‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 100 sur 172 · CONTRADICTION · texte numérisé non relu

CONTRADICTION

Du feu des passions quand l'éclat nous inonde, D'où vient que rame en deuil pense à changer de monde? Ne peut-on supporter leur mordante langueur?

Est-il, dans leur délice, un poison pour le cœur? Ah! sans doute qu'alors la triste expérience Veut, contre l'avenir, s'armer de prévoyance. Quand on sait que l'amour suit les chances du sort, On veut, à ce désastre, échapper par la mort. Ivre des biens chéris, qu'on va perdre peut-être. On veut mourir heureux, de peur de ne plus l'être. Cest que l'homme plutôt, facile à s'éblouir, Perd, au sein du bonheur, la force d'en jouir. Trop haut dans l'existence, il respire avec peine : Et, sans vouloir descendre, il demande la plaine

184 LB COUVIIE-FEU.

D'une double nature indocile vassal, C'est qu'il perçoit le bien avec le sens du mal : C'est que, faits pour la nuit, nos regards de poussière Ont tout à la fois peur et soif de la lumière. On dirait que, pressé par d'avides ressorts, ' L'esprit veut s'afifranchir de la gêne du corps : Et comme le volcan, étouffé sous la terre.

Cherche à se délivrer, en s'ouvrant un cratère. On dirait que du cœur l'ardente émotion Aspire, pour s'éteindre, à faire explosion.

Page 1