LIVRE QUATRIÈME
Non : c'est qu'on les voyait porter leur royauté, El rien de ce qu'on voit n'est longtemps respecté.
Elles ne sont pas même à l'abri des tempêtes, Ces fleurs, dont une femme, aux jours de ses conquêtes, Chaîne son front, pour voir les nôtres se courber : Un mot les fait pâlir, un bal les fait tomber. Je ne connais vraiment de couronnes vivaces.
Que celles dont notre œil ne voit jamais les traces. Et qu'on promet toujours, sans jamais les donner : Celles qu'à la vertu l'on devrait décerner.
Ou qu'un mâle talent aurait le droit d'attendre. Quand ils meurent, les rois, qui pouvaient y prétendre. Elles ne s'en vont pas : l'invisible bandeau. Couronne leur mémoire, en dorant leur tombeau. Comme un nimbe idéal, sa muette lumière Traverse tous les temps, collée à leur poussière, Symbole immaculé du nom victorieux.
Qui voyage avec elle emporté vers les cieux.
C'est à ces hauts honneurs, que la gloire éternise, A ces couronnes-là que je veux que Ton vise : Car les seules, je crois, qui tiennent ici-bas. Sont celles qu'on mérite , et qu'on n'aperçoit pas.