LIVRE TROISIÈME
Peut-être, comme nous, sait-il où Tonde arrive; Mais la voyant toujours baiser la même rive, Il l'oublie, et s'endort à ses vagues chansons. Ses désirs ne vont pas plus loin que ses moissons. Et pour lui la nature, obstinément discrète.
Toute vaste qu'elle est, reste étroite et muette. Le bonheur est timide et faible : il n'ose pas, Au delà du connu, hasarder d'humbles pas.
Voyant toujours le monde à la même distance.
Ce n'est que de profil qu'il juge l'existence. Et la vie est pour lui comme l'astre argenté. Dont nous n'apercevons jamais qu'un seul côté.
Le malheur, d'autre part, dominant l'étendue,
Au lieu de l'affaiblir, allonge notre vue,
Et porte nos regards par delà nos tombeaux.
Fût-ce pour y chercher quelque lieu de repos,
Le. malheur est toujours en marche autour du monde.
Le ruisseau qui gazouille et l'Océan qui cronde.
Le roulis des forêts, les abois du torrent.
Tout lui parie un langage inconnu qu'il comprend.
Et qu'il parle, à son tour, sans en savoir la règle.
Le malheur a cela de commun avec l'aigle,
t\% LE COUVRE-FEU.
Que, pour juger la terre, il va droit au soleil. Au vent qui nous effraye il berce son sommeil , Et, franchissant Torage errant sur les campagnes, Il va pendre son aire au sommet des montagnes ; C'est de là, comme Dieu , qu'il voit tous nos combats, Et, spectateur lointain des choses d'ici-bas, Aux dociles éclairs de la foudre asservie.
Il saisit, d'un coup d'oeil, tout le cours de la vie.