DE 1647 A
Dernières années de la Mère de Chesnel. - Sa mort (165S). Professions : Urbaine de La Forge, Charlotte Gaignard, Marie Nadreau, Jacquine FaUoux. - Novices : Renée Pelard, Claude Mandroux. - Achat de la maison Claude Le Marchand.
e calme n'avait pas été longtemps troublé dans la communauté de Notre-Dame, et, en 1647, la vie s'y déroulait aussi paisible, aussi parfaite qu'aux premiers jours. La Fondatrice s'était vu rendre « sa voix » aux assemblées ; le supérieur avait reconnu ses vertus et on ne parlait plus de la renvoyer à Poitiers, où cependant elle eût été reçue avec la plus grande joie : les Mères en avaient donne l'assurance au couvent fléchois.
Mais, si Mère de Chesnel retrouva auprès de tous, même vénération et même respect, et si Dieu permit de ce côté la iin de l'épreuve, ce lut pour l'affliger d'une autre qui ne la quitta plus : après les souffrances morales, ce furent les souffrances physiques. Elle fut martyrisée dans son corps par la maladie,
mais jamais, de ses lèvres, ne sortit aucune plainte aucun murmure. C'est ainsi qu'après avoir été édiliante dans la conduite de sa communauté, ensuite, dans l'acceptation si humble et si sincèrement soumise de ses disgrâces, elle voulut encore donner à ses filles l'exemple de la patience héroïque dans les plus grandes douleurs.
L'état de la malade s'aggrava au début de Tannée 1631 et elle fut pendant quatorze mois « comme crucifiée, c'est-à-dire sans pouvoir remuer ni pieds ni mains »! Enfin, Jésus daigna couronner la patience et les mérites de sa chère épouse, et II l'appela à Lui le jour de la Pentecôte, le 19 mai lGo2. « Sa béniste àme se détacha du corps pour s'envoller à son Créateur, comme nous pouvons pieusement le croire, sa bonté l'ayant purifiée par tant de souffrances et de tourments. « Son visage devint plus beau que lorsqu'elle estoit en santé, ce qui donna le désir aux religieuses de faire tirer son portrait, comme il fut par la permission du supérieur pour lors présent, lequel voulut faire luymesme les cérémonies de ses funérailles et de son enterrement. »
Jacquettede Chesnel mourait en paix; l'avenir de sa maison était maintenant assuré; l'œuvre, fondée avec tant de peines et de soucis, suivait désormais, sans encombre, la voie tracée par la Providence. L'humble couvent de 1622 s'était considérablement transformé et agrandi, et on peut même croire que la Fondatrice inspira ou, tout au moins, connut et approuva les plans du grand bâtiment commencé un an après sa mort. Autour des premières religieuses, s'en étaient groupées plus de quarante autres, toutes
remplies du plus grand désir de servir Dieu et d'accomplir exactement les fonctions de l'Institut de
Notre-Dame.
Mère de Chesnel mourut donc la joie au cœur, et de cette joie de la terre, passa heureusement « à la joie du Seigneur » ; elle put dire au Souverain Juge : Domine quinque talenta tradidisti mihi : ecce alla quinque superlucratus mm (1).
iMarguerite Filloleau, nommée supérieure le 25 mars 1647, lut réélue en 1650, et c'est elle qui eut le bonheur d'assister la vénérée Fondatrice à ses derniers moments. Pendant ses deux triennats, la Mère Filloleau ne reçut, à faire profession, que quatre novices : Urbaine de la Forge, le 28 octobre 1647, à dix-neuf ans, Charlotte Gaignard, le 25 janvier 1649, à dixsept ans, Marie Nadreau, le 6 février 1650, et Jacquine Falloux, le 6 mai 1651, toutes deux à dix-neuf ans.
Urbaine de la Forge était fille de Louis de la Forge, docteur en médecine à La Flèche, et de Urbaine Virdoux (2).
Urbaine de la Forge et Charlotte Gaignard firent profession entre les mains de M« Pierre Filloleau, délégué de l'évêque et prêtre habitué à Saint-Thomas, oncle, sans doute, de la Supérieure. Le père de Charlotte Gaignard, Paschal Gaignard,
(i) Saint-Mathieu, XXV.
(2) Louis de la Forge eut une autre fille Marie, baptisée le 8 tnars 1637. Parrain : Christophe Bougler, sieur de la Fcrrochcre, conseiller du roi et élu en l'élection. Marraine : Jeanne Foureau, veuve de Charles Le Noir, sieur des Ormeaux. (Etat civil de La Flèche.)
avocat au présidial, assistait à la cérémonie avec M'' Etienne Busson, prêtre, et Jacques Denieau.
Marie Nadreaii était encore une fléclioise, et des meilleures familles de notre ville. Son père, Pierre Xadreau, sieur de la Roche, eut de Marthe Lecoifïé plusieurs enfants, dont Louis, né le 29 août 1G34, François et Marie. Pour la profession de Marie Nadreau, le délégué de l'évêque fut M'' François Mandroux, confesseur de la communauté. On retrouve, comme témoins, le premier aumônier des religieuses, M. Antoine Bonsergent, avec Pierre Bidault, prêtre.
Entin, Jacquinc Falloux professe devant M*" Jacques Maudoux, curé de ïhorée, confesseur à Notre-Dame, et délégué de l'évêque. Témoins : Pierre Terrard, Pierre Filloleau. Présents : René Falloux, son père, M"« de la Barbinière, sa grand'mère, M. Richardeau, son beau-frère.
La Mère Filloleau donna l'habit à deux autres postulantes, Renée Pclard et Claude Mandroux (i).
Si l'édifice spirituel était bien établi, il en allait de même pour l'édifice matériel. Comme il fallait loger
(i) L'acte d'entrée au couvent de Claude Mandroux nous a été conservé. (Etude V^ollet, minutes de la Pousse, 22 janvier i553) (96), Nous y relevons les signatures suivantes: Marguerite Filloleau, Jeanne Contentin, Marie Pelard, Renée de la Jaille, Jacquine de Briolay, Claude Foureau, Marguerite Belocier, Ambroise Bardet, Charlotte Rousseau, Renée Guillot, C. Chesnel, Marguerite Oriard, Marie d'Acygné, Elisabeth Gallois, Marie Oudillard, A. Leballeur.
Toutes les Mères anciennes n'étaient pas présentes, car il y manque la Mère Seconde, Barbe Pignard et beaucoup d'autres, comme Catherine Bidault de Rochefort, Jeanne de Sales, etc.
près de cinquante religieuses, Mères Vocales, Sœurs ou Novices, et plus de cent pensionnaires, un nouveau local s'imposait encore. La Fondatrice y dut songer avant de mourir, et la Mère Filloleau commença le grand bâtiment que l'on voit encore, rue de FHôtelde-Ville, et dont nous parlerons au chapitre suivant.
Mère Filloleau passa tous les marchés avec les voisins, témoin celui que je retrouve dans les minutes de la Fousse (1) et passé le 11 mars 1G5.3 avec René Galloys, François Erau « M'^^ couvreurs en ardoise demeurant à La Flèche, qui ont promis faire la couverture du bastiment que font les religieuses, proche la porte Saint-Germain ».
Trois mois auparavant, le 10 décembre lGo2, Mère Filloleau avait acheté, de Claude Le Marchand, sa maison qui touchait le rempart et qu'il voulait encore élever d'un étage. « Par le moyen de quoy il luy sera facille et à ceux qui habiteront led. logis de les voir à toutes heures dedans leur closture dont elles seront si notablement incomodées qu'il les contraindra d'abandonner entièrement l'usage de tout ce qu'elles ont acquis dudict detïunct Bineteau... » (2).
Les religieuses obvièrent à cet inconvénient en achetant la maison, c'est, sans aucun doute, ce que cherchait le sieur Le Marchand.
Cette maison est devenue aujourd hui la maison de Madame la baronne de Xeufbourg.
(i) Etude Vollet, ii mars i653 (29}.
{2) Cf. pièces justificatives.