HIER, AUJOURD'HUI, DEMAIN
Ce tout petit garçon ^ qui folâtre et qui joue
Avec ces beaux bouquets , moins vermeils que sa joue ;
Qui, sans avoir à lui la lampe d'Aladin,
Dans le sable infertile improvise un jardin,
Où quelque bète-à-dieu, regagnant son parterre,
Pourrait improviser un tremblement de terre ;
Qui bâtit des cités où tiendrait un grillon,
Et deâ forts qu'abattrait le vent d'un papillon ;
Cet enfant, pas plus haut que les moissons nouvelles,
Qui saute, pour les prendre, après les hirondelles;
Qui chante pour chanter, comme font les pinsons,
Ou qui parle morale à des colimaçons *,
Qui trouve les fruits verts bien meilleurs que les autres ;
Dont les rires sans fin déconcertent les nôtres.
Dont le sommeil vous charme et le réveil vous plait ; Nous avons tous été, mes amis, ce qu'il est.
Ce jeune cavalier, au pied vif et rapide.
Aux traits dominateurs, au sourire intrépide, ,Dont le corps de granit ne craint pas les autans. Ou sent l'hiver si loin qu'il n'a foi qu'au printemps ; Ouvrant son cœur avide, et sa large poitrine. Au vent des passions qui gonflent sa narine ; Qui croit l'amour un bien qu'aucun mal ne détruit, Et la gloire qu'il rêve autre chose qu'un bruit; Dont l'arbre d'espérance, où fleurit chaque feuille. Cache un nid de boutons sous chaque fleur qu'on cueille ; Qui, du nfonde asservi devançant le réveil, Croit à la liberté comme on croit au soleil; Dont l'œil ambitieux touche à l'inaccessible; Qui , parce qu'il veut tout, ne voit rien d'impossible , Et pose dans la vie un pas ferme et si fier ; C'est ce que vous étiez, ce que j'étais hier.
Cet homme au front penché, qu'on prendrait pour un sage. Qui s'est assis là-bas, au bord du marécage,