LIVRE TROISIÈME
Et, sans profit pour Phomme accroupi sur ces bords, Réveillent la pensée et les leçons des morts. N'est-ce pas un emblème assez clair de Thistoire, Qui passe devant nous, nai^ant notre mémoire, Entre deux rangs de sphinx et d'énigmes sans mot. Emportant, remuant, conmie un obscur dépôt, Des siècles expirés les lueurs fugitives; Côtoyant les tombeaux, qui gisent sur sea rives, Ces gnomons de la mort et de l'humanité.
Dont le silence est là, comme un écho sculpté, Qui fait voir aux vivants , dont nul ne veut l'apprendre , L'heure de leur coucher, écrite sur la cendre? Qu'on lise ou non l'aveu sous son voile enfermé, Chaque vague du Nil est un mythe animé.
Le fleuve égyptien, du soleil tributaire, Voit, à chaque saison, son cristal qui s'altère; Tantôt son frais miroir parait, en s'enfuyant, Réfléchir des forêts le manteau verdoyant :
Tantôt, comme le ciel, sa nappe nuageuse.
Des tempêtes qu'il couve a la pourpre orageuse.
Et regardez aussi le fleuve humain couler!
Le gazon de ses bords semble s'y dérouler :
Il promène , en courant, l'or des moissons qu'il baigne , Ou le farouche éclat d'une gloire qui saigne. Du lit flottant d'Isis les rideaux voyageurs Abritent, sous leurs dais, ces féroces nageurs, Dont la religion peuplait ses nécropoles; Réservoir orgueilleux d'aussi sales idoles, Le Nil humanitaire, hélas 1 n'est pas plus pur. Ou limpide ou troublé, d'émeraude ou d'azur.
Il n'en cache pas moins, dans ses gouffres complices, Un vorace troupeau de crimes et de vices.
Le Nil croit et se gonfle au solstice d'été, Et, durant les longs jours, il semble, révolté. Menacer d'engloutir tout ce qui l'environne : Puis lorsqu'est arrivé l'équinoxe d'automne, Sa fierté se dégonfle, et le fleuve calmé, Reprend tranquillement son lit accoutumé.
Voyez si l'autre Nil, que scrutent nos études N'a pas ces mouvements et ces vicissitudes :