LIVRE QUATRIÈME
Remportant votre bruit qui meurt sur ces hauteurs,
Voulez- vous au rebours, curieux visiteurs.
De ce globe évidé tenter les catacombes?
Un air inusité circule dans ces tombes.
Plus il parait épais, plus il parait ingrat,
Et plus il donne au son de vigueur et d'éclat.
Il semble qu'en entrant sous leur voûte assombrie ,
Des morts de tous les temps souterraine patrie ,
La voix, pour réveiller cette foule qui dort,
Sans même le vouloir, prenne un timbre plus fort.
Et, de peur de gagner cet étemel silence,
Se hausse à son insu jusqu'à la turbulence.
En face du tombeau qui déjà l'asservit.
L'homme se fait bruyant pour s'assurer qu'il vit.
Dans cette sombre nuit où nos flambeaux se troublent, Quand d'échos en échos nos paroles s'y doublent. Ne jurerait-on pas que le vieil univers De tous ses ossements redemande les airs?
Pleins encor de discours étouffés sous la terre. On dirait que les morts ne veulent plus se taire.
Et que y n'osant compter sur leurs mots d'autrefois, Le chœur des trépassés passe dans notre voix* Ils veulent 9 la rendant plus grave et plus profonde, Essayer de percer les murailles du monde, Et, du fond de Tabime où descendent nos pas.
Crier vers les vivants : Ne nous oubliez pas!