LIVRE QUATRIÈME
De conquête en conquête , une mort graduée Réduira de nos bois la cime exténuée :
Des grands chênes d'alors le dôme agonisant, N'égalera pas même un buisson d'à présent.
De l'Atlas énervé nourrisson famélique , Le cèdre couvrira, de son feuillage étique, Des lions avortés qui ne rugiront plus :
Et, derniers voyageurs d'un Océan perclus.
Des deux pôles frileux les géants rachitiques Vogueront dans la glace, au soleil des tropiques. Les fleuves, appauvris par le froià des hivers, Ramperont, dégonflés, à travers les déserts.
Comme un lézard mourant sur un mur qui s'écroule : Et le sol , tourmenté si longtemps par la foule , Ne pouvant plus nourrir les fils qu'il engendra. Avec tous ses vassaux l'homme disparaîtra.
Si d'une sphère alors plus neuve que la nôtre. Quelque être intelligent peut, d'un globe dans l'autre. Armé de ces secours, qui manquent à nos yeux. Promener, pour s'instruire, un regard curieux. Avec quel intérêt de tristesse pensive.
Sa terreur, épiant notre mort progressive,
n% LE COUVRE-FEU.
Lira dans ce miroir^ tout chargé d'avenir, Gomment chaque univers à son tour doit finir! Moi-même, franchissant les siècles et l'espace, Je m'envoie en avant pour occuper sa place.
Et, déjà pour le ciel désertant ma prison.
Je me vois loin du monde, assis à l'horizon, D'un trépas général spectateur planétaire, Suivre, d'un œil vivant, le convoi de la terre.
La terre est noire et vide, et son bloc dépouillé Tourne, comme un vaisseau qui nage foudroyé, Sans vergues, sans agrès, sans mâts, sans équipage. Insouciant d'un port, qui n'est pas le rivage. Le pouls même du Temps ne bat plus : tout se tait. Et, sous son vol de plomb, l'ouragan stupéfait. Sans pouvoir d'un écho dérouiller la paresse. Gomme une huile qui dort roule une mer épaisse. Le soleil décrépit, qui mûrissait nos grains, Quand ses feux, mariés à nos feux souterrains. Développaient du sol l'âme générative , Ne peut plus stimuler notre sphère rétive.
Et de son diadème, engourdi comme l'air, Semble économiser jusqu'au dernier éclair.