‹ Le couvent des Filles de Notre-Dame de La Flèche, 1622-1905Chapitre 44 sur 58 · PENSIONNAT · texte numérisé non relu

PENSIONNAT

cette première concession, on leur retire ce droit : c'est le régime du bon plaisir.

Au reste, on ne saurait arguer d'aucun grief contre les Filles de Notre-Dame. Ne trouvait -on pas en elles les maîtresses les plus éclairées, les plus aptes à se plier à toutes les exigences des programmes si changeants? Peut-on indiquer une seule partie de ces programmes d'enseignement qui n'ait pu être remplie avec talent et succès? Les magnifiques résultats obtenus, tous les ans, dans les difïérents examens, même au brevet, ne parlent-ils pas éloquemment en faveur de ces incomparables institutrices?

En outre, elles n'ont jamais oublié que, tout en formant les jeunes intelligences aux difïérentes connaissances humaines, elles devaient aussi former les cœurs, les prémunir contre les dangers, les peines, les épreuves de la vie. Elles ont, jusqu'à ce jour, si bien atteint ce but moralisateur que notre cité en ressentira toujours les plus heureux eft'ets.

Dès que fut connu le décret qui chassait nos chères religieuses, ce ne fut qu'un long cri d'indignation. Puis, de partout, aflluèrent les lettres, les visites, toutes apportant l'assurance de l'affection, de la reconnaissance des anciennes élèves.

Notre vénéré évêque, M^' de Bonfils, tint à venir lui-même encourager et bénir une dernière fois celles qui, pendant cent ans, avaient été une des plus pures gloires de son diocèse.

Qu'ils furent rapides et douloureux ces six premiers

mois de 1905 ! Chaque fête était la dernière que l'on devait voir au cloître ! C'était la tristesse, le deuil s'accentuant chaque jour, et le glaive de douleur, s'enfonçant de plus en plus dans les Ames.

Nous garderons toujours le souvenir des deux distributions de prix qui terminèrent cette année scolaire : notre vénéré Archiprêtre, entouré du Supérieur de la communauté, M. Lapérelle, de l'aumônier, M. Blin, de tout le clergé de la ville, fit aux chères maîtresses ses adieux, ou plutôt les adieux de toute la ville. Xe sent-il pas, lui aussi, ce dévoué Pasteur, quelle perte la paroisse va faire avec la fermeture de Notre-Dame?

Les classes fermées à jamais, les religieuses, avant de se séparer, firent une dernière retraite. Je vous laisse à penser, cher lecteur, ami de Notre-Dame, ce que fut cette retraite. Ces religieuses qui, depuis des années, vivaient de la même vie de prière et d'étude, qui s'aimaient en Dieu comme de véritables sœurs du Ciel, prièrent les unes pour les autres, pendant ces jours de recueillement. Beaucoup, hélas ! ne se reverront peut-être plus ici-bas, mais chacune emporte la promesse du mémento quotidien, h\ proniesse de cette prière mutuelle, qui, malgré les distances, malgré les obstacles et les épreuves, maintiendra l'union des esprits et des cœurs.

Le 31 juillet, jour de clôture de cette fervente retraite, la communauté entière renouvela au Sacré- Cœur de Jésus la consécration qu'elle lui faisait, clia(|ii(! année, depuis 1736, et c'est au milieu des larmes que furent chantées les strophes suivantes, œuvre de Mère Turcjuety des Landelles,

Seigneur, il se fait tard... Avant Theure dernière, Ta famille, à genoux, au pied de cet autel , Veut à ton cœur sacré se vouer tout entière, Et t'otfrir, en ce jour, un amour immortel.

CHCEUR

Ecoutez-bien, anges du sanctuaire,

Soyez témoins de mon serment :

Plutôt mourir, victime volontaire.

Qu'être parjure un seul moment!...

Je veux t'aimer... mais sans mesure,

Cœur de Jésus, reçois ma foi.

Je veux t'aimer, je te le jure.

Plus f/uc jamais,... Je suis à loi!...

Sur la terre d'exil, ton cœur avec'le nôtre Seront, jusqu'à la morl, en un seul confondus ; Nous redirons alors, fortes comme l'Apôtre : Qui donc pourra jainais m'arracher à Jésus ?

Toujours je resterai ton épouse fidèle.

Tu ne boiras pas seul la coupe des douleurs.

On m'arrache mes vœux... mais mon amour les scelle.

Tout au fond de mon âme, en refoulant mes pleurs...

Je serai plus encor... vocation sublime !

Avec Jésus souffrant, je porterai la croix...

Il daigne m'appelerau rôle de victime,

Est-il un sort plus beau?... Je le tiens de son choix...

Suscipe Domine... Prends tout, je te le donne. Sans rien me réserver... En les divines mains. Mon àme confiante, à jamais, s'abandonne. Toujours lia Paler à tes moindres desseins.

Faisons nôtres ces paroles, chers lecteurs, et apprenons de ces saintes victimes à nous soumettre toujours à la volonté divine; si dure qu'elle puisse être parfois, cette volonté, n'oublions pas qu'elle nous est imposée pour le bien de notre àme, et, par consé-

quent, acceptons-la généreusement et sans arrièrepensée, Fiat voluntas tua! Unis d'esprit et de cœur à nos pieuses exilées, faisons monter vers le Cœur de Jésus de ferventes prières pour notre cité fléchoise et pour toute la France ! Que Jésus règne bientôt sur tant de cœurs qui l'oublient et l'offensent, que son saint nom soit partout loué et béni ! Sanctificetur nomen tuum! Adveniat regnum tuuml

Et vous, saintes filles de Jeanne de Lestonnac, où que vous soyez, ne nous oubliez jamais! Quand on porte la Croix, on est si près de Jésus. Vous êtes donc toutes puissantes sur son cœur. Demandez-lui pour vos anciennes élèves la fidélité et la persévérance! Demandez que toutes les âmes de cette cité marchent sur les traces de vos vertus et gardent précieusement leur foi et leurs convictions religieuses! Demandez pour tous, à l'heure de la persécution, — car elle est proche, peut-être, — ce même courage que vous nous avez montré.

Enfin, si j'osais, j'ajouterais : daignez faire l'aumône d'une prière à l'humble auteur de ce travail. Quels que soient les nouveaux rivages où la Providence guidera ses pas, il y emportera et regardera comme sa plus douce consolation et son plus pur réconfort le souvenir des heures trop rapides passées à tracer ces pages.

Ecrites en quatre mois à peine, d'après des documents réunis trop précipitamment, ces pages peuventelles être parfaites? Je ne me donne pas l'illusion de le croire. Au reste, je me suis bien gardé de chercher à faire une œuvre littéraire : c'eut été viser trop haut en raison du peu de temps dont je disposais, et sur-

tout en raison de mes faibles moyens. J'ai tenu d'abord à faire une œuvre historique exacte et précise, et ensuite j'ai tenté de mettre en pleine lumière les trésors de vertus qu'a renfermés pendant trois siècles notre couvent de Notre-Dame. La ditïiculté de la tâche a peut-être trahi la bonne volonté de l'écrivain; qu'on veuille bien, dès lors, ne pas lui tenir rigueur de son insuccès, et se souvenir qu'il n'a cherché que la gloire de Dieu et de sa sainte religion.

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