‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 3 sur 172 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Gomme le spectre en deuil de mes fraîches années , Ou l'ombre de mes fleurs si promptement fanées.

Au cloître du collège, un beau jour, installé, Que de fois dans ma cage elle m'a consolé I Écolier babillard, ou bruyamment morose.

Docile par boutade et rebelle sans cause, Tantôt, conmie à la course, intrépide au travail, Tantôt n'y voyant plus qu'un sombre épouvantail ; Mettant Sénèque en loque ou Démosthène en cendre, Pour me venger, je crois, de ne pas les comprendre , Ce fut elle toujours, prompte à me corriger.

Qui me découragea de me décourager; Qui , pour m' apprivoiser aux préceptes arides Que mes vieux professeurs secouaient de leurs rides. Leur prêtait un accent qui les rajeunissait; Qui, rien qu'en les touchant du doigt, éclaircissait Un sens douteux d'Homère, un oubli de Virgile; Qui, sans m' embarrasser d'une glose inutile, Pour m'expliquer d'un mot l'histoire et ses hasards, Faisait luire une image à travers ses brouillards.

C'est elle enfin, à qui je dois de pouvoir lire Dans un livre plus beau que tout ce qu'on peut dire , Livre saint, qu'ont écrit l'eau, la terre, les airs. Et dont les trois feuillets font entre eux l'univers. Elle ne m'a pas fait savant; mais la science Me parle et je l'entends. Grâce à sa patience, J'ai compris quelque chose à la langue des cieux, Et j'ai pu couramment converser avec eux.

Cessant d'être écolier, quand je vis sa tendresse, Comme une Providence, entourer ma jeunesse.

Mon culte ne fut plus seulement du respect.

Et mon cœur se sentit troubler à son aspect.

Elle était aussi svelte, aussi fraîche, aussi belle, Que si le temps qui court n'eût pas marché pour elle : Semblable à ces beautés, blonds enfants de Paros, Qui sur leur chair de marbre ont vu glisser sa faux. Je crus que de l'amour une ardente étincelle Pouvait, perçant le froid de sa robe mortelle. Allumer un espoir qui répendrait au mien.

Mon âge me semblait être voisin du sien.

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