‹ Le couvent des Filles de Notre-Dame de La Flèche, 1622-1905Chapitre 38 sur 58 · M. L. DURIER · texte numérisé non relu

M. L. DURIER

supérieure.

}[aison de Xoire-Dame, ce 25 septembre 1Si3.

P. -S. — Vous aurez la bonté d'adresser votre réponse à M. l'abbé Prompsault, aumônier de l'hospice royal des Quinze-Vingt, à Paris. Pour remettre à M""" Durier, supérieure de >>'otre-Dame, à Vienne. Il doit me la faire passer avec autre chose.

Ce séjour de la Mère Durier à La Flèche lui permit de confier à la digne Mère Fradin tous les projets que lui suggéraient son zèle et son désir de procurer la gloire de l'Institut. Elle pensait, en efïet, à deux importantes fondations à Paris et à Lyon. Il sufTira, du reste, de citer deux des lettres de Mère Durier pour comprendre ses généreux desseins : tout y est à la louange de notre couvent flécliois, que l'on jugeait seul capable d'alïronter de si périlleuses entreprises.

Voici .sa première lettre, du 9 avril 1844 :

... Vous êtes vraiment trop bonne, ma Révérende Mère, vous avez de moi une opinion beaucoup trop favorable et

que je suis loin de mériter. C'est bien à vous que le bon Dieu a donné tout ce qu'il faut pour travailler efTicacement à sa gloire. Je voudrais être animée de votre esprit, avoir votre zèle, votre dévouement pour tout ce qui tient à la gloire de notre S. Ordre. Les jours heureux que j'ai passés près de vous ont été précieu.x pour moi et je ne puis penser à tout ce que j'ai vu, à tout ce que j'ai entendu dans la chère Maison de La Flèche sans me sentir toute renouvelée dans l'esprit de notre sainte vocation.

Je ne sais trop ce que je pourrai obtenir de la T. R. Mère; je ne sais que penser de son silence, elle n'a point encore répondu à ma dernière lettre, il paroit qu'elle n'en veut tenir nul compte. Je ne lui écrirai que lorsque Mère Pénil aura essayé d'avoir le sentiment îles difTérentes Révérendes Mères. Vous me ferez alors part de vos vues et selon ce que vous me conseillerez, j'agirai, me confiant dans le secours de Marie qui tient en ses mains les cœurs et les volontés. Je ne m'oppose point à ce que vous communiquiez ma lettre au bon M. Garnier. Je sais trop combien nous pouvons nous confier à cet ami sûr et dévoué. Je désire seulement, et je vous prie de bien recommander qu'en tout ce que l'on pourra faire ou dire, je ne sois jamais nommée. Vous sentez, ma Révérende Mère, combien cela est important pour maintenirune correspondance avec la T. R. Mère deMeilhao. Il paroit, ma bonne Mère, que tous les avis ne sont pas les mêmes au sujet de la fondation de Paris. Une personne à qui j'en ai parlé et qui connoit parfaitement ce qu'il faudroit pour une telle fondation, m'a dit qu'avec 200,000 fr. on pourroit avoir un bel établissement. J'ai prié dernièrement un ecclésiastique de Paris de recommander cette œuvre de zèle à M. Dupanloup, supérieur des séminaires de Paris. Du reste, je n'ai pas ramitition de penser que la Maison de Vienne puisse jamais essayer une telle entreprise. Ainsi que je vous l'ai dit de vive voix, celle fondallon doit êlre faile par les Maisons de La Flèche et de Poitiers. Je prie le bon Dieu de vous envoyer des ressources d'argent et de sujets pour une œuvre aussi grande et qui contribueroit si puissamment à la gloire de notre saint Ordre.

Pour ce qui est de la Maison de Lyon, ce projet encore ne peut être exécuté que par le concours des Maisons de l'Ordre. Pour cela, donc, il faudroit se voir, s'entendre, se consulter, sans cela nous ne ferons jamais rien. 11 ne m'est pas plus possible de songera transporter la Maison de Vienne à Lyon que vous ne pourriez abandonner La Flèche pour aller à Paris. Des obligations de reconnaissance nous lient à la

ville de Vienne; d'ailleurs Vienne est une ville de 20,000 âmes et où il y a de grandes ressources. Je voudrois qu'on put fonder une Maison à Lyon mais sans détruire la Maison de Vienne, comme je voudrois encore qu'il vous fût possible de fonder à Paris, mais toujours en conservant la Maison de La Flèche. Si les Communautés du Midi vouloient s'y prêter un peu, oh ! il seroit bientôt facile d'avoir une Maison à Lyon, et alors quel bien !...

Je suis toute triste, ma bonne Mère, de songer au départ de ma bien chère petite sœur Charlier. Cette chère enfant a gagné ici toute l'affection et l'attachement de nos Mères et Sœurs, elle est si bonne, si éditiante, si régulière; c'est un ange que nous vénérons toutes et que nous voudrions voir toujours au milieu de nous. Je sais bien que le sacrifice est assez long et je crois que la bonne petite sœur désire un peu son retour à La Flèche. Je voudrois, ma Révérende Mère, vous rendre cette chère sœur en parfaite santé et je suis peinée de n'avoir pu, malgré nos soins, la fortifier tout à fait. Elle n'est point mal, elle ne souffre pas, elle ne tousse point, elle a assez bon appétit, cependant elle n'est pas aussi bien en ce moment que cet hiver. Je crois que les chaleurs l'éprouvent un peu. Depuis plus de deux mois, je l'ai soulagée de plusieurs surveillances, je craignais que cela ne la fatiguât; puis elle n'est plus habituée au caractère vif et turbulent de nos petites méridionales. Nous n'avons plus d'occasion pour Paris, mais si vous voulez profiter des personnes du midi qui doivent aller h La Flèche, vous voudrez bien me prévenir. Nous tiendrons tout prêt. Que je voudrois qu'il nous fût possible de ne pas nous séparer de notre chère sœur ; il m'en coûtera beaucoup de la voir partir, mais je sais que vous pouvez en avoir besoin.

Je vous prie, ma Révérende Mère, veuillez me rappeler au souvenir de vos bonnes petites malades, dites leur, je vous prie, quelle part je prends à leurs soutTrances et combien je désire leur guérison. Je n'oublie point l'excellente Mère Laroche et Mère Pénil, je leur dis à l'une et à l'autre les choses les plus affectueuses. Je me recommande à vos bonnes prières, ma Révérende Mère, et à celles de toute votre fervente communauté. Hélas! probablement je n'aurai plus le bonheur de la revoir, mais son souvenir me sera toujours cher. Pour vous, ma bonne Mère, je vous reverrai, je l'espère, à la réunion.

Lorsque vous écrirez à la bonne Mère de Poitiers, veuillez

lui dire pour moi les choses les plus affectueuses. Je conserve aussi un bien doux souvenir de toutes nos bonnes Mères et Sœurs de Poitiers. Un mot de cœur je vous prie à Mère Dorveau. Mère Durand, Mère Delmas, Mère de V'ille, Sœur Stanislas, etc., etc. Il me faudrait toutes les nommer, car toutes me sont bien chères!...

Le 18 juin 1846, R. M. Durler écrivait encore cette autre lettre sur le même sujet, la fondation d'une maison à Lyon. Mère Pénil, dont on conservait si bon souvenir à Rome, est priée de vouloir bien user de l'influence qu'elle a pu y garder :

Ma Révérende Mère,

Vous ne me donnez plus de vos nouvelles, mais je viens tout à la fois et vous demander et vous prier en grâce de faire agir en ce moment la bonne Mère Pénil dans l'intérêt de notre chère Compagnie.

Monseigneur de Bonald est à Rome en ce moment. Je voudrois que Mère Pénil écrivit à la Supérieure de notre Maison de Rome, ou à Mère de Clusel pour lui demander en grâce de faire faire plusieurs visites à Monseigneur de Bonald afin de le forcer à aller les voir. Qu'elles disent à son Eminence qu'elles ont appris avec une grande joie que l'on s'occupait de faire une fondation dans sa ville archiépiscopale; qu'elles le prient, qu'elles le conjurent de favoriser cette fondation, de la couvrir de toute sa protection, etc. Il faut que je vous dise, ma bonne Mère, que j'ai eu occasion de me convaincre que le peu de concours que j"ai trouvé dans nos maisons, la lenteur que l'on met à se décider, le peu d'harmonie et d'amitié qu'il y a parmi nous, ont bien changé les dispositions du Cardinal, et il ne nous témoigne plus le même zèle, le même bon vouloir. Si l'on ne se hâte, je suis persuadée que nous rencontrerons auprès de son Eminence des obstacles insurmontables pour la fondation. Et cependant quel besoin n'aurions-nous pas d'une Maison qui en faisant connaître notre saint Institut put lui donner en même temps comme une nouvelle vie!... On ne songe plus à nous, ma bonne Mère, nous allons infailliblement périr si nous ne nous hâtons de faire un nouvel effort de zèle et d'énergie. Les Dames de la Visitation, qui cependant sont bien moins que nous à la hauteur de l'époque, se soutiennent et s'étendent parce qu'il

y a chez elles unité, concours pour le bien de TOrdre entier. Elles viennent de fonder une maison à Grenolîle. Le Sacré- Cœur vient aussi d'être appelé à Grenoble pour s'agréger les Dames de Saint-Pierre, établissement magnifique qui périssoit faute de sujets. Le supérieur de cette Maison, Monseigneur de Grenoble lui-même, m'avoit plusieurs fois manifesté le désir que ce fussent les religieuses de Notre-Dame qui remplaçassent les Dames de Saint-Pierre; mais quand est venu le moment de se décider, on a trouvé que notre Compagnie étoit trop peu connue, pas assez en rapport avec les besoins actuels.

Je ne puis vous dire, ma jjonne Mère, combien mon cœur soufTre en voyant d'une part, la gloire que notre saint Ordre serait appelée à rendre à Dieu, et de Tautre, l'espèce de nullilé oiî il se met dans l'Eglise pour ne vouloir pas faire le plus petit mouvement.

Je vous en prie, ma bonne ?*Ière, écrivez à Bordeaux; ne nous lassons pas; pressons, conjurons : peut-être à la lin se décidera-t-on à fixer l'époque prochaine de la réunion.

Inutile de vous dire, ma digne Mère, votre prudence le comprendra assez, qu'il ne faut pas que nos Mères de Rome laissent apercevoir que nous leur avons écrit pour les prier d'intéresser le Cardinal non seulement en faveur de la fondation de Lyon mais encore pour qu"il soit le protecteur de rOrdre entier en Francp. Qu'elles l'intéressent aussi pour la cause de notre Vénérable Mère. Qu'elles lui témoignent une grande confiance, qu'elles lui parlent comme attendant tout de sa haute proleclion.

Donnez-moi bientôt de vos nouvelles, ma bonne Mère et de celles de toutes vos chères malades. Mère Pénil na-t-elle plus les fièvres? soeur Stanislas est-elle remise, etc., etc.? Et Mère Laroche, et Mère Delmas comment vont-elles? Veuillez, s'il vous plaît, me rappeler au souvenir afl'eetueux de toutes nos bien chères Mères et Sœurs de La Flèche.

A Dieu, ma Révérende Mère, je vous écris bien à la hâte, excusez-moi je vous prie et croyez-moi toujours dans le Cœur de Marie

Cette réunion, dont parlait la R. M. Durier, eut lieu à Bordeaux en août IS'iG. La H. Mère Fradin s'y rendit le 24, avec Mère Pénil et Sœur Stanislas Delaunay.

Un appel avait été fait à toutes les supérieures de l'Ordre afin d'aviser aux moyens d'établir l'uniformité entre toutes les maisons.

Au bout de trois semaines, nos religieuses rentrèrent à La Flèche, ramenant avec elles la Mère Corties, de Masseube, et la sœur Maraudel, de Pamiers. Les supérieures de ces Maisons désiraient faire étudier les usages d'une communauté nombreuse et anciennement établie, et l'ensemble d'un pensionnat bien réglé. Elles voulaient aussi faire acquérir à ces deux religieuses des connaissances utiles qu'elles pourraient porter ensuite dans leurs Maisons.

On comprend alors comment le couvent de La Flèche acquit une grande réputation dans tout l'Ordre, et pourquoi les autres communautés lui demandèrent des sujets : toutes voulaient établir chez elles les usages et mode d'instruction de notre couvent. Pendant douze à quinze ans, ces voyages se sont multipliés.

Non seulement on demandait à La Flèche des supérieures pour former des religieuses, mais on lui réclamait encore des maîtresses pour l'enseignement : c'était le plus bel éloge que l'on pouvait faire des mérites, des talents, des vertus des Sœurs de i'Ave.

Ainsi, le couvent de Notre-Dame de Pamiers, voyant (( baisser chaque jour dans l'estime publique » son pensionnat de jeunes filles, reconnut qu'il fallait appeler des religieuses de quelque autre maison pour le çliriger. C'est pourquoi, le 24 juillet 184G, le vicaire

général de l'évèque de Pamiers demande à la R. M. Fradin a de vouloir bien concéder à la communauté deuT sujets pour la direction du pensionnat. L'une des deux religieuses devait être un peu ancienne, pour se rendre utile, au besoin, dans un emploi supérieur. »

Cette pressante supplique fut appuyée par M'' Bouvier lui-même, qui, en la transmettant, le 4 août, à Mère Fradin, lui disait : « Si vous pouvez, ma Révérende Mère, aller au secours de votre monastère de Pamiers, ce sera un acte de religion, de charité, de zèle et de dévouement propre à honorer l'Institut et votre maison en particulier. Je vous autorise donc à entrer en négociation à ce sujet et à faire ce que la prudence peut permettre de tenter, sans compromettre l'existence de votre maison, ni même sa prospérité. »

Mère Fradin devait entendre cet appel, et elle y répondit favorablement, puisque le vicaire général de Pamiers la remercie dès le 20 août suivant.

Je vous dois bien des remercimenls, dit-il, pour la bonté avec laquelle vous avez bien voulu accueillir ma demande en faveur des bonnes religieuses de Notre-Dame de Pamiers. ^Monseigneur l'Evêque est très sensible à votre bienveillance, nous avons engagé notre Sœur supérieure à se rendre à la ■réunion de Bordeaux vers la mi-septembre. C'est là que vous pourrez vous concerter pour l'envoi du sujet que vous voulez lui prêter. Cette bonne Mère, infirme et souffrante, se décide à faire le voyage ; et que n'entreprendrait-elle pas pour l'intérêt et le bonbeur de sa communauté! L'espoir que vous nous avez donné la pénètre de joie et double sa force. C'est véritablement un des plus signalés services que votre charité va nous rendre. Le pensionnat du couvent sera réformé, et reprendra son ancien éclat, les deux sœurs que nous attendons le mettront en peu de temps sur le pied de celui tie La Flèche. La bonne sœur que vous recevrez en échange ira se perfectionner sous votre direction, pour nous revenir plus tard formée par vos soins. Quel bienfait vous

accordez, ma Révérende Mère, à la Maison de Pamiers, qui vous est chère et tendrement dévouée 1 Je puis vous assurer de toute sa reconnaissance el Je me joins volontiers à notre Supérieure et à toutes nos Sœurs pour vous prier d'en agréer Thommage.

L'année suivante, Poitiers réclama à son tour une maîtresse : Mère Matliilde Huet, dite Xavier, fut envoyée le S octobre 1847.

Cette renommée universelle, notre couvent la devait assurément à sa R. M. supérieure. Mère Fradin.

Elle compreuait, en effet, que chaque époque a ses exigences, que le cercle détudes demandées aux jeunes fdles s'agrandissait de jour en jour. Elle le comprenait parfaitement, et, appréciant tout ce qu'il y a de juste dans ces exigences, elle ne négligea rien pour mettre ses Filles en état de donner une éducation convenable aux jeunes personnes qui leur seraient confiées.

Elle ne se bornait pas à exercer ce zèle dans sa maison. Son amour pour tout l'Ordre lui faisait communiquer ses idées si droites aux nombreuses maisons qui aimaient à entrer en relations avec elle. Elle ne cessait de les encourager à marcher dans cette voie, pour bien remplir le but de l'Institut.

Ce qu'était le pensionnat de VAve, nous pouvons le voir dans ces deux documents de nos deux historiens fléchois, MM. J. Clère et Ch. de Montzey :

Nous renvoyons, dit M. J. Clère, au programme d'admission au pensionnat de Notre-Dame de La Flèche pour les détails que nous omettons ici. Grâce à cet établissement, dont la tenue et l'enseignement peuvent rivaliser avec ceux des Pensionnats du Sacré-Cœur et des Maisons succursales

de la Légion d'Honneur, r.iiTondissement de La Flèche et même le département de la Sarthe ont peu à désirer pour l'instruction des jeunes filles; car, dans cette maison religieuse de Notre-Dame (elle compte en ce moment 50 dames religieuses, 80 demoiselles pensionnaires et 300 externes à récole primaire gratuite) dont nous n'avons pu dire qu'une partie des mérites, elles apprennent à être, ce que, dans le monde où elles doivent vivre, on aime surtout à les voir; pieuses sans exagération, instruites sans pédantisme, aimables avec modestie et douces de ces qualités intimes, qui ajoutent toujours aux grâces extérieures, qui font que la jeunesse est vraiment la fleur de la vie, et la beauté de la figure le reflet de la beauté morale et le naturel épanouissement de la bonté du cœur.

Voilà, par ailleurs, la lettre que M, de Montzey écrivait à Mère Fradin pour la remercier des soins donnés à sa fille :

Madame,

Notre fille va sortir du saint asile qui a protégé les premières années de sa jeunesse et oij elle a revêtu pour toujours cette armure qui avec l'aide de Dieu la préservera des dangers du monde. Avant donc qu'elle reçoive votre dernière bénédiction, nous aurions bien voulu vous témoigner de vive voix toute notre reconnaissance en vous priant d'être notre interprète auprès de toutes ces Dames, qui pendant 8 années ont comblé Antonie de soins incessans.

Nous vous ayons donné une jeune enfant faible et délicate, dont la santé et le système nerveux demandaient de grands ménagemens et des attentions particulières : vous avez hésité peut-être dans ce moment à assumer sur vous une pareille responsabilité; et cependant vous nous rendez maintenant une jeune fille pleine de vie et de force, aimant le travail et la vertu, et devant par ces aimables qualités contribuer au bonheur de la famille. Ne devons-nous pas en croire surtout les regrets, qui vont la suivre hors de ce couvent, vers lequel se tourneront toujours ses plus douces pensées ? Vous avez montré, encouragé et appuyé le désir qu'elle a elle-même exprimé à Monseigneur, et les privalions, qu'il a cru lui imposer, disparaîtront complètement dans son esprit vis-à-vis des jouissances, que son autorisation lui prépare.

Dans robtenlion de celte faveur, nous avons vu une preuve de plus de voire altachemenl pour elle, et toute expression de notre part serait bien au-dessous des sentiments (jui remplissent notre cœur.

Veuillez donc ne jamais douter de notre entier dévouement et de mon empressement non seulement à vous être utile par tous les moyens que la Provitlence a mis entre mes mains, mais encore à reconnaître de mon mieux les hautes marques de conliance, dont vous m'avez honoré.

Si maintenant il est permis à l'homme, revêtu d'un caractère académique, de prendre un instant la ])l;ice du père, il dira, ainsi qu'il s'est plu à le répéter oriiciellementailleurs, que nulle part on ne trouvera des études plus suivies, et surtout cette grande science, qui, à elle seule, l'ait des savans, celle, qui consiste à savou^ qu'on ignore encore, qui fait rechercher avec ardeur les moyens d'arriver le plutôt et le mieux à cette instruction, qui, toujours ascendante, ne permet plus le repos et l'inaction.

Veuillez, Madame, recevoir, ainsi que toutes ces Dames, l'assurance de notre entier dévouement et du profond respect avec lequel je suis

Votre très humble et très respectueux serviteur.

DE MONTZEY.

La Flèche, 3 août 1851.

Ailleurs, ce ne sont plus des maîtresses que l'on réclame, ce sont des entants que l'on envoie à La Flèche pour y être formées, cette lettre de Mère Nolé ou Sœur Augustin, supérieure de Narbonne, nous en est la preuve la plus précieuse :

Narbonne, 9 octobre I8i2.

Ma Révérende Mère,

Serez-vous assez bonne pour me pardonner d'avoir laissé écouler un si long espace de temps sans me procurer le bonheur de vous écrire? Et puis-je me tlatter, bonne Mère, que vous daignerez accueillir ma prière? Oh! oui, j'en suis assurée; car, il s'agit de propager, à la gloire de Jésus et de

Marie, l'excellente éducation que reçoivent dans votre pensionnat les jeunes personnes qui vous sont confiées.

Voici : deux de nos élèves qui aspirent à notre saint état iront, si vous l'agréez, grossir le nombre de vos pensionnaires, et, après avoir passé chez vous le temps nécessaire à compléter leur instruction, elles viendront communiquer à leurs anciennes condisciples les avis et les leçons que vos vertueuses maîtresses leur auront donnés.

Ces deux enfants sont pieuses, remplies de bonne volonté, leur santé est bonne, et le Seigneur les a douées de quelques moyens. C'est la communauté qui se charge, au moins en partie, de les faire élever, mais n'importe; nous sommes disposées à faire des sacrifices, afin d'avoir des maîtresses qui puissent obtenir un jour la confiance entière des Narbonnais, qui désirent ardemment que nous donnions une éducation brillante à leurs enfants. Je les rendrais contents comme des bienheureux si je pouvais adhérer aujourd'hui même à leur désir, mais il nous faudrait, chère Mère, un sujet tel que vous les avez dans votre communauté. Ah! si vous pouviez nous le céder, au moins jusqu'à la rentrée de nos petites aspirantes, ma reconnaissance pour vous, pour votre Maison, pour tous ses membres serait éternelle... Notre tourière qui accompagnera jusqu'à La Flèche nos chers enfants pourrait nous accompagner votre fille et vous la rendre, si vous le jugiez à propos, lorsqu'elle ira reprendre les nôtres.

Veuillez, bonne Mère, me dire le prix de la pension et me faire le détail du trousseau, du costume, des livres, et par quel auteur... quelque chose de particulier à l'excellente Mère Pénil et à sa bonne Sœur

La bonne direction de Mère Fradin avait opéré tous ces prodiges. Malheureusement, cette digne supérieure qui avait eu tant de peine à établir le double édifice spirituel et matériel de sa communauté, n'eut pas le bonheur d'introduire ses filles dans les nouveaux bâtiments. Elle mourut le 24 août 1853.

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