‹ Le couvent des Filles de Notre-Dame de La Flèche, 1622-1905Chapitre 19 sur 58 · CATHERINE BIDAULT DE ROCHEFORT, SUPÉRIEURE DE 1643 A · texte numérisé non relu

CATHERINE BIDAULT DE ROCHEFORT, SUPÉRIEURE DE 1643 A

Epreuves morales de la Mère de Chesnel. — Professions : Perrine Berard, Marie Bidault de Ruigné, Gabrielle et Marie d'Acygné, Kenée de La Jaille, Catherine de Cotteblanche, Marie des Bois, Marie Thérèse Le Royer de La Roche, Marguerite Belocier de Maulny, Charlotte Chopin. — Décès : Hélène des Bois, Nicole Bosteau, Catherine Engaigne.

usqu'en 1G45, Mère de Chesnel était restée Mère Seconde ; la nouvelle supérieure ne put la continuer dans sa charge, le supérieur l'en avait empêchée. 11 fit plus : ayant décidé le départ de Mère de Chesnel (1), « il luy envoya publier son obédience £^ pour s'en aller, et prit bien garde que celles qui s'y pou voient opposer le sceussent auparavant, mais il n'y gagna rien ». La communauté, apprenant ce projet de départ, s'y opposa, et (( présenta requeste à M^' l'évesque d'Angers pour revocquer ceste obédience ». M^^ de Rueil le fit volontiers à cause « de l'estime et afïection qu'il avoit envers ceste digne Mère ». et la révocation fut reçue à Notre- Dame avec une telle joie, qu'on se rendit à la chapelle chanter publiquement le Te Dcum.

Toutefois, la lutte n'était pas terminée entre le

(i) Ajviales mauuscrites, page ii.

Grand Vicaire et la communauté, et les attentions respectueuses de la Mère Catherine Bidault, le filial attachement de la majorité des religieuses, ne purent ^éviter à Mère de Chesnel de grandes humiliations et de pénihles souffrances.

Ceci se passait en U\M'), et Mère de Chesnel, arrivée à La Flèche à trente-huit ans, en avait alors soixante. « C'estoit donc une cruauté de traicter ainsy une personne âgée de soixante ans (jui en avait passé plus de vingt dans une maison qu'elle avoit establie et gouvernée avec tant de peines et de travaux, mise dans Testât où elle estoit. »

C'était merveille de voir la patience, la douceur et l'humilité de la Fondatrice pendant les huit années qui la séparaient encore de sa mort. A l'exemple de la Bienheureuse de Lestonnac, elle bénissait les desseins de Dieu qui permettaient ainsi des épreuves si rudes au sens humain, mais si précieuses au point de vue surnaturel pour la perfection de son àme.

En cela, la Mère de Chesnel faisait apparaître sous un nouveau jour la sincérité de sa sainteté; et ce ne fut pas sans produire, en dehors du cloître comme au dedans, de nombreux fruits d'édification et de salut. On le vit bien par l'entrée de nouvelles pensionnaires et de plusieurs novices.

J'ai dit que Catherine Bidault de Rochefort avait été élue en 1643, et non en 1G44 comme le veulent les Annales de 1863. J'en trouve la preuve dans un acte du 19 janvier 1644 (1), entre Catherine Bidault supé-

(il Elude de M« Vollct, minutes de la Pousse (7).

Heure, et Antoine Berard, sieur de la Pichonnière.

Perrine Berard, fille d'Antoine Berard, docteur en médecine, et de Louise Siette, fut a reçeue à entrer en religion » le 9 mai 1644, par Catherine Bidault, supérieure, Jeanne Contentin, Louise Alassonneau, Marguerite Filloleau, Jacquine Percheron (1), Barbe Pignard, Françoise Bernouy, conseillères.

On voit, par cette énumération, que si la Mère de Bochefort n'avait pu obtenir d'être assistée de la Mère de Ghesnel, elle avait su, du moins, s'entourer de toutes les religieuses qui devaient, en tant que plus anciennes, être animées du véritable esprit de l'Ordre et qui, formées par la Fondatrice, seraient de puissantes auxiliaires pour la continuation de son œuvre.

Avant Perrine Berard, deux autres postulantes avaient pris l'habit, Marie Bidault de Ruigné, le 16 février 1644, et Gabrielle d'Acijgné, le 6 mai suivant.

Marie Bidault est celle-là même dont Marie de La Ferre, fondatrice de nos Religieuses Hospitalières, avait prédit l'entrée à Notre-Dame. Fille de feu Guillaume Bidault de Buigné et de Marie Foureau, elle avait dix-sept ans lors de sa vêture. Elle apportait 3.000 livres de dot et « les meubles que lad. veuve de Ruigné, sa mère, a baillés à sa lille pendant qu'elle a esté pensionnaire » (2).

(i) Le lecteur a déjà remarqué, sans doute, un nom qui apparaît là pour la première fois, celui de Jacquine Percheron. Nous le retrouverons plusieurs fois dans les actes de la communauté jusqu'en i653 ; mais, d'où vient cette religieuse, déjà ancienne, puisqu'elle est conseillère en 1644, et, par conséquent, doit être depuis dix ans au moins en communauté? Quand et où fit-elle profession ? J'avoue l'ignorer totalement.

(2) Etude Vollet, minutes P. de la Fousse, acte du i6 février 1644

Gabrielle d'Acygné était, ainsi que sa sœur Marie, depuis longtemps au Pensionnat de Notre-Dame. Elle demanda la permission de passer au noviciat, et cette permission lui fut accordée dans un acte passé le 6 mai, entre la supérieure assistée de ses conseillères et le père de Gabrielle. Celui-ci, Honorât d'Acygné, chevalier, comte de Grand-Bois, demeurant à La Mothe Fouzay en Touraine, était alors veuf de Jehanne Jacqueline de Laval (1).

Le 21 décembre suivant, ce fut le tour de Marie iVAcygné, présentée par son père et ses frères, Honorât- Auguste d'Acygné, comte de La Roche-Jégu, et Jean Léonard d'Acygné, vicomte de Grand-Bois.

Xous arrivons à présent, je vous en préviens, cher lecteur, sur un terrain plus sûr et plus précis, quant aux dates. Xous aurons, en etïet, pour nous guider, le registre des professions de Notre-Dame (2), conservé aux archives de la Sarthe. Ce registre ne commence

(29). Ont signé : Catherine Bidniilt de R. supérieure, Jeanne Contentin, Marguerite Filloleau, Claude Foureau, J. Percheron, Barbe Pignard, Françoise Bernouy, Renée Legaigneur.

(i) Etude VoUet, minutes de la Fousse (43). Conseillères : Jehanne Contentin, Marguerite Filloleau, Jacquine Percheron, Barbe Pignard, Françoise Bernouy. L'acte est encore signé de Marie d'Acygné, Marie Desboys, novices de cette même année, Renée de la Jaille, Catherine de Cottcblanche, qu'on retrouvera plus tard comme religieuses, et F. de Monplacé.

(2) Registre des protessions de Notre-Dame de La Flèche. Archives de la Sarthe, H, 1780.

Mon frère, l'abbé Louis Calendini, vicaire au Lude, a eu la patience de le contrôler lui-même, m'évitant ainsi un énorme travail et acquérant de nouveaux droits à mon affectueuse reconnaissance.

qu'en 1646, mais il se continuera jusqu'en 1789.

Pendant le triennat de Catherine Bidault de Rochefort, il y eut huit religieuses à faire profession.

Le 20 mai 1646, Gahrielle d'Aq/gné, dix-huit ans, Marie Bidault, dix-neuf ans, Marie Des Bois, dix-sept ans, font profession entre les mains de M. Potier, aumônier de la Maison. Nous connaissons les deux premières ; quant à la troisième, je crois volontiers qu'elle était parente de Marguerite et Hélène Des Bois, déjà religieuses.

Le 10 décembre suivant, Marie d'Acygné, dix-sept ans, Marie Thérèse Le Boyer de La Boche, dix-sept ans, font profession entre les mains de Louis Le Cerf, prêtre délégué par l'évêque d'Angers (1). Marie d'Acygné méritera d'être élue supérieure pendant quatre triennats.

Parmi les signataires de l'acte d'entrée au couvent de Gahrielle d'Acygné, nous relevons les noms de Benée de la Jaille et de Catherine de Cotteblanche. Sont-elles déjà religieuses? Je ne sais; en tout cas, en 1653, elles seront désignées comme conseillères.

Renée de la Jaille était fille de Jacques d'Avoynes, chevalier seigneur de la Jaille, et de Dame Marie Labbé. Celle-ci était veuve lorsque, le 16 mai 1646,

{i) Pour Marie d'Acygné, présents: ses frères, Honorât et Jean. Témoins : N. H. Pierre Bordeaux, conseiller du roi, assesseur criminel au présidial de La Flèche, Jacques Denicau, écuyer, s'' de Noion, conseiller au présidial.

Pour Marie Le Rnyer, prcscnis : Jacques Le Royer, conseiller et lieutenant en l'élection, sieur de la Roche, son père; Gabriel Legaigneur, procureur au grenier à sel de La Flèche, sieur de Luigné; Nicolas Le Gaigneur, conseiller du Roi au présidial, sieur de Tessé; François Le Royer, conseiller et lieutenant en l'élection, sieur de la Motte, ses oncles. Témoins : Pierre Bordeaux et Jacques Denieau.

assistée de Jacques Aumont, sieur du Couldray, avocat au présidial de La Flèche, elle constitue à Catherine Bidault de Rochefort la somme de 2oo 1. Ils. 2 d. t^ de rente (1). Cette donation a pour cause l'entrée au couvent de Renée de la Jaille (2).

Quant à Catherine de Cottehlanche, elle devait être de la fameuse famille raayennaise qui eut des ramifications jusqu'en Anjou (3).

Marie Le lioyer de La Roehe avait pris l'habit le 8 décembre 1G44; pendant son noviciat, comme après sa profession, et jusqu'à sa mort, qui arriva le 21 février 1G78, elle fut le modèle de toutes les vertus, observant fidèlement toutes les règles, se soumettant à toutes les volontés de sa supérieure.

Les Annales de l'Ordre (4) nous font remarquer que (( Dieu lui avoit donné pour les fonctions de l'Institut toutes les qualités requises pour s'en bien acquiter, l'esprit, le zèle qui luy faisoient inventer des moyens et des industries pour advencer les filles qu'elle instruisoit, les sciences propres au sexe. Elle lisoit, escrivoit, chantoit en perfection ; elle estoit adroitte de la main pour les ouvrages; c'estoit son propre talent que la conduite de la jeunesse; aussy les supérieures ne luy ont guère donné d'autre employ ».

(i) Etude Vollct, minutes de la Fousse (97).

(2) La seigneurie de la Jaille, commune de Noellct, en Maine-et- Loire, appartint à la famille d'Avoyncs, du XV^' au XVIl^ siècle. Le château de la Jaille existe encore aujourd'hui avec ses larges douves et ses hautes tours. CL Dictionnaire de Maine-et-Loire, article La Jaille.

(3) Je renvoie^ pour plus amples renseignements, au Dictionnaire de la Mayenne, de mon savant confrère, M. l'abbé Angot.

(4 Annales manuscrites, page ini.

Elle fut trois ans Mère Seconde, mais tout le reste de sa vie se passa dans les classes, au pensionnat ou avec les novices et jeunes professes. Elle fut maîtresse des novices en 1667 et 1690 (1). Elle s'acquittait de toutes ces délicates fonctions avec zèle et succès, et fut, pour l'enseignement, l'auxiliaire dévouée et intelligente de Mère Filloleau.

Dans les classes, elle avait soin « d'imprimer en ses petites tilles la crainte de Dieu et l'amour de la Vertu,

tant par les instructions qu'elle leur donnoit en général que par les soins qu'elle prenoit à leur faire apprendre et réciter le catéchisme, et les faire disputer ensemble sur ce qu'elles a voyent appris, à quoy elle les animoit par de petits présens agréables aux enfans )). « ... Déplus, pour perfectionner en toutes façons les pensionnaires, leur dresser la grâce et exercer la mémoire, elle leur faisoit représenter sur le théâtre

(i) Registre des examens aux archives de Notre-Dame.

des hystoires sainctes et vies de quelques saincts composées en vers. ;) Les auteurs en étaient les Jésuites du collège.

Le 11 décembre 1644, c'est Marguerite Belocier de Maulny, sœur de Catherine, qui fait profession, entre les mains de M'^ Louis Le Cerf, délégué de l'évêque. Témoins : V. et D. M« Anthoine Bonsergent, prêtre, et Renée de la Rivière, veuve de Jacques Belocier, sieur de Maulny. Marguerite gouvernera le couvent pendant un triennat, de 1G80 à 1683.

Le 13 janvier 1647, profession de Pcrrine Berard, vingt ans, entre les mains du délégué de l'évêque : M*^ Siette, chantre et chanoine de l'église d'Angers. Témoins : Etienne Busson, prêtre, Pascal Guignard, avocat au siège de La Flèche. Présents : Anthoine Berard (l), docteur en médecine, sieur de la Pichonnière, son père; xMcolas Siette, advocat au siège présidial d'Angers, et Pierre Berard, apotiquaire, ses oncles.

Enfin, le 2 février, Catherine Chopin fait profession « es mains de M« Le Cerf » (2).

Pendant le triennat de la Mère de Rochefort, il se produisit trois décès : Hélène des Bois mourut le 23 août 1643, Nicole Bosteau, le 24 décembre 1644, Catherine Engaigne, le 15 janvier 1646.

(i) Antoine Berard eut un fils, Paul, baptisé le i6 juillet 1644. Parrain, Paul de la Brunetière, fils de Just Antoine, chevalier de l'Ordre du Roi, gentilhomme de la Chambre. Marraine, demoiselle Marie Richer, femme de René de La Fontaine, lieutenant en l'élection de La Flèche. — (Etat civil de La Flèche.)

^ (2} Le registre des Professions de Notre-Dame de La Flèche est écrit sur i52 folios, paginés au recto seulement. Les 140 premiers feuillets ne sont écrits qu'au recto, les autres au recto et au verso En sens inverse du registre (pp. 227-234), sont inscrites les profcs- Mons signalées plus haut, et, en plus, celle de Catherine Chopin. ^ iNote de M. l'abbé Louis Cakndini.)

Mère Catherine Bidault de Rocliefoit resta en charge plus de trois ans, car, élue en la lin de 1G43, elle ne fut déposée que le 23 mars 1G47. Toutes les voix se portèrent sur Marguerite Filloleau.

MARGUERITE FILLOLEAU. SUPÉRIEURE

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