‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 138 sur 172 · DE SCHILLER · texte numérisé non relu

DE SCHILLER

Quelques heures peut-être avant son agonie , Quand rien ne vivait plus Je lui que son génie, Un étrange désir s'empara de Schiller.

Aigle bientôt banni du royaume de l'air, Il voulait, ramassant sa force moribonde, Avant que d'en sortir, lever le plan du monde. Il devait, suivant lui, pour rajeunir ses vers, Faire, aux premiers jours, le tour de l'univers. Déjà même, affranchi de nos mornes rivages.

Comme s'il les faisait, il contait ses voyages.

Et son lit douloureux semblait, comme un vaisseau, Toutes voiles dehors, fuir au vent du tombeau.

Ses rêves vagabonds, portés de plage en plages. Se promenaient pensifs dans les déserts sauvages, Qui furent autrefois d^opulentes cités; Mesuraient de Balbek les murs ressuscites.

Étudiaient Ninive ou scrutaient Babylone, Erraient des bords du Tigre aux bords de T Amazone, Volaient, comme le vent qui souffle au Sahara, Des monstres de Palenque aux sphinx de Dendera. On eût dit que la mort, quittant sa foudre antique. L'avait, comme Vol ta, touché d'un doigt magique; Qu'hésitant à tarir, son sang paralysé, Sous l'aimant du cercueil s'était électrisé.

Sa voix éteinte avait l'accent de la sibylle, Et, prêt à se voiler d'un nuage inunobile, Son œil sur cette terre, avant de s'éclipser, Ck)mme le Juif errant, marchait sans se lasser.

L'homme devenait ombre, et du mal prisonnière, L'ombre rivalisait le vol de la lumiècp.

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