LIVRE QUATRIÈME. 2i
Et comme autant de fruits fait jaillir ses idées : Puis la vieillesse vient, avec ses mains ridées, Qui jette autour de lui sa robe de brouillards, Et, comme la pensée, embrume les regards.
Uhomme, miroir vivant mis au tain du génie, N'est plus lors qu'une glace infidèle et ternie, Qui gâte la nature, en la réfléchissant.
Le coloris des fleurs se fane en y passant; L'éclat de l'or pâlit, les forêts dépérissent; L'Océan se dessèche et les fleuves tarissent; De faits et de héros les empires meublés Tournent dans le cerveau, vides et dépeuplés. Ce cerveau flasque et morne, où se traîne la pluie. Ne connaît ni matin ni printemps qui l'essuie. Tout s'use : le soleil, qui semble succomber. Refroidit ses rayons, en les laissant tomber : Et si quelque pensée, encor verte et sublime, Ck)mme un mâle obélisque ose élever sa cime.
Sur sa tige qui tremble en un sol assoupi, La nielle de l'âge empoisonne l'épi.
Le ciel caduc s'éteint étoile par étoile; De la dernière nuit enfin le dernier voile S'abaisse : la lueur de son dernier flambeau S'endort, et tout est dit : un monde est un tombeau.
Ce spectacle imposant, l'œil glisse à sa surface. A force de le voir Thabitude l'efiface, Et nous avons besoin, pour sortir de Toubli, Où le regard blasé végète enseveli, Que la mort parmi nous choisisse un de ces êtres, Qui de force ou de gré s'établissent nos Hiaitres, Et dont l'esprit, rival du Dieu qui les a faîte, Le contient tout entier sans plier sous le faix. C'est alors qu'à nos yeux grandit, dans l'épouvante, De l'univers mourant la vision vivante.
Et qu'avec le géant, dont on mène le deuil.
On voit, silencieux, dans le même cercueil, Se coucher, pour dormir, la dépouille du globe. Plus d'un nuage épais quelquefois nous dérobe Cette mort de la terre; on n'en vit pas un seul. Le jour où Lorenzo fut mis dans son linceul; Car ce poëte, armé du prisme et de la sonde.
Devait, en l'expliquant, recommencer le monde, Débrottfiler des soleils les fastes radieux.
Et même avant Newton civiliser les cieux.