‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 101 sur 172 · LE VENT D'ORAGE · texte numérisé non relu

LE VENT D'ORAGE

Avez -vous remarqué, Tété, quand un orage Couve dans les flancs roux de quelque épais nuage, Quelle sourde menace inquiète les bois.

Et met, connue les fleurs, Tarbre même aux abois? Avant qu'il n'ait soufflé, le vent, qui se prépare. Fait frémir sous Taubier la sève qu'il égare; L'aulne altéré se plaint de la tiédeur des eaux. Et le feuillage ému tremble au bout des rameaux. On jurerait alors que le pouls de la terre Gonmiunique aux forêts sa fièvre involontaire , Et le moindre arbrisseau, saisi d'émotions.

Frissonne au contre -coup de ses pulsations.

N'est-ce pas là souvent le mal qui nous oppresse , Dans ces jours si brûlants de la verte jeunesse.

Que Ton est convenu d'appeler nos beaux jours? Notre sang tout à coup plus pressé dans son cours, Avant qu'elle n'éclate, annonce la tempête.

Un trouble vaporeux nous fait pencher la tête, Et, s' échappant du cœur par la fièvre surpris. Des rêves inconnus courent dans nos esprits.

N'aurions-nous pas en nous, l'une à l'autre enlacées. Tout le long du cerveau, des buissons de pensées. Qui tremblent, quand de loin ils sentent arriver. Le vent des passions, qui voudrait s'élever?

On ne sait pas d'où vient cet orage de flanmie. Mais regardez-y bien : le nuage est à l'àme.

L'AEROSTAT.

Le poëte est semblable au jeune aéronaute, Qui, d'un vaisseau de soie audacieux pilote, Pour aborder le vide, ose tenter les cieux.

Il aperçoit sous lui des pays radieux, Qui lui tendent de loin leur fertile couronne : Ce sont tout simplement les champs qu'il abandonne , Et dont il fuit au ciel les arides déserts.

Au-dessus de sa tète, il voit, au fond des airs. S'allonger et courir d'admirables contrées.

Dont les plaines sont d'or, de lapis diaprées. Sa barque y veut surgir : et, quand il les atteint. Des vallons frauduleux l'or magique s'éteint. n navigue, il navigue, aveuglé par la brume, Perdu dans des courants, où la foudre s'allume,

N'ayant que Dieu pour nord, l'espace pour soutien. Où va ce voyageur pourtant? Il n'en sait rien. Il dompte un élément, qui le fait son esclave : Il est le prisonnier de son vaincu qu'il brave. Ce conquérant de l'air est le jouet du vent; Où l'on ne peut pas vivre, il pénètre vivant. Mais veut-il s'arrêter dans sa course perverse! Aucune ancre ne tient dans les mers qu'il traverse. Il navigue, il navigue : et, quand il a longtemps. Comme un essaim d'écueils, défié les autans.

Il regagne, à travers mille dangers sans gloire, La terre, dont son vol insultait la mémoire.

C'est pour descendre, hélas! qu'il s'est tant élevé. Cherchez donc, hors du monde, un navire achevé, Qui sache mieux des airs et la route et la carte! Ce vaisseau, c'est la mort. Tout devant lui s'écarte : Il emporte notre àme aux plus lointains sommets, Et ceux qui l'ont monté n'en descendent jamais.

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