‹ Le couvent des Filles de Notre-Dame de La Flèche, 1622-1905Chapitre 27 sur 58 · JEANNE DE SALES · texte numérisé non relu

JEANNE DE SALES

Marie-Thérèse d'Acygné n'était plus supérieure en 1678, puisque, dès le début de l'année. Mère de Maulny signe, en cette qualité, quelques actes conservés aux Archives Départementales de la Sarthe (1).

Pendant ces douze années, il ne se passa rien au couvent qui mérite d'être signalé, sinon que la Mère de Maulny acheva toutes les constructions commencées depuis quarante ans, et en particulier le grand bâtimentqui subsiste encore aujourd'hui. 11 n'y avait, du reste, pas trop de place dans (( une maison pour lors aussi nombreuse qu'était la maison de Notre- Dame (2) )).

et d'Anne Lablanche. Marie Cheureux, sœur de Anne, assiste au contrat (Etude de M^ Vollet, minutes J. Couallier, i2Ô).

(2) Lettre de Mère Anne Nail de la Saintonnière, sur la mort de Mère Marguerile Richer (lySy).

De 1674 à 1686, sous ces trois supérieures, il y eut 12 professions.

1675, 7 juillet, Claude et Elisabeth Toutain, sœurs jumelles, dix-sept ans, reçues à la profession par François Chastelain, prêtre : Présents : Jean Toutain, prêtre, F. Toutain, diacre.

1677, 15 mars, Marguerite Itieher du Breil, dixsept ans, reçue par le même. MM. de la Réténuère, son grand-père, Richer du Rreil, son père, de la Morinais, son beau-frère, assistent à la cérémonie. Marguerite Richer mourut le 17 mai 1739 (1).

1682, 1^"^ mars, profession de Madelaiue Corvasier de Vaurobert, à dix-neuf ans.

Madelaine était du Lude. Sa mère l'avait d'abord placée chez les Ursulines, mais bientôt l'envoya à La Flèche. Mère Corvasier y mourut le 19 mai 1738, âgée de soixante-quinze ans (2).

1683, 26 septembre, profession de Marie Godard, vingt-neuf ans, reçue par Jean Godard, prêtre, aumônier de l'aumônerie d'Arquessay.

1684, 29 juin, Perrine Le Monnier, vingt-six ans.

(i) Lettres nécrologiques.

(2) Cf. Lettre de Anne Nail de la Saintonnière, du 24 mai lySS, sur la mort de Madelaine Corvasier.

reçue par François Chastelain, prêtre, confesseur des religieuses de Notre-Dame.

1()S5, 17 septeinl3re, Françoise Corvasier de Vaurobert, dix-neuf ans. C'est la sœur de Madelaine. Nous la verrons supérieure de 1723 à 1731.

1G85, 18 novembre, Marie-Thérèse Toutain (l), seize ans, reçue par François Toutain, prêtre, assisté de M. Androuin, curé de Verrou.

1685, 22 novembre, Anne Molais, vingt-un ans, reçue par F. Chastelain, assisté de MM. Yves Ropart, Galloys, prêtres, R. Farion, curé de Saint-Nicolas.

1685, Marie- Anne Péan de la iHcsse (2).

1686, 21 avril, Marthe Auré de la Noiraye, dix-sept ans, reçue par le R. P. Charles Fontaine de Biré, dominicain. Assistent : M. Auvé de la Noiraye, son père, MM. de la Cheviraye, Aumont, ses oncles, de la Crochinière. Fontaine, Auvé, parents.

Marthe mourut le 30 octobre 1733 (3).

Sa sœur, Jacquine Auvé, seize ans, est reçue le même jour. Elle mourut le 25 janvier 1735 (4).

(i) Sœur de Claude et de Klisabeih Toutain.

(2) Le registre des professions ne porte pas d'autre indication, mais le registre des examens nous donne, pour Marie-Anne Pcan de la Plesse, deux dates d'examen : le 28 octobre 1684 et le 8 novembre i685. Cette dernière date doit marquer l'examen qui précède la profession.

(3) Lettre de Perrine Denyau, supérieure (du 4 novembre i733j, sur la mort de Marthe Auvé. « Marthe étoit de cette ville, d'une des plus honorables et distinguées familles, tant par la vertu qui semble leur être héréditaire, que par les charges que M'''* ses parents ont exercées et exercent encore avec toute la justice et l'équité possible, et les bons services que plusieurs ont rendus à la ville en qualité de maires électifs. »

(4) Cf. Lettre de Perrine Denyau, supérieurç.

(( La famille Auvé, d'ancienne origine, dit M. de la Bouilierie, s'est alliée à la maison de Vendôme, aux la Jaille et aux Daillon; elle a fourni Jean, juge général des duché d'Anjou et comté du iMaine (1370) et Françoise, abbesse du Ronceray (1529-1549); elle a donné naissance à de nombreuses branches connues sous le nom des Genetay (Saint-Denis d'Anjou), de la Mothe, de Pendu (Morannes), du Plessis-Havard, de Songé, du Bruart, du Broussin, du Plessis-Bouré,... entinde la Xoiraye, d'Aubigny et de Poligny, qui sont les trois branches fléchoiées. »

Un des neveux de Marthe et Jacquine, l'abbé Michel Auvé, fut le promoteur de la « Coterie littéraire » qui ajouta, pendant quelques années, un charme de plus au séjour enchanteur du chùteau de la Varenne (i), alors habité par la veuve de Claude de la Varenne, devenue comtesse de la Luzerne (2).

(i) Du château de la \'arenne, dans la rue Mançaise ou Grande- Rue, il ne reste plus aujourd'hui que les pavillons et le mail avec ses douves.

(2) L'abbé Auvé et la Coterie littéraire du château de La Flèche ( I j ib-ij42), par M. le baron de la Bouilierie, Revue historique et archéologique du Maine, tome XVII, page 129.

§ IV

MARIE-THÉRÈSE D'ACYGNÉ (1686-1695)

MARIE-ELISABETH GALLOIS (l695-1698)

MARGUERITE RIBOURG (1698-1702)

Le Couvent de Notre-Dame à la fin du XVir siècle. Le Rapport de M. de Miromesnil. — Professions.

es élections de 1C8G furent marquées par ce fait extraordinaire :

Mère Filloleau, alors âgée de quatre-vingts ans, fut, malgré sa protestation, sur le point d'être réélue supérieure. Il ne lui manqua que trois voix. Ce fut Marie^ Thérèse d'Acygné qui fut élue.

Nous arrivons à la fin du XVII° siècle, c'est-à-dire à la période la plus florissante de notre couvent fléchois. De toutes nos communautés, c'est Notre-Dame qui renferme le plus de sujets. Seul, l'état financier lélait moins prospère. Dans un rapport fait, en 1G97, sur La Flèche, par Thomas Hue, sieur de Miromesnil, intendant de la Généralité de Tours, on lit à l'article Couvent (1) :

(( Capucins, il religieux; Récollets, 9; Filles de Sainte-Marie de la Présentation (2), 40 ; Notre-Dame, Règle de Saint-Ignace, 40; Fontevrault, 42; Saint-

(0 M. de Montzey cite ce rapport en s.on Histoire de La Flèche, tome II, page 189.

(2) La Visitation. Le rapport ne parle pas du couvent des Carmes.

François, 38; Sœurs rte Saint-Joseph, 14. 30.000 livres de revenu. »

Remarquons, en passant, que nous sommes loin de compte avec ceux qui parlent de la richesse fahuleuse des couvents avant la Révolution. Nous avons à La Flèche, en 1G97, 158 religieux et religieuses, et pour l'ensemble 30.000 livres de revenu, ce qui nous donne, pour chaque personne, un peu \)lus de 189 livres de revenu annuel. Prélevons tout ce que les communautés payaient d'impôts, volontaires ou non, tout ce qu'elles donnaient si largement aux pauvres et aux bonnes œuvres, et les petites rentes de chacune se trouveront bien diminuées. Et encore, je ferai observer que, dans sa nomenclature, M. de iMiromesnil ne cite pour Notre-Dame que les religieuses de chœur ou les Mères ; il y avait, en efïet, à cette époque, au couvent, plus de 80 religieuses, si l'on compte les jeunes professes qui n'avaient pas encore dix ans de profession, les novices et les tourières. Ce qu'on a fait pour Notre-Dame, on a du le répéter pour les autres couvents ; il faudrait donc presque doubler le chiffre des habitants de chaque communauté et diminuer d'autant ses revenus.

Mais, à quoi bon nous arrêter plus longtemps sur ce point. Rien n'empêchera les ennemis de la religion de parler des richesses d'autrefois, comme ils font encore aujourd'hui a miroiter devant les yeux grands ouverts d'envie du pauvre peuple » le fameux milliard des congrégations. On le cherche ce milliard, on le cherchera longtemps encore.

Au reste, le rapport de M. de Miromesnil n'est pas la seule pièce qui nous puisse renseigner sur l'état financier de nos communautés.

Le ") juillet 1089, Louis XIV avait publié une déclaration réclamant l'état des biens immeubles de toutes les communautés du royaume. Hàlons-nous de dire que cette déclaration n'avait point d'intentions spoliatrices comme ^inventaire de 1790, ou comme l'inventaire que font les liquidateurs actuels de nos couvents, ou même comme l'inventaire que l'on réclame aux fabriques paroissiales.

Le roi voulait « procéder à l'amortissement des biens immeubles des communautés », et, par conséquent, les dégrever de charges aussi inutiles qu'onéreuses, charges qui, en subsistant dans le courant du XVIIP siècle, conduisirent beaucoup d'entre elles à une véritable ruine. Law viendra, pour les sauver, proposer son système financier : accepté sans contrôle et sans prudence, ce système achèvera la ruine de plusieurs communautés du Maine et de l'Anjou, et, en particulier, de Notre-Dame de La Ferté-Bernard.

En exécution de la déclaration du roi, les religieuses foui l'inventaire des litres qu'elles produisent pour le soutien de la déclaration (i). Nous ne les suivrons point dans ce long inventaire, et j'en fais grâce ici au lecteur. Celui qui voudra bien s'y reporter (2) verra que les Filles de Notre-Dame ont payé leurs acquisitions au double de leur valeur, que pour des

(i) Etude de Me Vollét, minutes J. Couallier. Actes des 3o novembre et 10 décembre i68g.

(2) Cf. Pièces justificatives.

terres, la Faiicillette (1), par exemple, ne valant pas soixante livres de revenu annuel, on leur a fait payer quatre-vingts livres pour la taxe des nouveaux acquêts; pour une autre, le Champ-Baudry, elles relèvent censivement du marquis d'Oléron et lui paient bien plus que la terre ne leur rapporte : son revenu total n'est que de quarante-six livres.

Parmi leurs désastreuses acquisitions, elles citent celle qu'elles ont faite « par un grand malheur, de la terre appelée Génevrais, paroisse d'Aubigné ».

En résumé, tous les immeubles des religieuses ne leur rapportent pas de gros revenus, et, quant à l'argent liquide, elles en montrent l'emploi dans l'énumération de tous leurs bâtiments, restaurés ou nouvellement construits.

Si la communauté était florissante par le nombre et la qualité de ses sujets, il n'en était donc pas de même au point de vue temporel.

A cet aveu d'un état financier déplorable, nos modernes sectaires répondraient tout simplement et brutalement : a Fermez le couvent, s'il est trop pauvre. » C'est d'ailleurs leur éternel refrain, car, s'ils croient le couvent trop riche, ils réclament son appauvrissement; ensuite, à cause de sa pauvreté, ils demandent qu'il soit fermé.

Mais, nous voyons plus haut; et, de cette pauvreté des Filles de Notre-Dame, nous tirons des conclusions fort différentes. Vouées au service de Dieu et du prochain, elles ne cherchent point les biens terrestres, et, toujours, pendant ces trois siècles de leur vie

(i) Terres et maisons existant toujours derrière les murs de l'Hôpital.

parmi nous, nous ne leur connaissons qu'une pensée et qu'un désir : remplir le mieux possible les fonctions de leur Institut, en enseignant dans leurs classes tous les enfants qui veulent bien venir à elles.

La Providence, qui les suit constamment, ne les abandonne point dans leur détresse; elles le savent, et c'est ce qui a fait leur force et leur persévérance dans le passé ; c'est également ce qui constitue encore aujourd'hui toute leur espérance.

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Pendant les neuf années que Mère Marie-Thérèse d'Acygné fut supérieure, il y eut six novices à faire profession entre ses mains.

1G86, 28 novembre, Marie-Madeleine-Thérèsc Ajidrouin de la Coudrais, reçue par Jean Androuin, curé de Verrou. Assistent : M. Androuin de la Coudrais, son père, M. Androuin, principal du Collège de Sablé, son oncle, M'"-" Gautier et Toutain, ses tantes (1). Marie Androuin mourut, le 10 mars 1742, à soixantedouze ans (2).

1688, 13 juillet, Marie du Loir, reçue par F. Chastelain, confesseur. Comme elle ne sait pas signer, elle prie la Mère Filloleau, religieuse de la maison, de signer à sa place.

1691, 7 août. Urbaine Derré, trente ans. Assistent : M. Froger, son oncle, M. et M'"^ Bineteau, Joseph du Pondoust, procurateur en ladite profession. En marge

(i) René Androuin était, en 1669, prêtre au Bailleul. (2) Lettre nécrologique, par la Mère de la Saintonnière.

de cette profession on lit : « elle est morte le 19 février 1721 ».

1G91, 17 septembre, Anne Cro.micr, dix-huit ans. Assistent : MM. Crosnier, notaire royal à Angers/son père, Nadreau, beau-frère.

1G92, 24 août, Mairie Maudet, quinze ans. Assistent : MM. Coualier, prêtre, chanoine de Saint -Brieuc. Pierre Gaignard, prêtre, haute et puissante dame Urbaine de Linière, comtesse, chanoinesse de Pinar.

1694, 12 décembre, Marie-Perrine Demjau de Boisbaré, dix-sept ans. Perrine Denyau sera supérieure de 1731 à 1738.

A la fin de son triennal, Marguerite Ribourg reçut les trois professions suivantes :

1702, 30 juillet, Renée Desliaf/es, seize ans. Assistent : son père, M. des Fourneaux, beau-frère, demoiselle Gandion, tante, MM. de Cossé et Gaignard, prêtres.

Renée Deshayes « était de La Flèche. Dès l'âge de treize ans, elle s'enfuit de la maison paternelle et vint se réfugier à ÏAve » (1). Elle mourut le 18 décembre 1740.

1702, 1" août, Anne de la Rue du Can, dix-sept ans, reçue par le R.-P. Jacques de la Rue, gardien des Récollets de La Flèche. Assistent : M. du Can, son père, Pierre de la Rue du Can, MM. des Roches, cousins (2).

(i) Cf. Lettre nécrologique.

(2) La famille de la Rue du Can reçut ses lettres de noblesse en avril 1-42. (Cf. Montzey. tome II, page 2i3]. C'est l'un d'eux, François-Michel de la Rue du Can qui les mérita par le courage dont il

Anne de la Rue était « native de cette ville, issue d'une famille où la vertu se communique avec le sang, et où l'on ne semble naître que pour exercer la justice et la charité; elle y trouva bientôt après sa naissance pour témoins et compagnons de sa vertu deux frères et cinq sœun, dont deux, suivant volontiers

les douces et salutaires impressions de la grâce, aimant 1 - mieux succéder à

la sagesse et à la probité qu'aux richesses de leur père , entrèren t dans une communauté où la charité trouve à s'exercer sur les pauvres malades. De ses deux frères, l'un, éloigné de sa patrie, ne nous est pas moins connu soit par les trésors de probité, de sagesse et de piété, dont Dieu l'a enrichi et qu'il sçait faire valoir; soit par ceux dont sa Majesté le rend chaque jour dépositaire et dispensateur, que l'autre nous l'est par les talens rares et éclatans qui brillent sans cesse à nos yeux, soit dans l'exercice de la charge de sub-

fit preuve lors de l'inondation de 1740. Il était alors maire de La Flèche. — M. des Fourneaux, dont il est ici question, était peut-être apparenté à la famille Poulet des Fourneaux qui résidait à Précigné.

Les de la Rue blasonnaient : d'a:^ur au chevron d'or accompagné en chef de deux roses d'argent et en pointe d'un chevreuil passant de même. Cf. Province du Maine, tome X, page 223. Montzey, tome II' page 211. (L. C.)

délégué à laquelle il a succédé à M. son père, soit dans celle de juge dont il s'est rendu capable, et que sa vivacité d'esprit, ses lumières vastes et pénétrantes lui font remplir avec admiration, soit, enfin, dans les services importants et sans bornes qu'il a rendus au public et qui lui ont mérité de sa Majesté des titres glorieux de noblesse, titres seuls qui lui manquaient, puisqu'il en posséda toujours le cœur et les senti m eus.

« Ainsi le Seigneur partagea-t-il de ses dons toute cette chère famille, ainsi la Providence la dispersat-elle dans difïérens endroits pour y servir d'exemple )) (1).

Anne du Can mourut le 21 janvier 1743.

1702, 8 août, Urbaine Morin , vingt-quatre ans, reçue par P. Gaignard, bachelier en théologie, curé de La Flèche. Assistent : F. Morin, prêtre, oncle (2), MM. de la Xoyrais (Noiraye), de la Durandière et du Pin. Urbaine c était de La Flèche, d'une famille d'ecclésiastiques et de religieuses )). Elle mourut le 2 mai 1741 à soixante-trois ans (3).

(i) Lettre nécrologique, 26 janvier 1743.

(2) François xMorin, mort curé de Créans en 1733. Cf. Semaine du Fidèle, diocèse du Mans, XVI- 1 091.

(3) Lettre nécrologique.

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