‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 15 sur 172 · LIVRE PREMIER. tl · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. tl

Avec moins de bonheur encor que de tristesse ? Manque-t-il quelque chose, Adam, à ta richesse?

— Non, murmura plus bas le père des humains : Que peut-il me manquer dans mes riants chemins, Où les buissons fleuris s'inclinent quand je passe ? Mais souvent, quand je vois s'allumer dans l'espace Ces jardins étoiles loin de moi répandus, .

Je voudrais m'élancer vers leurs feux suspendus : Et l'aigle me paraît bien heureux, dont les ailes Peuvent raser de près leurs clartés étemelles.

— Ces ailes, reprit l'ange aussi prompt que ses vœux. Tu les as! » et, d'un souffle effleurant ses cheveux. Il versa sur son front l'esprit léger des songes.

Les visions alors n'étaient point des mensonges. Et, dans la sienne, Adam crut se sentir monter Vers ce ciel rayonnant, qu'il voulait visiter.

Quand il se réveilla, son œil, avec mystère.

Pour voir si c'était elle,, interrogea la terre;

Les objets plus voilés étaient plus indécis,

Mais rien n'avait changé. Sous le même arbre assis.

Il se trouvait encore en présence de Tange,

Et l'ange lui parla : a Quelle pensée étrange

T'occupe et t'inquiète? » Et Thomme répondit : « Voici que tout à l'heure, en extase, interdit, Je nageais sur les vents vers la céleste voûte : J'errais dans les soleils, dont je savais la route : Je marchais, je planais parmi les univers, Qui paraissent d'ici poudroyer dans les airs : Et leurs disques en chœur, vermeille colonie. Roulaient autour de moi, pleins d'âme et d'harmonie : Leurs radieux accords éclairaient ma raison.

Cette écharpe de lait, qui court à l'horizon, Et partage du ciel la nocturne coupole , C'est un vaste océan de lumière qui vole :

Et par delà ses flots s'allongent d'autres mei*s. Qui brûlent, et plus loin de flamboyants déserts. Portant des globes d'or qui soutiennent des mondes : Et tous ces mondes-là sont des sphères fécondes. Qu'habitent par milliers des êtres comme moi , Qui rendent grâce à Dieu, leur Seigneur et leur roi. Comment donc ai-je fait ce voyage rapide ?

Est-ce toi, Raphaël, qui m'as servi de guide?

— Non : cet arbre , vois-tu , n'a pas , un seul moment , Cessé de te couvrir. Ton corps sans mouvement

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