‹ Le couvent des Filles de Notre-Dame de La Flèche, 1622-1905Chapitre 37 sur 58 · MÈRE FRADIN , SUPÉRIEURE · texte numérisé non relu

MÈRE FRADIN , SUPÉRIEURE

Son élection. — Ses travaux au couvent. — Description de la communauté en 1847. — Renommée de Notre-Dame de La Flèche. — Relations avec les communautés de Rome, Vienne, Pamiers, Narbonne. — Le pensionnat.— Maîtresses et élèves.

A l'époque des élections, en 1833, les Mères anciennes, qui avaient passé par les dures épreuves de la Révolution, s'alïaiblissaient de plus en plus, et celles qu'elles avaient reçues n'inspiraient pas encore toute la contiance désirable. M^' Caron, évèque du Mans, crut qu'il serait avantageux de demander une supérieure à la maison de Poitiers, qui possédait plusieurs sujets très remarquables; comme, par ailleurs, cette communauté avait jadis fondé celle de La Flèche, il semblait que la Providence voulût ménager cette nouvelle circonstance pour renouveler les liens et les bons rapports de ces deux maisons.

Le 9 mai 1833, les religieuses, réunies sous la présidence de Monseigneur, élurent, à l'unanimité, comme supérieure, Mère Pauline Fradin, de N.-D. de Poitiers. Un double du procès-verbal fut envoyé à sa supérieure, la Mère Ménardière, avec une lettre signée de toutes les religieuses de Notre-Dame de La Flèche,

pour la prier d'accéder aux vœux de la communauté.

Leur demande fut favorablement accueillie, et Mère Pauline Fradin, faisant généreusement le sacrifice qu'on lui demandait, arriva au milieu de sa nouvelle famille le 31 mai, accompagnée de M. Goumenault, curé de La Flèche, et de M. Gouasneau, aumônier de Notre-Dame, qui étaient allés la chercher à Poitiers.

M*"' Caron , se trouvant quelques jours après à La Flèche, installa lui-même la nouvelle supérieure.

« Pauline Fradin naquit à Poitiers, le 19 décembre 1788. Sa famille est depuis longtemps entourée, dans le Poitou, d'une haute estime, et la plupart de ses membres ont occupé des charges honorables dans la magistrature. »

Elle était entrée au couvent de Poitiers peu de temps après son rétablissement, et y avait montré tout ce que l'esprit de foi et d'abnégation pouvait obtenir d'une âme d'élite. On ne pouvait faire meilleur choix. A La Flèche, « la douceur de son gouvernement fut bientôt si généralement connue que, pour les jeunes pensionnaires et les personnes du monde, ordinairement eiïrayées à l'idée d'un cloître, la communauté de La Flèche semblait produire l'effet d'un Paradis anticipé ».

(( Une vertu que possèdent les âmes humbles destinées à faire de grandes choses, c'est l'abandon à Dieu ; notre Mère y puisait toutes les ressources. Jamais de trouble, de préoccupation d'avenir, tout était remis par elle à la garde de la divine Providence.

KEFECTUIHK DES HELIGIELSES

GUAXb PARLOIR

Aussi, quelles choses admirables le Seigneur, qui ne se laisse jamais vaincre en générosité et qui bénit toujours la confiance, n'a-t-il pas opérées par sa bien-aimée servante ! Quels secours ne lui a-t-il pas procurés pour entreprendre, conduire et mener à bonne fin des œuvres d'une importance capable de remplir d'inquiétude une âme livrée uniquement à sa propre industrie ! Mais elle pouvait dire avec l'apôtre : « Je suis forte en celui qui me fortifie » (1).

Grâce au dévouement de Mère Fradin, grâce aussi au bienveillant concours de son frère (2), de nombreuses et importantes constructions se sont élevées rapidement et ont donné à la communauté de La Flèche un accroissement immense.

Les bâtiments qui restaient alors de l'ancien couvent de la Magdeleine n'étaient pas considérables, et aujourd'hui, en 1903, ce reste du passé est encore plus infime : il consiste dans les quelques appartements servant de salle de bains, roberie, etc.

On peut donc dire que le couvent actuel de Notre- Dame a été entièrement bâti parles religieuses, et leur supérieure, Pauline Fradin.

M. Jules Clère qui put visiter la communauté vers 1847, en fit la description suivante :

« Ce qui reste aujourd'hui de l'ancienne maison de la Madeleine consiste en une vieille chapelle destinée

(i) Lettre nécrologique de Mère Fradin.

[i) M. Fradin avait également aidé beaucoup au relèvement de Notre-Dame de Poitiers.

à disparaître prochainement pour compléter les constructions que nous voyons s'élever, modernes et élégantes, sur l'emplacement du vieux couvent. La chapelle nouvelle est à (luelque distance ; elle a été commencée en 1836; M. Goumenault, curé de La Flèche, en bénit et posa la première pierre, le 5 mars; M^' Bouvier, évoque du Mans, la consacra le 13 novembre de l'année suivante, assisté de ]\P' Jules de Simony, évèque de Laon et de Soissons ; elle fut, par ces prélats, dédiée à la Sainte Vierge sous l'invocation de saint Clément et de sainte Véréconde, martyre.

(( Gettechapelleest sur le plan d'une croix latine à la tête de laquelle se trouve, en arrière d'une grille, le chœur des dames; l'autel en marbre blanc, à l'intersection du transept, est dominé par une coupole dont le centre, percé d'une rose en vitraux de couleur, laisse tomber perpendiculairement une lumière adoucie et variée. Des colonnes cannelées d'ordre ionique donnent de la grâce à ce petit sanctuaire, où le silence et le demi-jour prêtent une douceur intime au recueillement. Les dimanches et les jours de fête on s'y presse au service divin que semblent attendrir les voix pures des dames et des jeunes filles et les sons aériens de l'orgue-harmonium. .

(( Autour de la chapelle se trouvent les bâtiments des religieuses, les pavillons du pensionnat, dont les différents appartements, dortoirs, salles de classes, etc., sont tenus avec une propreté élégante et voisine du luxe, puis le local destiné pour l'enseignement gratuit des petites filles externes. Vers le sud-ouest, les bâtiments se terminent par le logement et le jardin séparés de l'aumônier; enfin, enclosant le tout, un

vaste parc muré, de près de quatre hectares, où les dames et J^urs élèves trouvent un espace sufïisant pour les récréations et les promenades. Une de celles qu'elles y font sans tristesse, avec sérénité peut-être, est la visite au petit cimetière de la communauté, jardin paisible où rien ne rappelle l'idée de la mort que des croix à travers les Heurs et parfois le bruit des pas d'une religieuse qui vient s'agenouiller sur la fosse de sa sœur; à côté, comme une autre consolation symbolique s'élève un oratoire gothique^ dédié à Notre-Dame des Victoires (1).

« Puis, pendant que, dans ce petit monde cloîtré, séparé du monde ordinaire et profane, la mort perd ainsi ses tristesses, la vie, poétisée elle-même par une jeunesse pleine de grâces et de beautés, se partage les

(i) Ou chapelle des Enfants de Marie. C'est Mgr Bouvier qui vint la bénir. Elle contient la dépouille mortelle de M. l'abbc Loiseau, ancien aumônier, et celle de sa mère.

or;.

•Sût.

enseignements et les inspirations de la religion, de la science et des arts. »

La Mère Fradin n'améliora pas seulement l'édifice matériel, elle fit également de sa chère communauté un édifice spirituel admiré de tous. Ce fut pour Notre-Dame de La Flèche une période extrêmement brillante. On y venait un peu de partout réclamer le concours précieux de ses saintes religieuses.

Mère Eugénie Pénil fut la première à quitter le cloître pour aller au dehors communiquer le véritable esprit de l'Institut qu'animait toute Fille de Notre- Dame de La Flèche ; on l'envoya à Rome pour relever le monastère de Saint-Denis. Partie en 1837, elle rentra à La Flèche en 1841. Une lettre du Cardinal-Vicaire à l'Evêque du Mans (15 mars) faisait le plus grand éloge du bien accompli dans la communauté romaine par la Mère Pénil (1).

Le souvenir de Mère Pénil est toujours vivant à Notre-Dame de Rome, comme le prouve cette lettre, écrite le 24 décembre 1890, parla supérieure Mère M.-Thérèse de Jésus Rinaldini, à Mère Bafïour, supérieure de La Flèche :

(( ... Comme par le passé, je désire vivement, ma bonne et R. M., continuer ces doux et fraternels rapports d'intimité qui nous ont toujours unies avec notre excellente communauté de La Flèche. La grati-

(i) « ... le manifestiamo la nostra pieiia saddisfa:^ione pcr la condotta exemplare , che essa ha tetiuto in tutio il tempo, che ha dimorato coste ».

tude pour votre bien-aimée maison est gravée dans tous nos cœurs en traits inetïaçables. Non, nous n'oublierons jamais que c'est la digne et regrettée Mère Pénil de votre sainte communauté qui nous a formées à la vie religieuse, endigues Filles de Notre- Dame... ».

La Mère Pénil resta peu de temps à La Flèche, car elle fut, toujours pour le même motif, envoyée à Vienne où elle était encore en 1843, et à Narbonne, où elle mourut. Une religieuse de cette dernière communauté, sœur Saint Michel Fournier, écrivait, le 2 juin ISnl, à Mère Fradin :

« ... Jamais notre communauté ne pourra oublier la communauté de La Flèche, puisque le souvenir de l'excellente Mère Pénil ne peut que nous donner une idée sublime des hautes vertus de celles qui composent la maison où fut formée notre digne supérieure... ».

Le renom de Notre-Dame de La Flèche s'étendait partout, et, non seulement on y réclamait des sujets, mais on y venait retremper ses forces physiques et morales, témoin la R. M. Durier, supérieure de la nouvelle maison de Vienne (1), qui y vint en 1843 :

Je viens, écrit-elle à Mère Fradin, réclamer auprès de votre charité quelques jours d'hospitalité qu'il m'est bien doux de venir vous demander. Le médecin a jugé indispensable à mon rétablissement une absence de quelques semaines pour me séparer absolument de toute occupation

(t) Fondée par Pradelles en i836. Louise Bouton-Durier mourut le 17 octobre i85i .

de ma charge. Monseigneur TEvèque a bien voulu me donner toutes les permissions nécessaires, et c'est vers La Flèctie que j'ai porté mes regards. Vos lettres si bonnes, ma R. M., et le séjour de Mère Pcnil au milieu de nous me faisait regarder la Maison de La Flèche comme plus particulièrement sœur à celle de Vienne. Je ne voudrais pas être un surcroit d'occupation pour vous, ma bonne Mère; mais l'état d'épuisement dans lequel je suis n'exige pas de remèdes ; il demande seulement des soins particuliers; je mène avec moi une de nos Mères qui me servira d'infirmière. Car ce que je demande à votre bonté c'est une chambre où je puisse avoir du l'eu. C'est avec bonheur, ma R. M., que je vais m'édifier auprès de vous et vous porter l'expression des senlimens de toute notre communauté et en particulier de ceux que je vous ai voués dans les cœurs sacrés de Jésus et de Marie.

Votre respectueuse,

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