PAGE INEDITE D'UNE VIE INCONNUE
Prétresse de l'esprit, que jadis, dans la Grèce, On eût mis de Torgueil à saluer déesse.
Une femme, sans nom au siècle où je naquis, M'a, comme d'un lait pur, nourri de soins exquis. Croyant que c'est l'enfant qui fait l'homme, c'est elle Qui me prit tout petit sous sa chaste tutelle, Et sut, en les charmant, engourdir mes douleurs. Gomme un dictame ami, qui conjure les pleurs. Son chant, quand je souffrais, me berçait d'harmonies Si douces, que du ciel les saintes colonies Devaient prêter d'en haut l'oreille à ses accords , El que leurs sons perdus, retrouvés quand je dors,
Pour rafraîchir mes sens, tintent dans mes vieux rêves, Quoiqu'à mon âge on aime à faire les nuits brèves, Cela me rend ami du sommeil , d'espérer Que mes airs d'autrefois y viendront soupirer.
C'est elle, un peu plus tard, qui fit, comme une fée, Fleurir sur mes rameaux sa parole greffée; Qui, sous un miel adroit cachant ses hameçons, M'apprit bientôt à mordre à ses doctes leçons ; Qui, tournant, sous mes yeux, des livres dont les pages N'étaient du haut en bas qu'un chapelet d'images, M'en promit de plus beaux, le jour, où je saurais De l'alphabet vaincu déchiffrer les secrets.
J'entends encor d'ici sa grondeuse caresse, Sans aigrir ma raison, désarmer ma paresse.
Lorsque je m'attardais à battre les buissons , Sa voix me ramenait au bien par des chansons. Ou, pour me retenir, me disait des histoires, Que j'aimais d'autant plus qu'elles étaient plus noires ; Beaux contes, sans retour envolés, que je vois, Dans les brumes du ^ir, m'apparaitre parfois ,