LES DERNIÈRES VISITES
Lorsqu'en Egypte un mort est, sans pompe et sans bruit. Dans une bière ouverte, à sa tombe conduit, Ceux qui lui font cortège, en ce dernier voyage, Traversent en tous sens sa ville ou son village ; Et chacun ralentit le pas près des vergers, Pour que les palmiers verts, ou les blondf orangers. Prennent congé de lui, qui s'en va, solitaire. Comme un germe infécond, s'enfouir sous la terre ; Pour qu'une fois encore un regard du soleil Tombe, sans l'échauffer, sur son pâle sommeil. Et qu'il puisse emporter, dans sa froide tanière , Quelque provision de flamme et de lumière.
Devant un toit d'amis quand passe le cercueil , Le convoi, sans parler, fait halte sur le seuil.
Ce n'est pas un adieu que le mort leur apporte : C'est un mot de regret qu'il réclame à leur porte , Pour que ce mot du cœur, par son ombre obtenu j Lui tienne compagnie en ce monde inconnu, Où personne, en entrant, ne connaît plus personne. A ceux que Dieu reprend, toute haine pardonne, Et c'est pourquoi le mort, avant de les quitter. Près de ses ennemis doit aussi s'arrêter.
Ce n'est pas un adieu de haine et de colère.
Que son ressentiment refroidi vient leur faire : Il leur porte l'oubli qu'il vient leur demander : « Je n'ai plus avec vous de querelle à vider; » Je vais où tout se tait, où rien ne se déteste, » Et si j'eus quelque tort, voyez ce qui m'en reste ! i) Pèlerin endormi qui ne reviendrai pas, » Laissez-moi doucement me reposer là-bas.
» Que votre haine enfin, contente de ma perte, » N'empêche pas sur moi l'herbe de pousser verte! » C'est ainsi qu'en Egypte , et sans pompe et sans bruit. Un mort de seuil en seuil à sa tombe est conduit, Et nous fait, en partant, ses dernières visites. Nous avons en Europe adopté d'autres rites :
Les morts, qui parmi nous n'ont pas moins de pouvoir, Ne nous visitent pas ; mais nous allons les voir.