MÈRE LAUNAY, SUPÉRIEURE
MÈRE BAFFOUR, SUPÉRIEURE (1886-1891)
Mère Launay et les Etudes — Troisième Centenaire des Congrégations de la Sainte Vierge.
Hortense Launay, née à La Flèche, le l'"^ mai 1815, fut baptisée le même jour à Saint-Thomas. Son père avait épou.sé M'^° Anastasie Voisin. Hortense commença ses études comme externe, chez M"" Mercier, vertueuse maîtresse qui prépara admirablement sa petite élève à sa première communion.
(( Le couvent de Notre-Dame commençait alors à renaître de ses ruines, et couiptait une vingtaine de pensionnaires ; Hortense désirait ardemment venir augmenter ce nombre, mais ses parents s'y o|)posaient. Elle sut, dès lors, intéresser à sa cause un ami de son père, M. Dorveau , qui venait de donner sa tille, Rosalie, pour être novice de VAcc; il gagna
M. Launay, et tous les deux vinrent la présenter à la supérieure, Mère Piveron : c'était en 1829.
(( Elle reçut dans cette Maison de Notre-Dame, l'éducation littéraire et religieuse qui, depuis plus de deux siècles, y est distribuée avec tant de dévouement, puis elle rentra quelque tenq)s dans le monde. Peut-on dire rentrer? non, car son àme resta toujours orientée vers ce pieux asile de Notre-Dame, et dès qu'il lui fut permis de suivre son attrait, elle vint chercher l'abri que désirait son cœur... d (1).
La vocation, qui était en germe dans cette jeune àme, y grandit peu à peu, et triompha de tous les obstacles : la lutte fut longue, douloureuse, mais le succès final n'en fut que plus éclatant et plus précieux. Je ne veux point rappeler ici les saintes et fructueuses années que passa la Mère Launay au couvent ; années fructueuses, en effet, autant pour la communauté que pour elle. Toutes ses supérieures, sachant apprécier ses mérites et ses vertus , s'appuyèrent sur elle pour, avec son aide, porter le lourd fardeau de la supériorité.
Il est inutile de dire ce qu'elle fut comme maîtresse des novices, pendant vingt-six ans : l'admirable formation de nombre de religieuses que l'on chasse aujourd'hui, prouve amplement la sûreté de sa direction, comme la sagesse de son jugement.
La surdité dont elle était atteinte lavait tenue éloignée de la charge dont ses vertus la rendaient si digne, lorsque le 31 décembre 1878, elle fut appelée à remplacer la IL M. Laumonier : ce jour-là, dans la
(i) Discours de M. le chanoine Rousseau, archiprêtre de Saint- Thomas, prononcé aux obsèques, et reproduit dans Vi^clio du Loir.
communauté, une seule personne ne fut pas contente, ce fut l'élue.
« Unissant à la fermeté une suavité rare, cette Révérende Mère, par les pieuses exhortations qu'elle adressait à la communauté, y maintenait l'esprit religieux et ranimait la ferveur... Que d'àmes n'a-t-elle pas fortifiées, soutenues, dans le sentier parfois si ardu de la perfection. »
La question des études, à l'époque où nous vivons, s'impose avec des exigences démesurées; mais le bien est à ce prix, et le but de l'Institut doit être atteint, malgré les ditlicultés. La nouvelle loi scolaire de 1880 exigeait les brevets de capacité. « La Mère Launay s'etïorça d'encourager le labeur de ses chères Filles qui se préparaient aux examens, et elle eut le bonheur de les voir réussir. Au mois de juillet 1881, trois religieuses ont donc franchi la clôture pour aller à Alençon recevoir le brevet élémentaire; sept autres les suivirent à de courts intervalles. Enfin, quatre d'entre elles subirent avec succès les épreuves du brevet supérieur.
Les maîtresses étaient en règle au regard de la loi, qui prétend sans doute que le diplôme doit tenir lieu de talents et d'aptitudes. Nos Filles de Notre-Dame montraient depuis des siècles que le diplôme n'est pas nécessaire pour former les jeunes cœurs et ouvrir les intelligences.
Un des grands événements du gouvernement de Mère Launav fut la neuvaine en l'honneur du troi-
sième centenaire des Congrégations de la Sainte- Yierge. Je laisse ici la parole à une narratrice qui assista aux fêtes et nous en peut donner une vivante description (1).
« C'est le 16 octobre dernier que commença, dans la chapelle du couvent de Notre-Dame, la célébration du troisième centenaire des enfants de Marie.
« Le couvent de Notre-Dame est la maison de Marie, et les saintes fdles qui, avec un dévouement absolu, se consacrent à la belle et rude tâche de l'éducation, attendaient, en comptant les jours, cette occasion si rare et si solennelle de célébrer les vertus de Celle qui est leur modèle et leur mère, et de donner à Marie un gage éclatant de l'afïection profonde et sincère dont leurs cœurs sont remplis pour Elle.
(( Dans leur joie, elles eussent voulu s'entourer de toute leur famille, de toutes leurs élèves, celles d'aujourd'hui, d'hier et d'autrefois; mais la maison eût été trop petite, et il fut convenu que les élèves d'aujourd'hui et d'hier entreraient d'abord, et que celles d'autrefois seraient admises aussi, mais au grand jour de la clôture des fêles du cenlenaire.
(( Quand il s'agit de fêtes mondaines, c'est l'extérieur que l'on soigne, parce qu'il sufïit d'y plaire aux yeux, et que les yeux ne lisent pas au fond des cœurs. Dans les fêtes religieuses, il en est tout autrement, c'est à Dieu qu'il faut plaire, et Dieu voit jusqu'aux plus secrètes de nos pensées : c'est donc l'intelligence, le cœur et la volonté qu'il faut purifier d'abord, si on veut lui être agréable; les plus belles apparences ne
(i) Ce récit parut dans la Semaine religieuse du diocèse du Mans, du igdécenibre i883,
sont rien pour lui, à moins qu'elles ne soient les signes visibles dune ànie plus belle encore. C'est pourquoi les fêtes du centenaire furent ouvertes par une neuvaine, que prêcha M. l'abbé Condamin, chanoine de l'Eglise de Lyon, professeur à l'Institut Catholique de Lyon, qui, chaque soir, dans une belle allocution, développa un des titres de la reine du Ciel, choisi entre les plus glorieux; ses paroles touchantes et persuasives apportaient tous les jours parmi nous plus de recueillement et de piété. De très beaux chants venaient encore exciter un saint enthousiasme ; les anciennes élèves prêtaient gracieusement leur concours, de sorte que. chaque matin et chaque soir, les voûtes de la petite chapelle retentissaient des gloires de Marie. On a surtout admiré de belles litanies, et, le jour de la clôture, après la messe de communion, un cantique rendu avec âme et piété, a profondément ému les assistants. C'est le ravissant dialogue sur l'Eucharistie, entre le Chérubin et l'Ame.
« On se préparait avec ferveur à célébrer Marie et quand nos cœurs, purifiés par la pénitence et sanctihés parla présence de Jésus, furent plus dignes d'elle, alors les portes s'ouvrirent, nos sœurs vinrent avec nous se joindre à nos chères religieuses, et les congréganistes des paroisses de La Flèche et des environs grossirent encore le cortège!...
« Au signal convenu, plus de cinq cents personnes tenant toutes à la main un cierge allumé, sortirent de l'église ([ui, pour la circonstance, avait été magnifiquement ornée, et dont les voûtes disparaissaient sous des draperies de feu : la procession s'avança à travers les jardins et le parc. Le temps était superbe, le décor
splendide, la foule recueillie et énuie..., partout des lumières..., et dans leur éclat, de distance en dislance, des chapelles, stations brillantes, racontaient les gloires de Marie. Ici, l'on remarquait un charmant autel dédié à Notre-Dame de Lourdes, entouré des monogrammes étincelanls de la Vierge et du Christ ; là, un buisson aux feux de mille couleurs, surmonté d'un superbe « Maria » plus éclatant encore ; plus loin, apparaissait une chapelle de Notre-Dame des Victoires, qui semblait recouverte de pierreries et de diamants; çà et là, des arcades superbement décorées, aux côtés desquelles flottaient de blanches oriflammes. Tout ce parcours s'effectua sous une voûte scintillante, et ce qui le rendit encore plus solennel, ce fut l'éclat des voix harmonieuses redisant avec transport les cantiques et les plus belles hymnes de la Vierge. Après un moment de silence, le nom de Lourdes retentit, et l'on vit en même temps une grotte ravissante où le pittoresque et l'art s'étaient donné rendez-vous. A peu de distance, une chapelle rustique de Notre-Dame de la Salette, près de laquelle on chanta encore, et là, un écho lointain répéta gracieusement et avec fidélité les paroles qu'il venait d'entendre!... La procession se rendit dans la cour des cloîtres de la communauté; ici, plus que partout ailleurs, la marche était imposante, les décorations magnifiques, les illuminations sans nombre.
« M. l'Archiprètre de La Flèche bénit solennellement une belle statue du Sacré-Cœur nouvellement élevée. M. Condamin improvisa une touchante consécration et tous les cœurs émus répétèrent à la fois : grâces... bénédictions... pardon!... En rentrant à la
chapelle, une douce et puissante émotion vint saisir tous les cœurs : Marie Immaculée apparaissait sur un trône resplendissant d'or et de lumières. Il nous sembla alors que cette bonne Mère souriait à ses enfants et qu'en leur faveur elle soulevait un petit coin du voile qui dérobe les splendeurs du Ciel. Aussi, bien des larmes coulèrent lorsque notre éloquent prédicateur, se faisant l'interprète de nos sentiments, consacra tous nos cœurs à notre auguste Reine dans une touchante improvisation.
« Cette cérémonie se termina par un salut solennel du Saint-Sacrement, où Notre Seigneur vint à son tour nous bénir! ..
« Qu'elle fut courte cette journée que nous ne verrons plus!... Courte comme un bonheur de la terre!... Mais que de souvenirs elle a laissés dans les cœurs! On parlera longtemps de l'ordre parfait, du goût exquis qui ont présidé à l'organisation de cette belle fête, et des émotions profondément religieuses qu'en ont emportées les personnes présentes.
« Ce que nous n'oublierons jamais, nous, hier encore, élèves de Notre-Dame, ce que vous n'oublierez pas plus que nous, vous qui êtes aujourd'hui dans cette sainte maison, c'est le bonheur avec lequel se revoyaient nos sœurs aînées qu'avait séparées une longue absence ; c'est l'allection tendre et affectueuse dont elles entouraient leurs chères maîtresses. Et nous aussi, nous aimerons nos bonnes religieuses de tout l'amour que mérite ce que leur ont coûté de soins et de sollicitude notre esprit et notre cœur à former. Comme nos aînées, nous serons les vivants témoignages du dévouement éclairé qu'elles ont puisé
dans ramour et dans l'imitation de Marie, notre mère commune.
Ancienne élève de Notre-Dame. »
Ces fêtes devaient clore le gouvernement de Mère Launay, qui, en 188C, fut remplacée par la R. M. Baffour.
Mère Launay mourut le 11 juillet 188!). M. le chanoine Rousseau, archiprètrede Saint-Thomas, en prenant la parole à ses obsèques, rendit bien les sentiments de toutes les âmes, en même temps qu'il résuma exactement la vie et les œuvres de la chère défunte.
Joséphine Bafïour était née à Sablé, le 5 mai 1822; elle fut pensionnaire à Notre-Dame de La Flèche, puis novice et professe. Lorsque la R. M. Dorveau fut appelée à relever la première maison de l'Ordre, elle résolut d'emmener sœur Bafïour a dont elle pouvait attendre de précieux services )). A Bordeaux comme à La Flèche, sœur Bafïour ne cessa de prodiguer tous ses soins aux élèves qui lui furent confiées. « Elle sut se concilier, sans les rechercher jamais, l'estime et l'affection de son jeune troupeau et de toutes les familles avec lesquelles elle fut en rapport. Ses rares aptitudes dans toutes les branches de l'enseignement contribuèrent efficacement à relever le premier pensionnat. L'exercice et les années avaient perfectionné son goût et ses dispositions pour la peinture, et donnaient à l'exécution de ses dessins un fini très apprécié. Tous les
genres lui étaient familiers : pastel, aquarelle, miniature, estompe, peinture à l'huile, voire même peintures murales, rien ne lui était étranger. Elle excellait peut-être plus encore dans la poésie : que de compositions délicates et gracieuses sont tombées de sa plume ! Il n'est pas un événement triste ou joyeux, arrivé dans nos Maisons de Bordeaux et de La Flèche, que sa muse n'ait harmonieusement chanté... »
Rappelée de Bordeaux, après la mort de la \\. M. Delmas, Mère Bafïour reprit, à La Flèche, toutes les fonctions qu'elle remplissait à Bordeaux. Puis, en 1886, elle fut appelée, par ses compagnes, au gouvernement de la communauté ; elle ne put être réélue en 1891, à cause de sa mauvaise santé. En effet, elle ne finit pas l'année et mourut le 11 décembre.