LIVRE PREMIER
Mes frères! moi je veux, retiré dans les bois, Sans y chercher d'échos, jeter au vent ma voix*
Que je voudrais, caché dans un pauvre ermitage. Reposer là mes jours tracassés par l'orage 1 Ohl qu'il doit être doux, tapi dans les forêts. D'y travailler pour l'honmie, à couvert de ses traits; D'avoir une chaumière aux flancs d'une colline, Une grotte, une source à la voix cristalline. Qui berce, en gazouillant, vos faciles travaux. Et baigne d'un baiser vos fleurs et vos oiseaux 1 Qu'il est doux d'y dormir, le cœur plein d'assurance. De ne s'y réveiller qu'aux bras d'une espérance; Et, quand l'œil presque éteint cède au dernier sommeil , D'expirer sous son arbre, en. voyant son soleil 1-
Tout plein de ces souhaits, un jour, dans ma jeunesse , J'avais sous un bois sombre égaré ma tristesse. D'un avenir sans but les rêves m'absorbaient. On était à l'automnç, et les feuilles tombaient. Et le torrent voisin, perdu dans les broussailles. Emportait, en fuyant, leurs jaunes funérailles.
Je ne demandais pas où marchait ce torrent, Où s* en allait la feuille , en suivant son courant^ Quelle route ici-bas ne mène où tout s'arrête! a Tyrsis, il faut songer à faire la retraite, » Disais-je avec Racan : notre esquif fatigué, Sur les mers de ce monde, a bien assez vogué. Remisons dans le port notre nef qui dérive :
Il est temps de jouir du repos de la rive.
Sous le dais de brouillards, dont ils étaient couverts, J'errais dans les taillis en murmurant ces vers. Quand soudain j'aperçus, sur la côte escarpée. Une espèce de tour de lierre enveloppée.
Qu'une croix surmontait, comme ces humbles toits, Où vont, les jours de Dieu, prier les villageois. Ohl c'est là, si je puis, que je me fais ermite! Là, tout nous appartient, et rien ne nous limite. Bienheureux est celui qui vit sur ce coteau, Et roi de sa cabane en a fait son château!
Tout ce que je demande est là, m'imaginai-je : Voilà des groseilliers, du buis, des perce-neige, Que la source voisine arrose à petits flots!
Voilà des peupliers autour de cet enclos.