LIVRE PREMIER. Î
Il voulut, dans ce monde où domine Tenvie,
Avoir sa, sépulture à part comme sa vie ,
Et vingt mille captifs se mirent, un matin ,
A détourner pour lui le cours du Busentiut.
De son sauvage époux quand la Guerre fut veuve,
On lui creusa son lit dans le vieux lit du fleuve ;
On l'y coucha, le glaive attaché dans la main.
Ses drapeaux, tout brûlés par le soleil romain,
Ses coursiers, ses trésors, ses armures sans nombre,
Tout y fut entassé pour amuser son ombre.
Dans leur antique ornière on ramena les eaux :
Puis, conune s'il fallait, pour l'honneur de ses os.
Faire pourrir près d'eux quelque riche hétacombe.
Les vingt mille captifs employés à sa tombe,
En mourant égorgés, escortèrent sa mort.
Celui qui, descendu des pics neigeux du Nord;
Bondit, comme une mer, sur la terre fêlée,
N'a que trop bien conquis son flottant mausolée :
Un sépulcre , où son nom ne se lavera pas
Du torrent de carnage étalé sous ses pas :
Un sépulcre, qui parle aussi haut que l'histoire.
Qui passe comme l'homme et fuit comme sa gloire :
Qui fait, pour le néant, du bruit dans un désert,
Et, gardien d'un soldat dont le règne s'y perd.
n LE COUVRE-FEU.
Vagabonde épitaphe, est là pour nous apprendre .• Le déluge de pleurs qu'eut à boire sa cendre, Le déluge de sang qu'elle se fit payer, Le déluge d'oubli qui devrait le noyer.