‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 141 sur 172 · LE PAVOT · texte numérisé non relu

LE PAVOT

La chaîne des rapports a des anneaux sans nombre. Le rossignol plaintif a la teinte de l'ombre; Écho distant des plem^ qui troublent notre voix , C'est un soupir du soir qui glisse dans les bois. Du soleil créateur vivantes étincelles, Les papillons du jour ont des yeux sur leurs ailes; Nous en avons de même à l'àme, pour mieux voir. Xes phalènes de nuit ont un vêtement noir, Et quelques-uns d'entre eux semblent, sur leur corsage. D'un blason sépulcral porter l'aride image.

Attachés à leur vol , on dirait que les morts S'éveillent avec eux pour visiter nos bords.

Secouant sur nos fronts, où revit leur histoire , Leur poussière qui germe au fond de la mémoire.

t6î LE COUVRE-FEU.

Le saule 9 ami des eaux et d'un sol spongieux, Cache en son bois malade un trésor précieux Qui fait rentrer la fièvre au fond des marécages. Quand le printemps revient de ses lointains voyages , Les fleurs qu'il fait éclore à sa tiède fraîcheur, Des cygnes de nos lacs ont toutes la blancheur, Transition peut-être, ingénieuse et douce, De la neige qui tombe à la neige qui pousse.

Ces froids pavots enfin, qui laissent, pour nos maux. Leur tige distiller le baume du repos :

N'est-ce pas du sommeil les mains orientales , Qui d'un pan de son voile ont taillé leurs pétales , Et brodé d'arcs-en-ciel leurs feuillets découpés? D'une double paupière à peine enveloppés.

Leurs boutons somnolents, qui bientôt se transforment, Ressemblent, en naissant, à des yeux qui s'endorment. Plante morne et placide, où jamais on ne voit, De peur de s'assoupir, une abeille qui boit.

Elle incline humblement, pensive et recueillie, Sous le lourd poids du jour une tête qui plie. Ne nous eût-on pas dit mille fois son secret. Rien qu'à la regarder, le cœur devinerait,

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