y donneront jour seront faictes

(i) Cf. Pièces justilîcativçs.

en jour tombant et si hautes qu'on ne puisse voir dans la rue ny estre veu du dehors en passant et encore grillées de grilles de fer ».

Mais, avant de permettre de bâtir l'église, les classes et autres logements, l'évêque veut encore faire examiner les lieux et nomme à cet etïet M" Jacques Eveil- Ion, prêtre, chanoine de la cathédrale d'Angers et grand vicaire.

Enfin, une dernière et semblable requête est adressée à nos seigneurs du parlement de Paris « qui répondent favorablement le 27 novembre 103;) à la charge que l'aliignement se fera en présence du lieutenant général... »

Cet allignement se fit au commencement de l'année suivante, par les soins de Benjamin du Sol, conseiller du roi, lieutenant particulier en la sénéchaussée et siège présidial (1).

Benjamin du Sol fait « dresser l'enlignement » par Jean Le Goëfïé, M'' maçon et architecte, qui, après avoir mesuré la largeur de la rue à l'endroit où les religieuses veulent l)àlir l'arcade, constate que cette largeur est de trente pieds, de sorte qu'en prenant trois pieds de chaque côté de la rue pour faire les fondements (piliers), il restera encore vingt-quatre pieds. Quant à la longueur de l'arcade, elle aura onze et douze pieds.

Il ne restait plus qu'à bâtir larcade. L'activité de

(i) Etaient aussi prcscnts : « Mcssire Renc de La Varcnne, marquis dud. lieu, gouverneur de la ville et chasteau de La Flèche, M« Jacques Fontaine, conseiller du roy esleu en cestc ville et maire d'icelle, Louis Foussard conseiller du roy nu siège présidial, Jérosme Le Royer de la Dauversière, conseiller du roy et recepveur des tailles de l'élcçtion de ççste ville, eschevins ».

Jacquette de Chesnel se retrouvait en Louise Massoniieau et l'œuvre conçue en commun fut bientôt exécutée. Aujourd hui il n'en reste plus rien : l'arcade a disparu en même temps que la porte de ville.

En 1635, M^' de Rueil vint à La Flèche poser la première pierre du couvent des capucins. 11 visita en même temps tous ses couvents tléchois. Celui de Notre-Dame ne fut pas oublié.

L'évêque d'Angers voulut témoigner publiquement son estime et sa vénération à la Fondatrice, et on peut croire qu'il présida lui-même la cérémonie qui se tit à Notre-Dame, le 31 mai 1635 : c'était la prise d'habit de Catherine Belocier de Maulny.

La Mère Louise Massonneau avait déjà donné le voile à une novice : Nicole Bostcau, dont la sœur, Jacquine, était depuis dix ans religieuse de Notre- Dame.

Nicole était très faible de tempérament et était, en outre, affligée d'une infirmité qui, de l'avis de ses directeurs, l'empêchait d'entrer au couvent comme elle en avait le désir. Mais elle n'en persistait pas moins dans sa vocation, et, un jour, partant de La Chapelle-d'Aligné, sous prétexte de visiter, à La Flèche, une de ses sœurs dont l'enfant était malade, elle se rendit directement au couvent de Notre-Dame. On fit bien, tout d'abord, quelques ditïicultés pour la recevoir, mais, sur ses instances, on finit par l'accepter à la vèture, le 15 août 1634 (1). Elle

(i) Elle fit ce même jour son testament « par lequel elle ordonne

— no —

avait trente ans. Elle fit profession le 17 août 1G3G.

L'infirmité, qni avait retardé son entrée en religion et la lortnrait toujours, c estoit un llux de sang extrêmement abondant et continuel ». Voici comment elle en guérit :

En 1040 mourait à Paris le Père Bernard (1) ou le pauvre prêtre, l'ami de saint Vincent-de-Paul. Sa renommée étant parvenue aux oreilles de la Mère Nicole Bosteau, « elle conçeut un grand désir de guérir de ce flux de sang par ses mérites ». Elle obtint permission de la supérieure, Mère Marguerite Filloleau, (( de faire vœu, si elle guérissoit, de jeusner la veille du jour de la mort de ce saint bomme l'année suivante, et de faire d'autres dévotions, et pria que l'on fist dire une messe au tombeau de ce Bienheureux. Cetiu'ayant estéfaict on remar([ua qu'au mesme jour que la messe fut dite ce mal lu y passa et ne l'incommoda plus ». Elle avait désiré surtout guérir pour (( vacquer à l'instruction des petites filles dans les classes où elle fut employée plus d'un an ».

Dieu, nous dit le biographe de Nicole Bosteau,

dans sa paroisse (La Chapellc-dAlignéj à perpétuité, tous les premiers jeudis du mois, une grande messe en l'honneur du S'-Sacremcnt^ estant exposé sur l'autel, et de mesme toute l'octave de la feste du T. -S. Sacrement avec le Salut tous les soirs de lad. octave; et le jour de la Présentation de N.-D. une procession avec une grande messe et les litanies de la Nierge chantées, laissant pour cet eflect une rente sur le bien qu'elle laissait à ses sœurs ». Annales man., p. 35, v°.

(i) Claude Bernard, appelé communément le pauvre prêtre ou le Père Bernard, naquit à Dijon, en i 588, de Etienne Bernard, magistrat distingué en m^me temps que ligueur acharné. Monsieur Bernard, à l'exemple dd son ami Monsieur Vincent, consacra sa vie au service des pauvres, leur donna un héritage de 4oo,ooo livres, prêcha avec simplicité et toujours avec succès et refusa tous les bénéfices qui l\ii furent offerts.

montra souvent l'estime qu'il faisait de ses prières, en lui faisant plusieurs révélations fort importantes sur l'état de la France, sur les guerres de Louis XIII, sur sa mort et sur celle du comte de Soissons, tué à La Marfée, en 1641.

Le 8 avril 1643 , Notre-Seigneur lui révéla encore les troubles qui devaient se produire au couvent à l'occasion des élections.

Cette sainte religieuse mourut le 4 décembre 1644, assistée par le P. Lessau, de la Compagnie de Jésus.

L'autre novice, Catherine Belocier, était la bile de Jacques Belocier, sieur de Maulny, receveur des tailles en l'élection du Mans, et de Renée de La Rivière.

Elle entra à Notre-Dame « estant encore enfant, et à l'âge de huict à neuf ans en qualité de pensionnaire», c'est-à-dire vers 1628; lorsqu'elle eut atteint quatorze ans et demi, sur ses instances réitérées, la Mère Massonneau lui donna l'habit le 31 mai 1635, mais c'est entre les mains de Mère Filloleau qu'elle fera profession, le 14 juin 1637 (1).

Catherine Belocier de Maulny atteignit en quelques années la plus haute perfection et marcha vite dans les voies de la sainteté. Aussi la jugea-t-on « capable de toutes les fonctions de la communauté ».

Elle eut différentes charges, mais sans les chercher jamais, et celles qu'elle a remplitavec un redoublement de zèle, si je puis ainsi parler, sont les charges de régente des classes, préfète aux pensionnaires et maî-

(i) Annales manuscrites, page 112.

tresse des novices. Le dernier office quelle a exercé a été celui de Mère Seconde.

L'une de ses sœurs, Marguerite, plus jeune qu'elle de deux ans, entrera à son tour à Notre-Dame, en 1646.

Les Annales manuscrites de Notre-Dame de La Flèche se terminent sur la biographie inachevée de Mère Catherine Belocier de Maulny; la date de sa mort nous est complètement inconnue.

C'est par obéissance que la Mère Louise Massonneau avait accepté la lourde charge de supérieure. Avec une joie profonde, elle l'abandonna, en 1637, et non en 1638, comme le veulent les Annales. Le registre de fondation du couvent contient en effet, à la date du 2 décembre 1637 , un acte d'achat où paraît déjà la troisième supérieure, Marguerite Filloleau. avec, comme vicaire, la vénérée fondatrice, Jacquette de Chesnel.

La Mère Louise Massonneau apparaîtra encore, en qualité de conseillère, dans un acte du 9 mai 1644, lors de l'entrée en religion de Perrine Berard.

MAROUERITE FILLOLEAU, SUPÉRIEURE DE 1637 A 1643

Qualité de la religieuse et de la supérieure. — Clôture des terrains Bineteau. — Nouvel agrandissement des bâtiments de l'autre côté de la rue. — Jeanne Audebert retourne à Poitiers. — Professions : Catherine Belocier de Maulny, Marie Richardeau, — Décès : Louise Gaultier, Françoise Mouteul. — Translation du cœur de Marie de Médicis.

oiis n'avons plus à présenter au lecteur la nouvelle supérieure. Son avancement dans la vertu avait été si prompt et si ferme, qu'à peine âgée de trente ans, on la jugea digne d'être mise à la tête de la communauté. Entre les mains de la Mère Filloleau , la jeune communauté, — car, enfm, il faut bien se rappeler qu'elle n'avait alors que quinze années d'existence, — ne pouvait péricliter. « Sa vie entière présenta ce qui est le comble de la perfection et le propre caractère de l'Ordre de Notre-Dame : l'heureuse alliance de l'union avec Dieu et du dévouement au prochain, également éloignée de cette vie extérieure, qui attire toute l'àme au dehors, et de cette contemplation abstraite qui vous fait négliger les offices de la charité. La Mère Filloleau sut toujours partager son attention

entre les devoirs de la vie active et les charmes de la vie unitive, humblement cachée dans le secret de la face de Dieu. Son bonheur eût été de vivre ignorée aux yeux mêmes de ses compagnes. Mais son humilité ne compromit jamais la charité. »

Nous verrons dans un prochain chapitre comment elle usa des dons intellectuels que le Ciel lui avait départis ; nous parlerons alors de la parfaite éducatrice qu'était MèreFilloleau. Voyons présentement, et en quelques mots, ce qu'elle fut comme supérieure.

Avant d'être mise à la tête de la communauté, Marguerite Filloleau « possédait toutes les vertus d'une vraie fdie de Notre-Dame : humilité, simplicité, dévotion fervente, abnégation complète ». Dans tous les emplois qu'on lui confia, mais surtout lorsqu'elle fut chargée du pensionnat, elle ht preuve d'une grande intelligence de ses devoirs.

Ces qualités de la religieuse se retrouvèrent au plus haut point chez la supérieure. « Elle avait, pour conduire ses tilles dans la voie de la perfection, ces qualités précieuses qui lui avaient si bien servi quand elle était à la tête du pensionnat : un zèle infatigable, une fermeté que rien ne pouvait ébranler et une douceur qu'aucune contrariété ne pouvait altérer. Et ces qualités, elle les mettait sans réserve au service de la communauté, dans toutes les circonstances. »

Ce qui assurait surtout le fruit de ses discours, c'était la sainteté de sa vie; elle veillait à ne jamais manquer à la règle, et « dans les moindres manquements se condamnait la première ». Mais si elle avait un grand zèle pour sa propre perfection, elle n'en avait pas un rnoindre pour l'avancement spirituel de

ses filles. « Elle leur fournissait pour cela tous les secours dont elles pouvaient avoir besoin, exhortations particulières, conférences spirituelles, retraites données par les directeurs de la Compagnie de Jésus ».

Les recteurs du collège royal, sous la conduite desquels s'était mise immédiatement la Mère deChesnel, continuaient toujours à s'intéresser à la communauté de Notre-Dame, lui envoyaient, comme confesseurs extraordinaires et comme directeurs, les plus zélés et les plus fervents de leurs religieux.

Entre tous les recteurs, qui se succédaient d'ailleurs assez rapidement, Marguerite Filloleau avait connu le Père Claude Tiphaine, qui dirigea le collège de 1627 à

Père Claude eut une telle réputation de talent et d'érudition que M^-" Nicolas Coëtïeteau, évèque de Marseille, et l'une des grandes gloires de l'ordre des Dominicains, disait de lui : « Si Aristote et saint Thomas venaient à périr, on pourrait retrouver toute leur doctrine dans la tète du seul Père Tiphaine ».

Quelle fut l'influence de ce recteur sur notre couvent? Pour répondre à cette question, il suffît de présenter Marguerite Filloleau : esprit délié naturellement, intelligence d'élite, cette Mère sut encore profiter très fructueusement des leçons et conseils du savant Jésuite.

Les progrès qu'elle fit sous une telle direction se pouvaient juger quant à la piété, car Mère Filloleau devenait de jour en jour plus édifiante; pour les progrès dans les sciences, c'était plus difficile, tant elle prenait soin de les cacher aux yeux de ses compagnes. Mais la Providence ne jetait point ainsi ses dons, à

pleines mains, pour la seule satisfaction de cette âme; elle la comblait pour la faire servir ensuite au salut des autres religieuses et à réducation des enfants. Bien qu'elle cherchât avant tout la vie humble d'une simple religieuse, son entier abandon à la volonté divine força Marguerite Filloleau à accepter le joug, parfois bien lourd, des différentes charges d'une communauté.

La Mère de Chesnel, qui avait su découvrir tous les trésors intellectuels que cachait cette religieuse, ses merveilleuses aptitudes à faire 'profiter autrui de sa science et de ses connaissances si étendues, l'avait mise tout d'abord à la tête des classes gratuites; Mère Louise Massonneau, sur la proposition de Mère de Chesnel, la choisit ensuite comme directrice du pensionnat. C'est là que la trouva son élection de Supérieure lorsque les Mères Vocales la jugèrent digne de cette charge, malgré son extrême jeunesse.

Une seule considération pouvait atténuer en son cœur l'elïroi (le mot n'est pas trop fort) de ses responsabilités ; c'est qu'elle gardait auprès d'elle, comme seconde et vicaire, la vénérée Fondatrice du couvent, la Mère de Chesnel.

Marguerite Filloleau hâta l'achèvement des travaux de l'arcade, et, avant même d'accommoder la maison Bineteau, elle s'occupa de compléter la clôture de ce côté. A cet effet, le 2 décembre 1G37, « assistée de Jacquine Chesnel, vicaire dudit couvent », et devant M« Jean Maugas, notaire à La Flèche, elle acheta de

André Deshayes, sieur de La Boissais, et de Madeleine Gaullin, sa femme, demeurant aux Mollans, paroisse de Verron (1), « un morceau de terre en jardin, à prendre au bas du jardin qui appartient auxdits vendeurs et sistué en ceste ville et joignant d'un costé à la terre de M. et M-« de la Varenne, d'autre costé à l'habitation desdites dames religieuses ; abutte d'un bout à la terre d'icelles dames, d'autre bout au jardin desdits vendeurs, ledit morceau de jardin, à prendre au droict et coing de la muraille du sieur de l'Arténuère... (2^ un pied au devant... pour faire la closture et pour la somme de 310 livres » .

Mais on touchait là les remparts de la ville. La municipalité était donc dans son droit en intervenant dans cette question. « Monsieur le Marquis de La Varenne, gouverneur de cete ville, Monsieur de More, lors Lieutenant général. Monsieur le Procureur du Roy et Messieurs les Maire et eschevins qui estoyent en charge, se transportèrent en lesdites appartenances (Bineteau) », et, par acte du 17 mars 1G35, leur permirent (( de faire faire des murailles de closture de telle hauteur quelles adviseroyent, à la charge de relaisser dix-huict pieds despace entre elle et les murailles de ville, et d'esplanader les terres dudit espace en sorte que l'on peut comodément faire les rondes en temps de guerre, et qu'elles pourroyent faire faire une porte à l'entrée du rempart qui serait fermée en temps de paix et ouverte en temps de guerre » (3).

(i) Reg. parch., p. 52.

(2) La Rétcnuère.

(3; Reg. parch. p. 65.

Pour comprendre cette question de terrasse, il suffira au JeCteur de regarder un instant le plan ci-inclus.

Le 8 avril de l'année suivanle, les iMères Fillolcau et Ghesnel ont encore l'occasion d'accroître, de ce côté de la rue, les bâtiments consacrés aux classes gratuites. Urbanne Coubard , veuve de François Bidault de Rochefort, donne aux religieuses, probablement à cause de sa tille, Catherine Bidault de Rochefort (1), « un pelit corps de logis composé d'une chambre basse à cheminée a costé, grenier dessus.... situé près la porte Saint-Germain de cette ville, joignant d'un costé et abuttant d'un bout, en esquillier, les maisons et jardins par lesdites religieuses, acquises de Mathurin Bineteau et autres, d'autre costé le rempart et terrasses de ville, et d'autre bout à la rue tendant à aller de ladite porte Saint-Germain à la boucherie... »

Grâce à ces agrandissements successifs, la Mère Filloleau put, non seulement préparer classes et cours plus spacieuses, elle put aussi adapter une partie des nouveaux bâtiments à une nouvelle chapelle, qui se trouvait à peu près sur l'emplacement de l'flôtel d'Alsace. C'est cette seconde chapelle que l'on abandonnera une quinzaine d'années plus tard, pour une plus grande dont nous parlerons bientôt.

Le gouvernement de la Mère Filloleau, pour doux et ferme qu'il fut, ne put empêcher les difFicultés, élevées précédemment, de se produire à nouveau. Nous savons déjà qu'une des religieuses venues de Poitiers, Jeanne Audebert, en était cause pour une partie. Cette bonne

(i) Reg. pareil., p. G4.

Mère, douée de grands talents, avait des vues tout-àfait personnelles sur l'éducation et l'instruction des enfants. Elle prétendait les faire accepter de préférence à toute autre et avait déjà su gagner à sa cause le supérieur de la communauté. La Fondatrice, qui suivait la méthode classique des Pères Jésuites observée en toutes les maisons de Notre-Dame, ne crut pas devoir donner une approbation exclusive aux vues de Jeanne Audebert : elle paya de sa déposition un refus pourtant bien justifié. La Mère Filloleau eut à subir les mêmes sollicitations du supérieur et de Mère Audebert, mais, loin de s'y rendre, elle crut bien plus sage, et plus salutaire à toutes ses filles , de rendre Jeanne Audebert à sa première communauté. C'était couper le mal dans sa racine. Mère Louise Gaultier fut chargée de conduire Mère Audebert à Poitiers; partie le 2 juillet 1639, Louise Gaultier ne revint à La Flèche que pour y mourir, le 3 septembre suivant.

Ce départ fit rentrer momentanément le calme dans les esprits, et les élections de 1G40 se passèrent très bien ; Mère Filloleau fut réélue supérieure avec la Mère de Chesnel comme Mère Seconde.

Pendant son premier triennat, la Mère Filloleau avait reçu la profession de Catherine Belocier de Maulny, le 14 juin 1637; pendant le second, elle donna l'habit à Marie Richardeau (1), le 22 août 1640, et reçut sa profession au même mois 1642.

Marie Richardeau avait dix-huit ans et demi quand elle entra à Notre-Dame.

(i) Annales manuscrites, page 109, verso.

La Mère Filloleau l'ayant jugée capable d'entrer en religion, Marie Richardeau se montra digne de ce jugement, et, jusqu'à sa mort, qui arriva le 5 juin 1G80, elle se lit l'image fidèle des vertus de la très Sainte Vierge, comme Elle, humble et pure, soumise et abandonnée à la volonté divine. C'est par obéissance qu'elle remplit à peu près toutes les principales fonctions du couvent.

Si les professions furent rares, puisqu'il n'y en eut que deux, la Providence permit également qu'il y eût peu de vides à se produire au sein de la communauté. Un an et demi après Louise Gaultier, le 24 janvier 1641, mourut Françoise Mouteul. C'était une grande perte pour la communauté. Par ailleurs, on voyait avec joie rentrer plusieurs de celles qui étaient allées fonder les maisons d'Alençon et de La Ferté.

Après avoir occupé la charge de supérieure de Notre-Dame de La Ferté, pendant un triennat, la Mère Ambroise Bardet ne voulut plus la reprendre, et ce fut Mère Jacquine Le Cornu du Bignon qui fut élue à sa place, vers 1636 ou 1637. Mère Bardet, voyant les novices arriver en grand nombre au couvent fertois, ne se crut plus aussi utile et demanda à rentrer à La Flèche, ce qu'elle obtint et exécuta vers 1637.

La maison d'Alençon renvoya également, l'une après l'autre, trois de ses fondatrices : les Mères Marie Pelard, Catherine Bidault de Rochefort et Françoise Touchard; la seconde arriva juste à temps pour succéder à Mère Filloleau.

L'approche des élections avait de nouveau jeté le trouble dans les esprits, et on voyait se réaliser à la lettre les prophéties de Nicole Bosteau , annonçant toutes les dilïicultés qui devaient surgir autour de ces élections.

A quelle date précise eurent-elles lieu? Le lecteur me pardonnera de ne le lui point dire : nemo dat quod non habet. Je sais toutefois qu'elles se firent, non en 1644, mais à la fin de 1643.

Chose bizarre, en tout cas : les troubles intérieurs auxquels je fais allusion coïncident, encore une fois, avec les troubles extérieurs. La ville venait d'être, le 12 avril 1643, le théâtre d'une scandaleuse cérémonie funèbre.

Ce jour-là, le Père Louis Le Mairat, supérieur de la maison professe des Jésuites de Paris, apportait au collège royal le cœur de iMarie de Médicis pour le déposer dans la chapelle, à côté du cœur de Henri IV. Le recteur, Père Cellot, avait averti a Messieurs du Siège présidial et de la maison de ville et le clergé de Saint-Thomas ».

Il y eut d'abord force discussions sur l'ordre des préséances à la procession. Au reposoir élevé « à la porte des Bans «^ les Jésuites, apportant le cœur de Paris, ne voulurent point le céder à M. Hamelin, curé de Saint-Thomas. Déjà on parlait de a jeter les moynes » en la douve. L'abbé du Loroux, qui était présent, apaisa le tumulte et trancha le différend en prenant l'étole que se disputaient M. Hamelin et le Père Le Mairat.

Après la harangue que M. du Loroux fit à genoux, le convoi se mit en marche vers Saint-Thomas.

(( On commença par les armes, quatre compagnies d'infanterie, une compagnie de cavalerie, les bourgeois et habitans avec leurs torcbes. Les escoliers, environ seize cents, les eussent suivis le cierge en main, ainsi qu'ils s'y étaient préparés, s'il eust été possible, l'heure estant tardive, d'assembler et mettre en ordre tant de jeunesse. Suivaient après les ordres religieux : Récollets, Carmes, Capucins, puis les ecclésiastiques, les Jésuites de Paris, et finalement le cœur porté par le Père Louis Le Mairat. Le poêle était porté par les maire et eschevins de la ville, escortés du prévost des mareschaulx et de ses archers. Après venaient les corps de justice, les procureurs, advocats et greffiers, portant chascun un cierge allumé. »

On conduisit le cœur à Saint-Thomas, où tout se passa bien. De Saint-Thomas on se rendit à la chapelle du collège. C'est alors que tout se gâta, et le bon ordre, maintenu à grand peine, disparut. Ce n'est point le lieu de raconter l'affaire par le menu, je rappellerai cependant qu'à la porte de la chapelle, on passa des paroles aux actes ; après s'être injurié, on se battit, et on vit là des scènes inénarrables, où toutes les autorités civiles et ecclésiastiques en vinrent à faire le coup de poing ; les soldats furent obligés de s'interposer.

D'où vinrent les premiers torts? Je laisse aux historiens fléchois le soin de le déterminer, et c'est à eux que je renvoie le lecteur. Mais d'où qu'ils viennent, ces torts, il n'en resta pas moins que les Jésuites furent supposés les avoir tous, et on redoubla contre eux d'animosité. Le Clergé, le Présidial, l'Hôtel de Ville, tous et chacun, à l'envi, réclamaient justice.

« Les susceptibilités locales », — c'est l'expression de M. de Montzey (1), — s'étaient bien inutilement échauffées, car Louis XIII ne voulut pas qu'on donnât suite à l'affaire.

Mais, pour être ofTiciellement apaisés, les dissentiments nés de ces malheureuses circonstances, n'étaient pas déracinés du fond des cœurs, et, chose plus funeste encore, ces petites misères locales avaient leur écho jusque dans nos cloîtres fléchois, principalement à Notre-Dame, dont le supérieur, vicaire général d'Angers, devait être quelque peu hostile aux Jésuites, sans doute par esprit de confraternité avec le clergé de Saint-Thomas.

Dès lors, on devine aisément ce qui se passait au couvent ; il y suffisait de quelques têtes un peu folles pour répandre le trouble partout, à la faveur des insanités, des calomnies ineptes qui se débitaient sur les Pères du collège. Jacquette de Chesnel, toujours soumise aux Directeurs de la Compagnie, devint encore la victime de ces quelques « imparfaites ».

Au milieu de ces misères, la Providence, ayant égard à l'extraordinaire sainteté de la grande majorité des religieuses de Notre-Dame, fit encore porter les voix sur une vraie fille de Notre-Dame, Catherine Bidault de Rochefort.

(i) Histoire de La Flèche et de ses Seigneurs, t. II, p. 70.

§ IV

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