‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 137 sur 172 · L'ATLANTIDE · texte numérisé non relu

L'ATLANTIDE

Combien de régions, autrefois florissantes ,

Qui de notre mémoire aujourd'hui sont absentes;

Dont tous les souvenirs de l'âme ont déguerpi,

Quoique encor tout entier leur nom reste tapi

Dans quelque coin poudreux de quelque obscure histoire !

Leurs grands hommes déchus, qu'allaitait la victoire ,

Leurs dieux mêmes n'ont pu, fiers de les racheter.

Empêcher la mer morte ou l'oubli de monter.

On ne sait même pas sous lequel des tropiques

Gisent, abandonnés, leurs ossements épiques.

Ou si quelque œuvre d'eux, trésor perdu de l'art.

N'achève pas sans bruit de crouler quelque part.

Qu'a donc fait, dites-moi, de si beau l'Atlantide,

 qui le temps jaloux sert de cariatide ,

Dont le temps y comme un phare, élève encor le nom ?

Qu'a-t-il sauvé de plus? Rien : à peine sait-on

Si ce pays n'est pas une vaine hypothèse,

Et c'est à qui, dans Tombre, épiant sa genèse,

Voudrait, par le calcul, deviner ou fixer

Sous quelle latitude il faudrait le placer.

De la tradition la carte imaginaire

L'inscrit seule à son rang, comme un monde ordinaire.

Heureux ou malheureux, tout ce peuple a sombré,

Comme un bateau pêcheur par la mer démembré,

Sans laisser de témoin, sans laisser d'héritage.

D'où vient donc qu'il survit à ce vaste naufrage!

Pour que l'on cite encor ce passé reculé,

Qu'a-t-il donc de si grand? — Platon en a parlé.

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