‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 118 sur 172 · LIVRE TROISIÈME. 2n · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. 2n

Si VOUS saviez alors combien Tâme est flexible, El, lasse du réel, a foi dans l'impossible 1 En faveur d'une larme, on se traduit, tout bas. De la brise et des fleurs les murmurants combats, Ce que dit le missel aux mousses de la grève, Et l'oiseau, qui s'afflige, au peuplier qui rêve. Tout nous parle : et la terre. Olympe de fourmis. Nous offre autant de dieux , qu'il nous manque d'amis.

Direz -vous que ces dieux ne sont que des mensonges ! Ahl ce n'est pas à vous à douter de ces songes, Vous, que, dans nos gazons, je vois, à chaque pas. Effeuiller tant d'espoir, qu'il ne m'en reste pas, Et vingt fois, dans un livre, épier quelle lettre Peut donner le bonheur, ou du moins le promettre. Pensez-vous pas alors à quelque sylphe adroit. Qui, dirigeant vos yeux, ou guidant votre doigt. Combine, pour vous plaire, un oracle... infaillible? Vous devez croire en lui, puisqu'il est invisible. Vous, qui ne croyez pas à ce vous voyez.

Et qui niez l'amour, quand il tremble à vos pieds.

Ne VOUS liguez donc plus avec ce prosaïsme , Qui tâche de noircir les sept couleurs du prisme : Et laissez, dans nos mains, la baguette des arts Peupler, de palais d'or, vos steppes de brouillards. Cédez au merveilleux, dont l'attrait vous invite : Quand nous vous regardons, nous l'admettons si vite ! Ehl qui vous dit d'ailleurs que ces divins pays. Où l'aile des beaux vers nous emporte éblouis. Ne sont qu'un vain mirage, animé par la lyre. Une bulle qui fond, au moment qu'on l'admire! Croyez-moi : le poëte est un peu plus puissant. Et l'empire, qu'il fonde et tire de son sang. N'est pas fait pour crouler plus tôt que la nature : Il achète assez cher son trône, pour qu'il dure. Fils du Dieu, dont un mot créa l'immensité.

D'un reflet de sa voix nous avons hérité, Et nous jetons aussi nos mondes dans l'espace; Ne leur infligez pas un nom qui les efface :

Us sont vrais, si votre àme y rencontre un appui; Tout ce que l'homme invente existe comme lui.

LE SOlVf DES CLOCHES.

Quand les brouillards d'octobre enveloppentnos plaines, Quand nos bois , tourmentés par de froides haleines , Laissent dans nos sentiers , de bluets dégarnis, Tomber, en frissonnant, leurs feuillages jaunis : Lorsque d'oiseauxrpêcheurs nos rivières sont veuves , Et qu'on voit les ruisseaux, s' efforçant d'être fleuves , Échouer sur les bords, qu'ils avaient égayés. Des derniers papillons les cadavres noyés :

Ce qui m'attriste encor plus que le paysage.

C'est le bruit lent et sourd des cloches du village , Qui semblent dénoncer aux champs, par des sanglots, L'approche de l'hiver dans les brumes éclos.

On dirait qu'à son tour ébranlé par la bise.

Fatigué par le nord, l'arbre saint de l'église

no LE CeUVRE-FEU.

Laisse emporter au loin ses feuilles par le vent, Et qu'une voix, dans l'air, leur vient en s' élevant. Cette voix, on dirait que dans l'air qui palpite, Ce sont autant d'adieux de tout ce qui nous quitte : Un bruit d'ailes, un cri, d'hirondelle qui part. Et qui s'en va chercher le soleil autre part, Du chant de la moisson une dernière note.

Dans son rocher sans mousse xm écho qui grelotte, Un soupir des forêts qui regrettent les fleurs. Je ne sais rien de triste, et qui nous porte aux pleurs, Ck)mme ces sons voilés des cloches de l'automne. Qui, dans le ciel, ému de leur glas monotone. Semblent compter les deuils dont nos larmes font foi, Et de nos printemps morts annoncer le convoi.

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