‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 18 sur 172 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Mal dans sou atmosphère , aussi mal dans la nôtre, Le malheur le poursuit d'une patrie à l'autre. On le punit dans l'eau de ses ailes : dans l'air, De pouvoir, à son gré, voyager sous la mer.

Ambigu privilège, avantage frivole!

Le ciel prétend qu'il nage, et l'océan qu'il vole : Et des deux éléments exilé tour à tour, Il erre, en les fuyant, du requin au vautour. De sa double nature incessamment victime. Il semble n'exister que pour changer d'abtme. Las enfin d'un essor tant de fois disputé.

Il va bientôt, cachant son vol persécuté.

Expier, loin des cieux, aux cavernes de l'onde. L'irrémissible tort de n'être d'aucun monde.

Pour quelle région fut-il donc destiné.

Et pourquoi, dans quel but, est-il né condamné? Allez le demander à la Vertu qui souffre.

Qui veut, dans un air pur, respirer de ce gouffre, Et, soulevant sa chaîne, y retombe toujours.

Demandez-le au poète, à l'étroit dans nos jours. Qui cherche loin du nôtre un astre moins impie , Et rencontre partout la douleur qui l'épie.

Allez interroger ces pâles demi -dieux.

Qui forcent l'avenir à passer sous leurs yeux ,

Ces rois du genre humain, sacrés par le génie, Qui jettent, en marchant, des éclairs que l'on nie. Consultez les temps morts sur les temps qui seront, fit je vous répondrai. •• ce qu'ils vous répondront.

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