‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 147 sur 172 · LIVRE QUATRIÈME. m · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. m

Et voulant tout remplir, tout est vide à nos yeux. L'homme s'est mis partout à la place des dieux, Et jaloux d'un poëme, il en détruit les pages, Qui ne l'assiègent pas de ses propres images. L'univers poétique , aujourd'hui resserré , Du champ des fictions à jamais séparé , Semble, pendant qu'un monde a complété la terre, Au lieu de le gagner faillir d'un hémisphère.

Il semble I c'est le mot, car qui peut attester, Que la lyre aux abois n'ait plus rien à chanter ? Faut-il, pleurant au bord de quelque vieille ornière , Et n'osant d'un œil mâle aborder la lumière.

Croire que nos aïeux ont, gardant son flambeau, Éteint la poésie au seuil de leur tombeau ?

Son sacré diadème est-il moins respectable , Parce qu'on l'a purgé du clinquant de la fable? Ahl ne marchandons plus ces frivoles secours, Et d'un néant fardé les indigents atours. N'est-ce pas une muse aussi que la science ?

Que de l'antiquité la folle sapience S'explique, avec des dieux, ce qu'elle n'entend pas; Nous, emportons d'assaut la nature au compas.

Vt LE COUVRE-FEU.

Avec ses talismans laissons le moyen âge Leurrer, sans le guérir, le malheur qu'il ménage : Nous, extirpons le mal avec la vérité.

Tout ce que la magie eût jadis inventé.

Arrachons-le des flancs d'une mine plus pure. D'un merveilleux d'enfant loin de nous l'imposture 1 Une goutte de pluie, un brin d'herbe, un ciron, Présenteront toujours, même aux yeux de Pyrrhon, Un monde de beautés plus large que nos rêves. Des mers de Sylphirie oublions donc les grèves : Les peuples au maillot y cueillent des chansons; Ceux que l'âge a sevrés veulent d'autres moissons. Nous n'avons plus de dieux, mais nous avons l'histoire : Nous avons devant nous l'avenir pour prétoire , Et maître, s'il le veut, de la postérité, L'homme a mieux que la foi, l'homme a la liberté^

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