‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 99 sur 172 · LE ROI DES ROIS · texte numérisé non relu

LE ROI DES ROIS

Quelle peine on se donne, et qu'on fait de chemin, Pour étonner des gens, qui seront morts demain! Que de bruits vont se perdre , avant qu'on leur réponde 1 Un docte visiteur des quatre coins du monde Me racontait qu'un jour, dans un de ces déserts, Où dort sur un sol nu le vide errant des airs, II avait vu soudain, comme une île sans arbre, Sui^r de la poussière un piédestal de marbre, Et, sur ce piédestal, aperçu, par hasard, Un pied d'homme brisé, que foulait un lézard. On ne découvrait pas trace de la statue :

Sa base seulement n'était point abattue.

On y lisait : « Je suis... » Puis rien. Terrible ou non. Les siècles, lettre à lettre, avaient rayé ce nom.

hSt LE COUVRE-FEU.

a Rois des rois. Au ciel même osant porter ombrage, » Avec des monmnents j'ai refait son ouvrage; » Mon œuvre se termine où la sienne finit. »

Cherchez donc à présent Tunivers de granit , Que ce frêle étemel croyait impérissable!

On n'en distingue plus, naufragé dans le sable, Qu'un pauvre bloc de pierre, écorné par le temps. Ameutés contre lui, le soleil et les vents.

Ont cassé du faux dieu l'oi^eil testamentaire. Et quel legs précieux a-t-il fait à la terre? Le même qu'un cheval eût pu lui destiner : Le bronze du sabot, qu'il y faisait sonner; Fossile plus obscur que ceux du mastodonte.

Et sur lequel Buckland, ou Cuvier qui les dompte. N'oserait rebâtir ce petite-fils d'Atlas :

Car tout ce qui fait l'homme est ce qu'on n'en voit pas. Créations d'un jour qu'un autre décomplète, Si, pour les transformer, l'àme ne s'y reflète. Les œuvres de nos mains durent toutes bien peu; L'invisible survit, parce qu'il tient de Dieu. Tout s'en va; rien n'a place ici-bas plus d'une heure : Ce qu'on fait se détruit, ce qu'on pense demeure.

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