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LES CHAUVES-SOURIS

Ce n'est pas seulement, au départ du soleil ,

Et quand le soir descend escorté du sommeil ,

Le datura qui s'ouvre, et le pâle nyctage,

Qui des bois dépeuplés parfume le veuvage ;

Ce n'est pas seulement, quand la clarté s'enfuit.

Le chant du rossignol qui caresse la nuit.

Et les yeux d'or du ciel qui, sur l'herbe épuisée.

Versent avec amour leurs larmes de rosée ;

Ce n'est pas seulement, quand la terre s'endort.

Le poôte aguerri qui se lève et qui sort.

Et, de son cœur captif arrachant tous les voiles.

En fait jaillir ses vers comme un bouquet d'étoiles;

Tout ce qui craint le jour et ses joyeux éclairs,

La chouette et l'orfraie, envahissant les airs.

Cernent les noirs clochers de leurs rondes funèbres;

Nos soucis, ranimés par le frais des ténèbres.

Désertent leurs prisons, et reviennent en chœurs, Ck)mme autant de corbeaux, croasser dans nos cœurs. La nuit, contre nos fronts, déchaînant ses fantômes, Prodigue de poisons, est avare de baumes.

Quand l'édifice humain , lézardé par le sort, Croule dans Tabandon conune un vieux château fort, Les soupçons, les ennuis, mille regrets vivaces, S'en viennent aussitôt nicher dans ses crevasses , Comme aux trous des plafonds , aux fentes des débris , La noctule velue ou la chauve -souris.

Tout ce qui dort le jour s'éveille avec les ombres. Et tout cela, le soir, s'émeut dans les décombres; Et les regrets amers, et l'immonde oreillard. Dont le vol ambigu tourne en cercle criard , Tout cela, dans la nuit, frémit, comme une trombe. Autour d'une muraille ou d'une âme qui tombe. Quand nous ne sommes plus que cendre et que désert , Quand le cerveau brisé n'est qu'un comble entr' ouvert. Où rien ne pousse plus que d'arides épines :

Que de chauves-souris grincent dans ces ruines! Ce sont nos souvenirs, auxquels nous n'échappons Que le jour, faux oiseaux dont l'aile a des crampons, Et dont le vol, lassé de battre nos masures, Y rouvre, en s' accrochant, nos anciennes blessures.

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