‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 140 sur 172 · LE MOISSONNEUR · texte numérisé non relu

LE MOISSONNEUR

Un être redouté, qu'on nomme un moissonneur, Et que nous croyons tous l'ennemi du bonheur, Contre lequel chacun à l'envi se révolte, La mort, vient faire ici, chaque jour, sa récolte. Gomme un grand champ de blé traitant cet univers , Avec les épis mûrs sciant les épis verts.

Coupant jusqu'aux bluets qui ne font que de naître. Pour porter tout ensemble aux granges de son matlre. Il semble d'abord prendre avec discernement.

Puis dans tout ce qui vit cueille indistinctement. On dit qu'il est cruel, qu'il a soif d'agouie, Qu'il fauche pour faucher.... C'est une calomnie. Ce moissonneur cruel n'a pas même de faux.

Cest plutôt un semeur, un greffeur de repos.

Quij de la part du ciel, où son doigt nous convie , Vient, pour la replanter, déraciner la vie.

Chargé des chers emprunts qu'il a faits à nos champs , Quand dans ses bras noueux, que Ton croit si méchants, Il emporte au hasard, comme l'herbe des crèches, De nos petits enfants les gerbes toutes fraîches. Nous lui reprochons tous, sans jamais le fléchir, D'appauvrir nos maisons, pour ne rien enrichir. Ce n'est pas cependant pour affliger les mères. Qu'il dérobe à leurs soins ces tiges éphémères ; C'est que Dieu qui l'envoie en fait là-haut ses fleurs. Dieu, comme une rosée, y fait monter nos pleurs, Et de chaque bouquet, qu'il transforme et qu'il change, Quand la fleur est passée, il fait sortir un ange.

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