‹ Le couvre-feu: dernières poésiesChapitre 26 sur 172 · L'HEURE DES ROMANS · texte numérisé non relu

L'HEURE DES ROMANS

L'air est humide et froid, et le soleil mourant Se creuse dans la nue un tombeau transparent : Et les petits oiseaux, qui chantent leur prière, Disent, en s' endormant, bonsoir à la lumière. Dans rétable couchés les troupeaux sont contents. La campagne est déserte, et, le long des étangs, Les peupliers rêveurs ont commencé leur rêve. De nos gazons mouillés la brume qui s'élève Balance au-dessus d*eux sa fluide blancheur. Autour des vieux noyers cette épaisse fraîcheur, Comme une onde sans bruit des coteaux descendue, A flots aériens s'est déjà répandue; La terre est oubliée, et bientôt l'on croirait Voir, dans un lac d'argent, une verte forêt.

i6 LE COUVRE-FEU.

Les visions du soir ouvrent déjà leurs ailes, Et 9 des secrets dei)ieu messagères fidèles , Accourent se suspendre autour de notre esprit Le désespoir se calme, et le chagrin sourit.

C'est alors, à cette heure, et quand le crépuscule Enhardit les regards qu'avant l'on dissimule. C'est alors qu'il est doux, sous les arbres pensifs, D'épancher de son cœur les mystères craintifs; De respirer à deux, pour guérir ses souffrances, Avec l'encens des fleurs un parfum d'espérances : Et si nos pas frileux ont peur de se mouiller. Si l'on est, malgré soi, plus de deux au foyer, Forcé, contre un jaloux, de garantir son âme : C'est alors, aux lueurs du sarment qui s'enflamme. Qu'il est doux d'écouler le récit cadencé.

Qui parle du présent sous les traits du passé. L'histoire qu'on nous dit devient souvent la nôtre : Écouter un roman , c'est presque en faire un autre.

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