‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 146 sur 172 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

On habitait les lieux , qu'inventait leur génie : La baguette d'Armide était dans rharmonie.

Abjurant désormais ces magiques trésors , Notre bouche plus mâle a changé ses accords.

Entre le ciel et nous musical interprète, La raison a brisé la lyre du poëte.

Le cercle du possible enferme nos accents.

Qu'on les dépasse! Osez, loin des bornes des sens. De quelque nouveau monde aborder les oracles : Rapportez-en des vers tout peuplés de miracles. Puis, au lieu de lauriers récoltant des affronts. D'ironiques honneurs saigneront sur vos fronts. De tout ce qui fut grand stupide iconoclaste, L'homme a tout rétréci pour se faire plus vaste.

Que faire dans un siècle, ardent à tout nier, Où , du talent captif détracteur routinier, Chacun voudrait des arts murer les avenues.

Et, la fronde à la main, les traquer dans les nues? Tout parait jeux d'enfants pour nos regards virils. Lorsque de l'Océan défrichant les périls.

Camoëns y dressa le gardien des tempêtes, Et lui fit de Vasco gourmander les conquêtes, Chacun vint sur les mers, dont il barrait le seuil, Mesurer le géant, qui n'est plus qu'un écueil. Et vit, tout inondé de son manteau d'orage, Grandir de vers en vers le spectre du naufrage. On rirait aujourd'hui de ce syrte vivant.

Dont le poumon de roche est le berceau du vent, Dont les cheveux d'éclairs illuminent la crête. Et qui lance la foudre en secouant la tête. Qu'on tente maintenant, barde navigateur.

De suivre nos vaisseaux dans leur vol novateur : Qu'on retrouve pour eux cette molle Atlantide , Ce fleuron détaché des royaumes de Gnide, Que l'exilé du Tage évoqua sur les eaux.

Et là, par des plaisirs payant de longs travaux, Que l'on force les fleurs, lentement transformées, A semer les gazons de nymphes embaumées!

Nous ne ferons pas grâce à ces chants gracieux : Ce n' est pas qu'on soitsage, hélasl c'estqu'on estvieux.

Oh! oui, notre raison n'est que de la vieillesse. Nous avons de nous-même une orgueilleuse ivresse.

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