LIVRE PREMIER
Et, sur ces rameaux noirs, le bouvreuil qui murmure! Qu'il doit y faire bon d'adorer la nature, Oublié des humains, oubliant de souffrir.
Satisfait d'exister, sans crainte de mourir!
bienheureux celui qui, sans souci de gloire, Lui ferme vaillamment sa porte et sa mémoire; Et, froid aux vains trésors dont nous sommes troublés. Borne ses vœux jaloux au salut de ses blés!
L'anachorète est vieux sans doute! la vieillesse. Il n'est qu'elle qui sache écouter la sagesse. S'il voulait, avec moi, partager son manoir.
Moi qui suis de son âge, ayant perdu l'espoir! Sans doute qu'il est vieux, car ses fleurs sont fanées. Mes mains redresseraient leurs tiges prosternées : Je ferais, dans son lit, rentrer l'eau du ruisseau, Que la ronce dérobe à la soif de l'oiseau.
De nos gazons plus verts, j'ôterais les épines. Les roses, sous ma main, naîtraient des églantines : La culture entretient les présents du Seigneur; Il faut, même au désert, qu'on soigne son bonheur.
Peut-être aussi , disais -je, en franchissant la haie, Et voyant le sentier tout noirci par l'ivraie.
Peut-être que le mattre a quitté le bercail, Et que, vivant d'aumône, il s'abstient du travail Uherbe pousse si vite aux chemins qu'on néglige! Peut-être à voyager qu'un vœu secret l'oblige : Et quelques jours d'absence auront tout dévasté 1 Ce toit qui semblait vide.... il était habité. Et sur le seuil moussu de sa porte paisible.
Lé nom du possesseur était encor lisible.
Cet ermitage, hélas I où tout homme s'assoit. Où. l'on est toujours seul, quoique la foule y soit; Dont on fuit aujourd'hui la muette menace.
Où l'on viendra demain redemander sa place; Ce n'était qu'un tombeau, que j'avais rencontré. J'ai regretté souvent de n'être pas entré.