LIVRE QUATRIÈME
Exhaler, dans les airs, du sein de leurs corolles, Un concert de parfums plus doux que nos paroles ! Gomme Ton aime aussi ces corbeilles d'oiseaux , En parterre animé, volant sous nos barreaux, Et dont Tencens chant^ur, berçant notre insomnie, S'éparpille dans Tair en vapeur d'harmonie.
Il semble qu'avec eux, dans nos froides maisons, On voie entrer les bois, les blés, et les gazons. Et que notre jeunesse , hirondelle bannie. Vienne , à nos vieux foyers, nous tenir compagnie.
N'avez-vous près de vous ni lilas, ni bouvreuils, Pas la moindre fauvette, et pas de chèvrefeuils? Voyez à remplacer, d'une main complaisante.
Ces gais représentants de la campagne absente! C'est peut-être possible. Allez, dans vos casiers, Choisir, comme un trésor , quelqu'un de ces herbiers , Où rien ne se flétrit , où rien ne se dessèche , Où la rose qui dort se garde toujours fraîche. Prenez- moi du Seigneur ces poëtes élus , Qui rendent à nos sens ce que nos sens n'ont plus , Vii^le, André Chénier, Pétrarque ou Lamartine, Leurs livres, embaumés d'une senteur divine,
Jardins frais et charmants, par les muses plantés ,
Vous offrent plus de fleurs que vous n'en regrettez.
Et c'est peu de fleurir; leurs pages printanières ,
Toutes pleines de nids, sont autant de volières ,
Où s'ébattent en chœur, comme au fond des forêts ,
Les pluviers, les pinsons, et les chardonnerets.
Où le courlis plaintif pleure ses marécages.
Feuillets harmonieux, leurs livres sont des cages,
Dont les hôtes privés, les vers, sont les oiseaux.
Et vous pouvez, sans crainte , entr'ouvrir leurs barreaux !
Fidèles prisonniers de votre solitude ,
Égayant le malEeur, souriant à l'étude,
Ces captifs-là, contents de consoler vos jours.
Ne s'envolent jamais, et gazouillent toujours.