‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 10 sur 172 · LIVRE PREMIER. Î · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. Î

Il voulut, dans ce monde où domine Tenvie,

Avoir sa, sépulture à part comme sa vie ,

Et vingt mille captifs se mirent, un matin ,

A détourner pour lui le cours du Busentiut.

De son sauvage époux quand la Guerre fut veuve,

On lui creusa son lit dans le vieux lit du fleuve ;

On l'y coucha, le glaive attaché dans la main.

Ses drapeaux, tout brûlés par le soleil romain,

Ses coursiers, ses trésors, ses armures sans nombre,

Tout y fut entassé pour amuser son ombre.

Dans leur antique ornière on ramena les eaux :

Puis, conune s'il fallait, pour l'honneur de ses os.

Faire pourrir près d'eux quelque riche hétacombe.

Les vingt mille captifs employés à sa tombe,

En mourant égorgés, escortèrent sa mort.

Celui qui, descendu des pics neigeux du Nord;

Bondit, comme une mer, sur la terre fêlée,

N'a que trop bien conquis son flottant mausolée :

Un sépulcre , où son nom ne se lavera pas

Du torrent de carnage étalé sous ses pas :

Un sépulcre, qui parle aussi haut que l'histoire.

Qui passe comme l'homme et fuit comme sa gloire :

Qui fait, pour le néant, du bruit dans un désert,

Et, gardien d'un soldat dont le règne s'y perd.

n LE COUVRE-FEU.

Vagabonde épitaphe, est là pour nous apprendre .• Le déluge de pleurs qu'eut à boire sa cendre, Le déluge de sang qu'elle se fit payer, Le déluge d'oubli qui devrait le noyer.

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