‹ Le couvent des Filles de Notre-Dame de La Flèche, 1622-1905Chapitre 41 sur 58 · MÈRE LAUMONIER, SUPÉRIEURE · texte numérisé non relu

MÈRE LAUMONIER, SUPÉRIEURE

L'Ouvroir. — Adoption des Anneaux. — Guérison de Sœur Muzet. — Visite de Monseigneur Pie. — Les Prussiens à La Flèche.

« Zelus domus Dei comedit me ». Cette parole du Psalmiste fut, pendant près de cinquante ans, « la maxime dont la Mère Laumonier a fait sa règle de conduite, le moteur qui l'a soulevée pour accomplir une série d'œuvres entreprises avec générosité, pour-

suivies avec constance et soutenues au prix d'une courageuse abnégation ».

Augustine Laumonier naquit, en 1814, à Beauforten- Vallée (Maine-et-Loire). Orpheline de bonne heure, elle lit ses études à Angers où résidait son tuteur. Ses études terminées, elle se retira à La Flèche, chez une de ses tantes. Sa vocation eut quelque chose de surprenant : (( A vingt-quatre ans, disait-elle, je ne connaissais pas ma vocation et six mois après j'étais au couvent. » Elle y entra le 21 novembre 1838.

Lorsque la Mère Delmas se démit de sa charge, Mère Laumonier, élue à sa place le 9 septembre, fut la seule à être étonnée de son élection : ses compagnes connaissaient ses vertus , ses talents et l'avaient nommée à bon escient..

Résumons les événements qui se déroulèrent pendant les dix-sept années de son supériorat.

Au mois de février 1822, le nouveau sous-préfet, M. Vignolles, accompagné de M. GroUier, récemment élu maire, et des deux adjoints, vint faire sa visite à l'Ave. (( Ces Messieurs témoignèrent beaucoup d'intérêt à nos enfants, tant des classes que du pensionnat; ils louèrent l'ordre, la propreté, et constatèrent, par des questions sur le catéchisme, la grammaire, l'arithmétique, la lecture, etc., le zèle des maîtresses et l'application des élèves; ils adressèrent aux enfants de très bienveillantes paroles, leur recommandant le respect, la docilité, la reconnaissance envers leurs maîtresses. M. le Maire surtout paraissait très content

et plein de sympathie pour tout ce qui l'entourait. » Après le départ des visiteurs, la fille du Sous-Préfet, charmante enfant de six ans, vint elle-même faire une abondante distribution de gâteaux aux enfants des classes.

Le l»^^ juin i8G3 s'établit un ouvroir. La Mère Laumonier, donnant libre cours à son zèle et à son attrait pour l'éducation des enfants, « voulut atteindre une catégorie de jeunes filles sur lesquelles son influence ne s'étendait pas jusqu'alors. Préoccupée avec raison des dangers que courent nos enfants de l'école gratuite dans la plupart des ateliers, elle créa un ouvroir où, en leur apprenant à travailler, nous continuions à fortifier les principes chrétiens inculqués dans le cours des classes. Au début, les difficultés surgirent de tous les côtés à la fois )). Cet ouvroir provoqua un vif mécontentement et de violentes réclamations parmi les ouvrières de la ville, mais l'intrépide supérieure ne se découragea pas pour cela, et, sous son impulsion, l'œuvre prospéra et fit beaucoup de bien. Les jeunes filles sortant des classes gratuites passèrent plusieurs années à l'ouvroir, s'y formèrent à la piété, et un certain nombre d'entre elles embrassèrent la vie religieuse. Elles y furent quelquefois de vingt à vingt-cinq. Cet ouvroir fut supprimé vingt ans après par M'" d'Oultremont, qui le trouva onéreux pour la Maison; le personnel des maîtresses manquait aussi. Le mois de Marie de 1863 fut terminé par une touchante cérémonie : la bénédiction et l'adoption des anneaux. Notre-Dame de La Flèche était une des communautés qui n'avaient point conservé l'usage de l'anneau. Elle voulut se conformer aux habitudes des

autres maisons, et, le 31 mai, raumônier, après la sainte messe, bénit les anneaux et les distribua à la grille; il avait auparavant prononcé une petite allocution de circonstance.

C'est dans cette année que le sanctuaire de la chapelle reçut les quatre statues destinées à garnir les quatre niches restées vides depuis la construction. Ces statues, hautes de deux mètres, représentent quatre fondateurs d'ordres religieux : « saint Benoit et saint Ignace, qui sont nos pères, saint Dominique et saint François d'Assise ».

Le 17 août 1864, Sœur Eugénie Vielle partit pour Saint-Flour, où la communauté de Notre-Dame la demandait instamment « pour établir le règlement et les usages de notre pensionnat et former les maîtresses ». Son séjour s'est prolongé de dix-huit mois. Elle quitta Saint-Flour, emportant les regrets et l'affection de toutes, et, depuis lors, les rapports entre les deux communautés ont toujours été des plus cordiaux. « Nos Mères de Saint-Flour n'ont cessé de nous parler de la reconnaissance qu'elles nous gardent pour ce service rendu ».

Trois jours après eut lieu, à l'infirmerie, la cérémonie de profession d'une novice, gravement atteinte de phtisie et d'hydropisio, c'était Julie Muzet, sœur de M. le Curé de Sainte-Colombe. Un mois plus tard, cette bonne Sœur, après une neuvaine à la Vénérable Jeanne de Lestonnac, se trouva complètement guérie, au dire de tous les médecins.

Au mois d'octobre avait lieu la consécration de la nouvelle église de Sainte-Colombe; cinq prélats y vinrent assister : les évèques de Poitiers, Car-

cassonne, Laval, Le Mans, et Doni Guéranger, abbé de Solesmes. iW Pie, pendant tout son séjour à La Flèclie, fut l'hôte de ïAve. Sur la demande de Mère Laumonier, il reçut les vœux d'une novice et donna le voile à trois postulantes ; il prononça auparavant l'un de ces pieux et éloquents sermons dont il avait le secret. Le Sous-Préfet, le Maire et les adjoints assistaient à la cérémonie.

Après le déjeuner qui Ta suivie, tous les Evêques

entrèrent avec leur suite dans la communauté, qu'ils visitèrent, ainsi que le pensionnat. Ils constatèrent la guérison de sœur Muzet, et en félicitèrent son frère.

Cette guérison amena à La Flèche, Tannée suivante (12 octobre 1865), M«' Galla, postulateur de la cause de la Vénérable Mère. Il passa deux fois à l'ire pour faire son enquête.

Le 20 janvier 1S6G, première grande adoration solennelle.

Le 4 octobre, première visite de M. Chevereau,

vicaire générai, nouveau supérieur de Notre-Dame. En mars, l'année suivante, il y passe trois jours pour examiner les enfants des trois premières classes, faire la visite régulière, présider les élections (24 mars) et une prise d'habit.

Le 22 juin 1868, a grande adoration, magnifique décoration, vingt mille roses blanches ».

Le 28 septembre 1869, visite de M^' Fillion qui accorde des indulgences à l'oratoire, situé entre les serres.

M. l'abbé Montauzé est envoyé à Notre-Dame le 19 novembre, comme second aumônier, pour suppléer M. Loiseau, trop malade pour continuer ses fonctions.

Dans les années qui ont précédé la guerre, Notre- Dame avait continué de prospérer, a Son personnel s'était très heureusement accru, et ses étabUssements recevaient un grand nombre d'élèves. Plusieurs jeunes anglaises lui avaient été amenées comme pensionnaires. Afin de rendre les murs de leur enclos plus conformes aux lois de la clôture, nos Mères les firent reconstruire ».

Au mois de mars 1870, mourut leur digne aumônier, M. l'abbé Loiseau, qui, depuis vingt-sept ans, consacrait sa vie au service de la communauté avec un dévouement absolu. Afin d'accomplir ses dernières volontés, les religieuses demandèrent et obtinrent les autorisations nécessaires pour l'inhumer dans leur chapelle des Enfants de Marie ou de Notre-Dame des Victoires. Les obsèques eurent lieu le 28 mars.

Peu de mois après commencèrent les désastreux

événements de la guerre de 1870. Les religieuses, fortifiées par une bonne retraite, que leur prêcha le R. P. Stanislas, franciscain, a se résolurent à ne pas quitter leur chère clôture, lors même que les Prussiens entreraient dans la ville ».

(( Cependant, des convois de blessés arrivaient à La Flèche, notre communauté avait offert ses parloirs et ses appartements extérieurs pour faire une ambulance ; le G décembre, les blessés y étaient installés. Monseigneur du Mans crut que les obligations exceptionnelles, où Ion se trouvait, autorisaient une dérogation aux lois ordinaires de la clôture ; il donna à quelques religieuses, désignées par Mère Laumonier, la mission de soigner les blessés, en observant la demi clôture en usage dans les classes gratuites. Une pieuse demoiselle de Paris, reçue dans la Maison à la recommandation du P. Stanislas, se dévoua également à cette œuvre. Le médecin offrit ses soins assidus et complètement désintéressés.

(.( De bien douces consolations ont récompensé la charité de nos chères sœurs : deux de leurs blessés sont morts après avoir reçu les derniers sacrements dans les meilleures dispositions; plusieurs communièrent à Noël, et tous s'approchaient de la Sainte Table avant de partir.

« Cependant, les Prussiens approchaient de La Flèche, on s'elïrayait dans la ville. Tremblant pour leurs jeunes filles, beaucoup de parents crurent qu'elles seraient plus en sûreté sous la garde de nos religieuses ; on leur en amena plus de cinquante. Il fallut, en un jour, disposer les appartements pour un deuxième pensionnat.

Enfin, le 17 janvier au matin, à la surprise générale, le canon se fit entendre ; on ne craignait point de combat puisque la ville n'était pas défendue, et par sa situation même n'était pas défendable.

Des mobiles de Maine-et-Loire firent quelque résistance à l'entrée de la ville, du côté de Saint-Germaindu-Val. Les Prussiens avaient établi leurs batteries sur les collines qui dominaient Saint-Germain, et les compagnies descendirent dans la plaine. C'est dans ce combat, de courte durée, du reste, que l'organisateur de la défense, Richard, un jeune prytanéen, trouva une mort glorieuse. Une plaque de marbre, posée sur le mur qui borde la route, marque l'endroit où il est tombé, et M. Grès, le peintre historien de notre Collège, a immortalisé ce beau fait d'armes dans un superbe tableau que conserve notre musée.

Les Prussiens entrèrent en ville, mais ne frajichirent point le seuil de nos communautés ; l'armistice vint nous délivrer de leur présence. A Notre-Dame, leur départ fut célébré le l^"^ février par le son de toutes les cloches, restées muettes pendant l'occupation.

Ce qu'il faut admirer ici, c'est la régularité de vie religieuse qui persista à Notre-Dame tout le temps de la guerre. Le règlement du Pensionnat fut lui-même observé mieux que jamais. On sentait sensiblement dans la Maison la protection de la Très Sainte Vierge et aussi celle du Sacré-Cœur de Jésus.

« Le 20 janvier, pendant que les Prussiens s'installaient à La Flèche, toutes les religieuses, les élèves et les jeunes filles, réfugiées dans le couvent, se réunirent au chœur, tandis que les blessés en état de

marcher, les enfants des classes et les domestiques se rendaient dans la chapelle extérieure. On avait placé une statue du Sacré-Cœur devant la grille, et l'aumônier s'y trouvait. La Révérende Mère supérieure prononça à haute voix un acte de consécration qui mettait sous la protection du Divin Cœur toutes les personnes présentes et leurs familles. »

Le Sacré-Cœur eut pour agréable cette consécration et il protégea visiblement celles qui s'étaient mises sous sa sainte garde.

Le 30 mai 1871, M"' Fillion vint à VAve, confirmer seize élèves et présider deux vètures et deux profes- •^*^- sions. Le lende-

main, il bénit deux groupes de statues placées dcins l'enclos, sous deux petits chalets; l'un de ces groupes est composé d'un saint Joseph, du Sacré-Cœur, ayant à ses côtés saint Pierre et saint Paul; l'autre est formé des statues de saint Michel et de l'Ange gardien, avec Notre-Dame du Sacré-Cœur au milieu. Le 19 juin, c'est M^' Freppel, évêque d'Angers, qui venait à son tour visiter Notre-Dame.

En 1872, le 22 novembre, bénédiction de la chapelle du Sacré-Cœur, faite pour l'accomplissement du vœu de l'année précédente, pendant l'invasion prussienne. Cette chapelle, qui se trouvait au fond de la chapelle de la Salette, est devenue, depuis 1900, la chapelle de la Bienheureuse de Lestonnac.

Les élections du 24 mars 1873 furent marquées d'un fait très important dans les x^nnales de l'Ordre. Sur la demande des conseillères, et sur les désirs de l'aumônier, Monseigneur décida que les sœurs tourières, faisant les mêmes vœux que les sœurs compagnes, sauf celui de clôture, recevraient l'habit et prononceraient leurs vœux comme celles-ci, avec solennité. Cet usage existait dans un certain nombre de nos communautés, et Monseigneur parut surpris qu'il ne fût pas en vigueur ici.

Le 7 mars 1875, première visite de M^' d'Oultremont, nouvel évêque du Mans.

La Mère Dehnas étant morte le 10 décembre 1875, les Mères de La Flèche se virent dans la nécessité de rappeler la Mère Bafïour, qui était partie pour Bordeaux avec la R. M. Dorveau, en 1855. Elle rentra le 11 janvier 1876.

En novembre, visite du sous-préfet, M. Bousquet- Folty, et du maire, M. de Lamandé. Ils inspectent les élèves, les classes, les dortoirs, en louent la beauté, le bon air, la propreté, etc. ; ensuite, ils parcourent quelques parties de la communauté, la salle commune, le réfectoire, la cuisine, etc.

Sur l'ordre de M"'' d'Oultremont, le R. P. Gaudicheau, S. J., donna, le 31 août 1878, un coutumier et de nouveaux règlements à la communauté et au pensionnat.

Peu de temps après, la 1{. M. Laumonier, déjà sexagénaire, sollicita et oi)lint de l'Evèque d'être déchargée du fardeau de la supériorité, et ce fut Mère Launay qui fut élue le 31 décembre 1878.

Pendant onze ans, la digne Mère Laumonier édifia encore ses chères compagnes, et elle décéda pieusement le 1[ décembre 1889.

§ IV

Page 1