MERE MARIE PELARD, SUPERIEURE, DE 1653 A
Mgr Arnauld, évêque d'Angers. — Translation des reliques de saint Regnauld à Mélinais (1653). — Ordonnances ' épiscopales. — Travaux de Mère Pelard. — La maison Claude Le Marchand. — La chapelle et ses peintures — Professions : Renée Pelard, Claude Mandroux, Elisabeth Gallois.
De la mort de Jacqiiette de Chesnel, ou de 1G32 à la Révolution, il y a près de cent quarante ans, et ranger ce long espace de temps sous le même titre : troisième partie, est bien chose propre à étonner le lecteur. En effet, l'auteur a été jusqu'il présent si long et si peu concis, pour une seule période de trente années, qu'on ne pouvait s'attendre à le voir, tout d'un coup, si rapide en sa marche.
La cause en est bien simple, l'explication toute naturelle. Pour la fin du XVIP siècle, il y a encore quelques documents pouvant intéresser notre histoire, mais le vide se fait presque complet avec le XVIII® siècle. Après le registre des professions déjà signalé, ilfaut se contenter du recueil des lettres nécrologiques du couvent, et de quelques pièces recueillies ça et là.
Cette absence de documents nous rendra forcément très bref. Que le lecteur veuille donc prendre patience !
L'année qui précéda les élections de 1G53, Mère Filloleau, avec l'autorisation du supérieur, avait fait revenir la Mère Marie Pétard de la maison d'Alençon devenue très florissante et où, par conséquent, sa présence n'était plus aussi nécessaire. Le 25 mars 1653 elle fut appelée à succéder à Mère Filloleau comme supérieure.
Sa nouvelle charge était lourde mais nullement au-dessus de ses forces. Du reste, elle trouva dans l'évêque d'Angers un fidèle appui et un sage conseil.
M^' Henri Arnauld, frère du célèbre Arnauld d'Andilly, avait succédé, sur le trône épiscopal d'Angers, à M^' Claude de Hueil, décédé le 20 janvier IGi9.
La guerre civile qui désolait encore le pays et surtout son diocèse, lorsqu'il y arriva, lui donna occasion de montrer ses grandes qualités, ses vertus. Il commença immédiatement la visite de son diocèse, afin de connaître tout son peuple, clergé et fidèles, visite qu'il renouvela chaque année (1).
(i) Lors de son premier passage à La Flèche, le curé de Saint- Thomas inscrivit sur ses registres d'état civil le distique suivant que je ne donne point comme modèle aux amateurs de métrique latine : Ipse suiim Hoiricus prœsul lustrabat ovile, Ut sic nosse oves, notus et esse eis.
Il visita d'abord Notre-Dame en août 1053. Il venait à La Flèche pour une cérémonie restée célèbre dans les traditions fléchoises, a à cause du grand concours de peuple, ensuite à raison des riches ornements de l'église, enfin à raison de l'oflice divin et cérémonies qu'on y a gardées ». Il s'agit de la translation, qui se fit le 11 août, des reliques de saint Regnauld, dans la nouvelle chapelle de l'abbaye de Mélinais.
Le commencement de la cérémonie fut bien quelque peu contrarié et attristé par un incendie qui se déclara dans une partie de l'abbaye, mais on l'éteignit assez vite.
L'émotion fut peut-être vive à l'abbaye, il n'y parut cependant pas au discours du prieur André Freslon, qui harangua l'évêque en latin, « l'espace d'un bon quart d'heure, avec tant d'éloquence et de si bonne grâce qu'un chacun en estoit édifié » (1).
]VP' Arnauld, quittant l'abbaye et sa forêt, rentra à La Flèche, fit sa visite aux couvents, mais plus longuement à celui de l'Hôpital où, sur sa demande, M'"'' de Miramion était venue remettre tout à place parmi les filles de Marie de La Ferre, et à Notre-Dame, où il commença la rédaction de ses fameuses Ordonnances (2) qu'il reviendra y publier le 8 novembre suivant.
Le poète de Saint-Thomas a parsemé ses registres de beaucoup d'autres vers, depuis l'année iG5o jusqu'en 1637. On trouve, en particulier, ceux-ci, à propos de l'inhumation de René de la Varenne, dans l'église des Récollets, le 3i janvier i656 :
Pacificus vi.ïit. Iranquillc in pace quiescat, oui sitque polus quod fuit ille solo.
(i) Cf. Relation très détaillée de la translation des reliques de saint Regnauld. (Archives de la Sarthe, H. 438). (2) Ces Ordonnances, ou plutôt la copie en est conservée à la biblio-
Par ces Ordonnances, M^' Arnaiild entendait faire rentrer définitivement la paix et l'union dans la communauté.
(( Comme l'Eglise est establie sur la charité, disait-il, et que l'union est le plus noble efïect de ceste divine vertu, toutes les religieuses travailleront unanimement à vivre en sorte qu'elles représentent l'église naissante, n'ayant toutes qu'un mesme cœur et une mesme àme dans les exercices de la religion et de leurs devoirs envers Dieu et le prochain (]ui sont les deux objets de la charité.
(( Et pour remédier aux divisions et esteindre les partialités qui sont en ceste communauté depuis plusieurs années, les religieuses employeront quehjues jours pour s'examiner devant Dieu, luy demandant la lumière nécessaire pour cognoistre le malheureux estât auquel leur désunion les a réduites.
« Or, après avoir considéré toutes ces choses et employé quelques jours à cet examen et à ceste reveùe, selon que la Supérieure le jugera à propos, elle assemblera toutes ses sœurs en un mesme lieu et s'il se peut en l'église, afin qu'en la présence du T. -S. Sacrement où là est un Dieu d'amour et diinion elles quittent toutes leurs dissentions... «
La parole de l'évoque fut entendue, et sous l'œil vigilant de la Mère Pelard, la Maison continua avec plus de succès que jamais à prospérer dans la prière et l'action.
thèque de la ville d'Angers, n" 833 du catalogue Molinier, ancien 7q5 du catalogue Lemarchand : a Ordonnances pour le Monastère des Religieuses de Nostre-Dame de La Flèche faictes p^^ ^'s'' l'Evesque d'Angers en sa visite finie le huictième jour de novembre l'an mil six cens cinquante-trois ».
La supérieure n'avait plus qu'à exécuter l'œuvre projetée en commun par la Fondatrice et iMarguerite Fiiloleau. Elle la mènera à bonne fin ; c'est à elle, en particulier, que l'on doit l'achèvement de la grande chapelle qui terminait le couvent.
En longeant la rue de l'Hôtel-de-Ville, on ne peut s'empêcher d'être frappé par la majesté de cet immense bâtiment qui borde la rue à main gauche. C'est là que, jusqu'en 1792, ont habité les Filles de Notre-Dame.
La chapelle, dont on a donné plus haut une vue extérieure (1), fut commencée en 1655, et M^' Henri Arnauld vint en poser lui-même la première pierre le 19 mars. Dix-huit mois après, elle était terminée, et l'évêque revenait la consacrer le 28 octobre 165G.
De cette chapelle, qui était splendide, s'il faut en croire les traditions, il reste encore quelques vestiges au n° 45. C'est tout d'abord un lambris fort simple, qui nous donne la hauteur de la chapelle; c'est ensuite, à l'intérieur du pignon, une immense peinture à l'huile qui couvrait tout le fond de la chapelle.
Elle représentait un portique, avec, de chaque côté, de lourdes draperies suspendues ;i la voûte; des anges soulevaient cette drai)erie pour laisser apparaître, au-dessus d'un ciel magnifiquement bleu, la scène du crucifiement.
Depuis 1793, la chapelle, vendue comme le reste du couvent, a subi bien des transformations, pour devenir une maison d'habitation. Le temps a détérioré
(i) Cf. page 7S. Cette gravure représente le grand pignon de la chapelle et la maison de l'aumônier. Au rcz-de-chausscc, que l'on ne voit pas, se trouvait un grand parloir.
cette peinture, à moins que ce ne soit le fait de la main des hommes, si souvent maladroite en ses actes, quand elle n'est pas volontairement et sottement destructrice. En tout cas, l'œuvre est bien endommagée,
comme on en pourra juger par les gravures ci-jointes.
Les anges, que ne pouvait atteindre là-haut le pic du maçon, — j'allais ^^ dire du vandale —
sont les mieux conservés. On voit cependant encore distinctement les contours du dessin : le Christ sur sa croix, la sainte Vierge et saint Jean debout, et, de chaque côté, un évangéliste assis. Nous donnons ici celui qui est à la droite du Christ, derrière la sainte Vierge.
Celle œuvre n'avait peut-être rien d'artistique; elle méritait cependant un meilleur sort, ne serait-ce qu'en souvenir des
pieuses lilles qui, pendant cent quarante ans, ont prié dans ce lieu consacré et y sont venues chercher la force de se dévouer, sans se lasser jamais, à l'enseignement des jeunes tléchoises.
Ajoutons qu'au-dessous du Christ, dans le por-
tique, était une niche, renfermant une statue de la Vierge, puisquau pied de la niclie se lit encore l'inscription (i) :
VIRGIXI PARITVRAE
C'est sans doute à cette époque, que la rue prit le nom de Rue Notre-Dame ou plus souvent encore Bue de l'Are. Cette dernière dénomination a subsisté longtemps après la Révolution, et on l'entend encore quelquefois dans la bouche des vieux F 1 é chois qui ne peuvent s'habituer au changement.
Ils pensent peut-être, et avec raison , que si l'on voulait débaptiser cette rue, — pourtant si pleine de souvenirs,
(i) Je suis heureux de renouveler ici mes sincères remerciements au locataire actuel de la chapelle, M. Drouin, qui s'est si aimablement prêté au dégagement de ces peintures. L'artiste peintre, M. Gautcur, en a réveillé un peu les couleurs, et le photographe, qui a illustré ces pages, sa modestie ne veut plus que je le nomme, mais chacun le connaît) est arrive à fixer ce qui pouvait paraître encore des dillérents personnages. A chacun un cordial merci !
et qu'ont suivie longtemps tant de jeunes générations fléclioises, allant aux classes, — on aurait pu, du moins, trouver plus d'un nom remarquable dans notre histoire locale. Mais, dans la hâte de se débarrasser d'un souvenir gênant, on s'est contenté d'un nom plus prosaïque : Rue de l'Hôtel-de- Ville. Il y aurait bien d'autres remarques semblables à faire sur les noms de nos rues, mais passons : Non est hic locus!
Marie Pelard, il est peut-être temps de le dire, était originaire de La Suze. Le contrat passé entre elle et Jacquette de Chesnel, le 27 mars 1G23, jour de son entrée au couvent (1), nous apprend qu'elle « est fille de defïunct Julien Pelard et Barbe Dau mouche vivans demeurant à La Suze ». Elle est assistée de Jullien Pelard, son frère, marchand brocantier à La Suze, et de Jehan Cormier, son beau-frère, libraire à La Flèche.
Existe-t-il un lien de parenté entre elle et Renée Pelard, la première novice qui fit profession pendant son triennal, le 21 août 1G53? Je ne sais. En tout cas, Renée était fille de M. Pelard, sieur de la Brelesche et de x4nne Belin, qui, déjà, était veuve en 1623.
Renée avait un frère, Julien, et trois sœurs : tous assistent, le 12 août 1053, à sa profession faite en présence de Jean-Baptiste Le Mercier, prêtre, aumônier de l'évêque d'Angers et son délégué (2).
(i) Elude Vollet. Minutes Rouveau (Giq). On voit en cet acte que Marie Pelard apporte comme dot la seule somme de 400 livres. (2) Présents : Julien Pelard, sieur de la Brctesche, son frère, MM
Marie Pelard ne reçut, en trois ans, que trois professions ; après Renée Pelard, ce fut Claude Mandroux, le 7 mars 1655 (1), (vingt-sept ans) et Elisabeth Gallois, le 21 février 1656 (dix-sept ans). A ces deux cérémonies, l'évêque d'Angers délégua M'' Guillaume Racinoux, prêtre, confesseur des religieuses de Notre- Dame.
Claude Mandrour, qui avait pris l'habit le 22 janvier 1653, était fille des défunts André Mandroux et Urbanne Lecesve. Son frère, Jehan- René, habitait à Aubigné (2).
Pour ce qui esl d' Elisabeth Gallois, elle était fille de Estienne Gallois, en son vivant avocat au Présidial, et de Renée François, tous deux morts avant 1653, car c'est son frère, Etienne Gallois, aussi avocat au Présidial, qui la présente à son entrée au noviciat, le 9 avril 1653 (3).*
Aubert et Houit, ses beaux-frères, M^e Ribot, sa sœur, M. de la Fontaine, président en l'élection de La Flèche.
(i) Témoins: M'l«s de Saint-Germain. Présents : M*? Martin, prêtre, M. Hervé, son beau-frère, M. Lç Scsve.
(2) Il assistait à la vêture avec son oncle Christofle Lcsesve. Etude VoUet, minutes de la Fousse i'qô).
(3) Etude Vollet, minutes P. de la Fousse, g avril i653 (i45). Cet acte contient en même temps un « mémoire des meubles que Madame Le Coq donne à sa nièce Elisabeth Gallois ».
L'acte est signé : Marie Pelard, Jeanne Contentin, Catherine Bidault de Rochefort, Marguerite Filloleau, J. Percheron, J. de Briollay, P. Coiffé, A. Bardet, R. de la Jaille, M. Christine Pignard, Jacquine Giroust, R. du Douçay, Charlotte Rousseau, Marguerite Marcisseau, R. de Salles, A. Le Royer, C. Gaignard. Urbanne Ory, Marie-Elisabeth Gallois.