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LES DIEUX SONT MORTS

FRAGMENT

DU POEME DE L^UNIVERS

Ne nous demandez plus de ces chants merveilleux, Qu'Homère murmurait à Toreille des dieux, Et qu'aux bords de T Amo , de Sorrente , ou du Tage , Ont redit, mais plus bas, les échos d'un autre âge! Nous avons renié nos sonores aïeux.

Et le fleuve des vers ne descend plus des cieux. Nous ne gravirons plus sur la cime escarpée, Où grandit, pour les rois, la fleur de l'épopée. L'Olympe est démoli , l'Orient s'est couvert : Son ciel n'est qu'un tombeau, qui dort sur un désert. Gomment chanter encore au milieu d'une foule. Qui ne croit aux autels que quand son pied les foule ?

On a beau posséder une âme d'autrefois , Elle ne trouve plus d'écho dans notre voix.

Que n'est-ce encor le siècle, où , comme l'Hespérie , La barque du trouvère abordait la féerie, Ce pays plus connu que s'il eût existé, Et que nous regrettons, sans l'avoir habité I Qui nous rendra ces jours, baignés de poésie. Où, quand elle prêchait sa rêveuse hérésie, On voyait défiler, au bruit des grelots d'or Que mêlait l'Ârioste aux fanfares du cor, Les arbres nuageux de ses jardins d'Âlcine :

Où du Tasse éperdu la tristesse divine.

Sous des bois inspirés, qui chantaient comme lui, Savait, pour le guérir, promener notre ennui, Et, fascinant du cœur l'espérance naïve, Lui créer dans les airs sa patrie adoptive ?

L'âme était jeune alors et facile à guider :

Lui plaire, et l'émouvoir, c'était lui commander. Elle se consolait d'un malheur par un songe.

Et de la vérité par le miel du mensonge.

Patriarches des vers, nos doctes ménestrels Opposaient à nos maux leurs chants surnaturels :

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