‹ Le couvent des Filles de Notre-Dame de La Flèche, 1622-1905Chapitre 24 sur 58 · CHARLOTTE ROUSSEAU, SUPÉRIEURE · texte numérisé non relu

CHARLOTTE ROUSSEAU, SUPÉRIEURE

Catéchisme de Mère Filloleau (1663 . — Professions : Marguerite Bugnon, Françoise Ribot, Marie Marthe Denyau, Françoise Davy, Catherine Richer, Anne -Elisabeth Arthuis, Marie Cador.

ous avons signalé la présence de xMère Rousseau dans un acte de 1653. Religieuse depuis quelque temps, sans doute, nous ne trouvons ni son entrée en religion ni sa profession.

Mais si sa vie est laissée

k'^^ dans lombre, il n'en reste

pas moins que son triennat fut l'un des plus prospères et des plus glorieux. C'est elle, en effet, qui était supérieure quand la Mère Marguerite Filloleau publia son catéchisme. Voyons donc ce qu'est cette œuvre (1).

(( Quel est le but de saint Ignace dans ses établissements scolaires ? Le quatrième livre des Constitutions l'explique nettement : Le but de la Compagnie était le salut des âmes, elle n'enseigne les belles lettres que pour aider le prochain à mieux connaître Dieu, notre Créateur, Notre Seigneur, et à mieux le servir.

fi) p. de Rochemonteix, Histoire d'un Collège de Jésuites, lome II, page io3.

« Voilà la fin où tend Ignace de Loyola. Ce pieux éducateur jugeait avec raison que l'instruction ne constitue pas toute l'éducation, qu'elle n'en est même pas la partie principale. S'il importe à un Etat d'avoir des sujets instruits , il lui est indispensable d'avoir des sujets vertueux. La partie morale de l'éducation est sans contredit celle qui demande les premiers soins. »

Le plus grand mérite des Jésuites fut de fonder un système de pédagogie ayant pour base la religion, sans laquelle il n'existe pas de vertu solide. C'est sur ce fondement qu'ils établirent toute l'éducation littéraire, de telle sorte que, dans leur plan d'études, l'instruction est un moyen, et l'éducation la lin.

Les pédagogues du XVl^ siècle n'avaient pas la pensée d'envisager l'enseignement à ce point de vue élevé, le seul vrai. Dans les Universités elles collèges libres, on faisait presque complètement abstraction de la religion ; elle entrait dans le programme classique quand elle pouvait et comme elle pouvait, beureuse d'occuper la dernière place. Le maître ne se croyait obligé ni de former le cœur du disciple, ni de le pénétrer de ses devoirs, ni de l'instruire de sa foi. Et ainsi, l'homme destiné, au sortir de l'école, à avoir un rang dans la société, y entrait, le plus souvent, ignorant ce qu'en conscience il était tenu de savoir. Plus ces avortements de l'éducation se multipliaient, plus le niveau chrétien des nations tendait à baisser.

« Le législateur de la Compagnie de Jésus vit le mal et assigna le remède : en tête de son programme pédagogigue, il plaça la religion, et, dans ce programme, la première étude fut celle du catéchisme.

« L'usage du catéchisme, sous cette forme élémentaire et concise que nous lui connaissons, ne remonte pas au-delà du Concile de Trente. Avant ce Concile, on instruisait et on avait toujours instruit les enfants et les parents dans la connaissance de la religion, mais c'est vers le milieu du XVP siècle que se répandirent ces précis simples et méthodiques, rédigés par demandes et par réponses, et contenant en peu de mots tout ce que le fidèle doit croire et pratiquer. »

Le programme de saint Ignace et de ses disciples s'adressait aux garçons. Il était tout naturel que l'Institut de Notre-Dame, fondé sur le modèle de la Compagnie de Jésus, fit un programme analogue pour les jeunes filles, dont il était appelé à faire l'éducation et l'instruction.

Mère de Lestonnac avait donné tous ses soins à le composer. Mère de Chesnel s'était également appliquée à le perfectionner, mais il était réservé à Mère Marguerite Filloleau de lui donner une forme précise et définitive en composant un catéchisme spécialement destiné aux classes des maisons de Notre-Dame.

M. l'abbé Esnault, dans la Semaine du Fidèle (1), fait de ce livre un compte rendu qui renseignera parfaitement le lecteur. Le titre de l'ouvrage est un peu long; nous le transcrivons cependant : « Discours familiers entre une Fille de Notre-Dame et ses disciples, en forme de catéchisme sur la doctrine chrétienne » (2).

(i) 5 juin i886, 12 juin iS8ô.

(2) Le titre complet ajoute : Tué du Catéchisme romain pour l'ittstruction des filles qui sont enseignées dans les classes des Maisons de Notre-Dame, par la R. M. M. F., religieuse de la Maison de Xotre- Dame de La Flèche, divisé en deux tomes. A La Flèche, de l'imprimerie de Gervais Laboe. MDCLXIII, in- 12 en gros caractères. T. I, 384 pages chiffrées pour le texte, 2 feuillets non chiffrés pour la table.

Mère Filloleau l'ayant signé en 1G63, dut le composer entre son second et son troisième supériorat, c'est-à-dire entre les années 1653 et 1665.

Il ne fallait rien moins que ce long espace de temps pour mener à bien une si utile entreprise. Le recueillement du cœur, le repos et le calme de l'esprit, que procurent seules la solitude et l'absence de toute charge ofïicielle et absorbante, étaient nécessaires à l'auteur du catéchisme. Son œuvre réclamait plus encore : la science et la piété. Nous apprenons de son biographe que Mère Filloleau possédait l'une et l'autre au plus haut degré : a Cette digne fille de Marie était douée de tous les talents qui font les esprits éminents et de tous les dons surnaturels qui font les grands saints. A un esprit vif et pénétrant, à un jugement solide, elle joignait une mémoire si prodigieuse qu'elle savait toute la Bible par cœur, ainsi que les plus beaux passages des Pères de l'Eglise. L'on a retrouvé d'elle un immense recueil de sermons qu'elle avait transcrits mot à mot après les avoir ouïs seulement une fois. Ainsi que la plupart des femmes de son tems, Marguerite Filloleau avait étudié le latin et l'entendait parfaitement. Cette b3lle intelligence, que notre sainte n'employa jamais qu'aux choses de la religion, était relevée par l'abondance des grâces du Saint-Esprit et par la pratique des plus hautes vertus. » (Annales manuscrites).

La grâce ne détruit pas la volonté dans l'homme, mais la fortifie ; de même pour tous les dons natu-

T. II, 621 pages de texte et 3 feuillets pour la poésie du neveu de l'auteur et la table, sans pagination.

rels ; la grâce ne détruit pas leur action personnelle, elle la facilite et lui aplanit toute voie.

Il en était ainsi })Our Mère Hlloleau. La grâce venait achever, perfectionner en elle l'œuvre de la nature, et, comme sa volonté ne tendait qu'à un seul but, aimer Dieu par-dessus toutes choses, l'aimer et le servir dans ses créatures, elle appliquait en même temps toutes ses facultés au service du Divin Maître et du prochain, et l'on constatait chez elle la réalisation de cette parole du philosophe : a La perfection de l'homme croît en raison de la perfection de l'objet qu'il aime par-dessus tous les autres et réciproquement ».

Mère Filloleau avait à cœur le salut des âmes, spécialement des jeunes enfants des classes

Etant au couvent depuis sa fondation ou à peu près, elle avait suivi avec attention les progrès des élèves, tant du pensionnat que des classes gratuites, et n'avait pas tardé à constater qu'il fallait à l'intelligence l'appui de la mémoire, et à la mémoire elle-même l'appui de programmes précis, de livres rédigés avec soin et méthode.

Ce qui s'entendait ainsi des sciences et des lettres, était plus vrai encore lorsqu'il s'agissait de l'enseignement de la religion. Mère Filloleau le comprenait, et, encouragée, guidée par Mère de Chesnel et les Pères Jésuites du collège, nourrie, comme l'est toute vraie Fille de Notre-Dame, d'une bonne, saine et précise science théologique, elle se mit à composer un catéchisme : œuvre de Dieu assurément, œuvre de dons surnaturels, voilà pour la piété, mais œuvre humaine aussi, et fruit de dons naturels extraordinaires, voilà pour la science.

Mère Filloleaii présente elle-même son livre aux lecteurs dans une dédicace où, sans le chercher, elle se dépeint tout entière :

« Aux Révérendes Mères et chères Sœurs, les Religieuses de l'Ordre de Notre-Dame.

« Mes Révérendes Mères et très chères Sœurs,

« Depuis Theure bienheureuse, en laquelle Dieu, usant de sa grande miséricorde envers moy, m'a fait entrer en ce saint Ordre des Filles de Notre-Dame, et donné la grâce de me consacrer au service de sa divine Majesté, en cette sainte maison de La Flèche ; afin que, suivant la haute et céleste fin de cet Institut, je m'étudiasse non seulement à la perfection, mais aussi que je procurasse de toutes mes forces le salut de mon prochain, et (jue je donnasse mon cœur à cette Reine des Vertus, la Charité, qui a cola de propre de ne chercher pas son profit, mais l'utilité des autres et le bien commun; je me suis tellement dédiée au service de vous toutes épouses de Jésus- Christ, et filles très chères de sa sainte Mère, que je n'ay pas estimé chose licite d'estre à moy en chose quelconque, ny de travailler pour mes intérests particuliers, et quelque imparfaite que je sois de me soustraire aux nobles desseins de notre divin Institut. C'est pourquoy j'ay fait part à toutes celles qui l'ont agréé, de ce que j'ay peu faire de bon avec la grâce de Dieu, et qui est parti de mon industrie.

(( Ce mesme zèle de vous servir, et estre utile au

prochain, m'a fait entreprendre cet abrégé du Catéchisme romain, que j'ay transcrit et mis au meilleur ordre qu'il m'a été possible, afin que celles qui s'en voudront servir pour l'instruction des filles puissent estre soulagées des peines qu'elles auroient à chercher en divers livres ce qu'elles trouveront en cet abrégé.

(( Recevez donc, mes Révérendes Mères et très chères Sœurs, ce petit livre que je vous offre avec mon cœur tout afTectionné à votre service, et dédié à vous aimer et honorer. Je m'estimeray trop récompensée de mon travail, si je puis par iceluy contribuer à l'augmentation de la gloire de Dieu, tant en vous qu'en celles que vous instruirez. Quoique par charité je vous conjure de m'aider par vos saintes prièies à parvenir au Ciel, où avec vous je loue Dieu éternetlement.

(( Cependant je m'estimeray toujours très heureuse de me dire et d'estre en vérité, mes Révérendes Mères et chères Sœurs, votre très humble et très obligée servante, la plus petite et indigne des Filles de Notre-Dame.

{( A La Flèche, ce 10 août 1663. »

Remarquons en passant que Mère Filloleau met ensuite son travail sous le patronage de Notre-Dame-des- Vertus. C'est, en efïet, sous ce vocable qu'on l'invoquait à La Flèche, depuis l'arrivée des Jésuites, et le pèlerinage quotidien, comme la neuvaine annuelle, étaient déjà commencés en ce délicieux sanctuaire de Notre-

Dame-des-Vertus, autrefois dédié à saint Barthélémy (1).

Le catéchisme de Mère Filloleau est une série de dialogues entre une Fille de Notre-Dame et les pensionnaires, entre une maîtresse et ses disciples.

Il surtirait d'en citer les extraits que donne le (ompte rendu signalé plus haut, pour que l'on puisse juger l'œuvre, son importance, la heauté, ^>. la clarté et la sùre- Ay,' té de la doctrine '^;^" qu'elle expose, mais l'espace m'est compté, et je dois renvoyer le lecteur aux pièces justihcatives.

« Marguerite Filloleau avait un neveu qui ne se fait connaître que par ses initiales, M. J., et par sa qualité de prêtre. Il adressa à ea tante deux pièces de vers, élogieux pour l'auteur et l'ouvrage; l'une est en tête du premier volume, l'autre, à la tin du second; chacun se termine par un acrostiche au nom de Marguerite Filloleau. Ce sera assez de donner ici le second :

(i) Cf. Anuales Fléchoises, tome 1, p. 333 et sq : Le Sanctuaire de Notre-Dame-des-Verius, par l'abbc P. Calcndini.

§ on Dieu pour ce sujet une savante § ain

;> gravé vos faveui-s sur le marbre et ï ^ irain.

jd ougis, homme, rougis qu'une j^j eligieuse

Q arde au fond immortel dune âme q énéreuse

C2 n si haut sentiment de cette <* érilé,

tfl t que tu ne suis pas les lois de V m quité,

jO egarde enfin le Ciel et ne sois plus jfl ebelle :

M 1 faut vivre en chrétien, non pas en •-• nfidèle,

Hj u dois porter la croix, penser dans le 1-3 ombeau,

M t croire que tes jours s'écoulent comme ÏK eau :

*^ usse-tu vieil Adam, et la même ►il aiblesse,

M 1 faut en Jésus-Christ reprendre ta «h eunesse,

tH ivrer mille combats, gagner mille t-i auriers :

O n ne couronne point que les bons O uvriers.

tr" amour te Ta promis, sa main est t^ ibérale,

H t sait récompenser d'une justice W gale.

> lors dessous tes pieds, les vices î> battus,

^ erront sur leurs débris ériger tes ^ ertus.

« C'est même, comme on voit, un acrostiche à double effet. Les sentiments sont bons et d'un neveu respectueux. Mais que le poète eut bien fait de ne pas se donner ces entraves et de marcher pkis légèrement ! ))

Il y eut six professions pendant le triennal de Mère Charlotte Rousseau, et M^' Arnauld présida, le 3 septembre 1GG3, une de ces professions, celle de Marguerite Bufjnon, dix-sept ans. Délégué, G. Racinoux. Témoins, MM. Rriquaire, Fontaine, prêtre; la famille.

Marguerite était née le 29 septembre 1644, de Catien

Biignon, élu et conseiller, et de Jeanne de la Fontaine (1).

1663, 20 décembre, Françoise Ribot, dix-huit ans. Délégué : Urbain de Génetay. Témoins : MM. Racinoux, Besnard, prêtres. Présents : MM. Gaignard, son frère, de la Courbe, son oncle, Le Boucher, lieutenant criminel, M^'^^ de Broces et de la Courbe, ses tantes.

1664, 6 juillet, Marie-Marthe Denyeau, dix-sept ans. Délégué : G. Racinoux. Témoins : MM. Ur. de la Planche, F. Geslin, prêtres. Présents : M. Denyeau, son frère, et la famille.

Marie-Marthe Denyeau sera supérieure de 1716 à

1664, le 7 octobre, Françoise Ikirij fait profession entre les mains de M"' Henri Arnauld, évèque d'Angers. Témoins : MM, Le Royer, Le Bricquer, prêtres. Présents : M'^^ de la Hibonnière et la famille (2).

1665, 19 janvier, Catherine llichcr du Breil, seize ans. Délégué : G. Racinoux. Témoins : MM. Filoleau, Jamin. Présents : MM. de la Réténuère", son grandpère, du Breil, son père.

Catherine Richer du Breil était fdle de Roland Richer (3), écuyer, sieur du Breil, conseiller du roi,

(i) Elle fut baptisée le même jour par Sébastien Cador, vicaire. Parrain : Jacques Jamyn, fils de M. Jamyn, conseiller du roy et assesseur au siège royal de Château-du-Loir; marraine : Marie Le Royer. fille de René Le Royer de Boistaille, conseiller du roy au présidial.

(2) La famille Davy, de l'élection de La Flèche, blasonne en i6g8 : d'argent à trois étoiles de sable. Au XVllle siècle, cette famille était représentée par MM. des Piltières et de La Lammerie.

(3) Roland Richer avait déjà eu, le i8 mai 1644, un fils, Charles Richer, dont le parrain fut Charles Richer, écuyer, sieur de Monthéird président au présidial du Mans, et la marraine, demoiselle Marthe Courné, femme de Pierre Jouye des Roches, conseiller au présidial de

lieutenant au Présidial de La Flèche, et de Renée Jouye de la Réténuère. Elle était, par conséquent, arrièrepetite-fille ou arrière -petite-nièce de M. Pierre Jouye des Roches qui fut notaire à La Flèche vers 1G4G, et qui avait donné à l'église Saint-Thomas, en 1G24, les belles tapisseries d'Aubusson, dont il reste encore quelques débris.

IGGo, 25 janvier, Anne-EUzaheth Artliuis (1), seize ans. Délégué : M*' Pierre Beduet, prêtre, prieur de Lhommes, doyen de Troô. Témoins : MM.Racinoux, prêtre, du Bronay, vicaire. Présents : UM. du Patis, ses oncles, de Balançon, son oncle, M'^*^ de Balançon, sa tante.

1G65, 27 janvier, Marie Cador, dix-huit ans. Délégué : J. Racinoux. Témoins : MM. Jamin, prêtres, Mordoit, sous-diacre. Présents : MM. du Plessis-Cador, son père, M""" des Landes, sa grand'mère, MM. du Perray, des Landes, de la Plesse, ses oncles (2).

La Flèche. {Etat civil de La Flèche.) Richer du Maine blasonnait : d'or au chevron de gueules, chargé de trois croisettes de même et accompagné de trois bleuets d'a:[ur tiges, feuilles de sinople 2 et i . Au XVllIe siècle, cette famille était représentée à La Flèche, par M. Richer des Pins.

(i) Une famille Arthuis blasonne : d'argent au clievron brisé de sinople, accompagné de trois feuilles de chêne 2 et i . — De Maulde, suite à l'Essai sur l'Armoriai, page 43.

(2) Cador du Plessis, famille ludoise, dont était Jérosme-Charles- Cador du Plessis, contrôleur et conseiller du roi au grenier à sel du Lude; il mourut à 65 ans, le 18 février 1757, et fut inhumé le lendemain, en la chapelle de Notre-Dame-des- Vertus du Lude. (Note de M. l'abbé L. Calendini).

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