LE VER A SOIE
Dans les petits objets les grands peuvent se voir. L'humanité si vaste a partout son miroir :
L'homme réfléchit tout, et tout réfléchit Thomme. De quelque nom fameux que la gloire le nomme, Les vers l'auront demain : d'autres vers aujourd'hui Font de l'histoire humaine, en travaillant pour lui : Ceux qu'on voit, s'appliquant à leur tâche annuaire, Passer leur courte vie à tisser leur suaire.
Faisons-nous autre chose, ouvriers du destin. Qui, du matin au soir, et du soir au matin.
Nous tuons à tailler le marbre qui nous couvre, A préparer la fosse, avant qu*elle ne s*ouvre; Et, sur un sol, tout près de manquer sous nos pas, A semer des trésors , que nous ne verrons pas ? Dans quelque noble sens que l'homme se déploie, L'homme, qui vit un jour, ressemble au ver à soie.
Que de fois, contemplant Rome, Tadmor, Balbek, Et ces temples muets, sortis du ciseau grec, Dont l'art respectueux baise encor la poussière, Je les ai comparés à des cocons de pierre, Dont le fil s*est cassé sur les fuseaux du temps ! Ces meubles, ces tableaux, ces bronzes palpitants, Encor tout imprégnés des sueurs du génie. Ces dédales de sons ouverts par Tharmonie, Tout n'est-il pas vraiment un cercueil animé. Où le talent se cache et respire enfermé?
Eh ! que d'autres rapports entre l'homme et l'insecte ! Chassant de son palais le soyeux architecte.
Nous prenons son linceul pour habiller nos corps, Et nous portons, vivants, la parure des morts. Traitons-nous autrement ces moelleuses idées. Que nos aïeux pour nous n'avaient pas dévidées. Dont leur àme et leur nom s'entouraient en mourant : Et ne marchons-nous pas, l'air fier et conquérant. Vêtus de leur mémoire, ornés de leurs dépouilles? Qu'ont doncde moins que nousces vers, dontnos quenouilles Tordent l'or sépulcral en cordons lumineux I Fileurs désespérés, nous sommes vers comme eux. . Us prennent au tombeau des ailes : et nous autres. Qui sait, si quelque jour nous n'aurons pas les nôtres I